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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 06:03

 

Retour d’une trentaine d’années dans le passé, avec le nouveau roman de Pierre Mazet Du plomb dans les spaghetti (Elytis, août 2010). Une histoire bien plus sombre que ne l’indique son titre…

Rome, 16 mars 1978. À 9 heures du matin, l’homme politique Aldo Moro vient d’être enlevé en plein cœur de la ville. Ses cinq gardes du corps ont été abattus. Ce n’est pas une simple affaire de rançon. Une heure plus tard, les Brigades Rouges revendiquent ce rapt. Le même jour, un Français est la cible de tirs sur la place Campo Dei Fiori. Gravement blessé, il est hospitalisé et reste un certain temps entre la vie et la mort. Le commissaire Bettega est chargé de ces deux affaires, bien qu’il n’y ait pas forcément de lien. Néanmoins, dans le contexte de ces années de plomb, on ne doit négliger aucun acte criminel. Bettega dépend de la cellule Cossiga, front politique refusant de céder au terrorisme d’ultra-gauche. Placardisé après s’être occupé d’enquêtes sensibles, le policier Leonetti connaît mieux que quiconque le dossier des Brigades Rouges. Au départ, Bettega ne peut accepter son aide, mais ils finiront par discrètement collaborer.

MAZET-2010En France, Libération ne tient pas à prendre le risque de sembler apporter un soutien aux terroristes. Aussi le journaliste Gustave Flauvert se rend-il à Rome pour mener ses propres investigations. Son collègue Renato est bien informé sur les arcanes de la vie italienne. Flauvert espère également que son amie Martine, employée de l’ambassade de France, pourra lui communiquer des éléments. La victime de la place Campo Dei Fiori se faisait appeler Loïc Suarez. Ce n’est pas sa véritable identité. Il était arrivé depuis peu à Rome, voyageant léger. Flauvert contacte son ami policier retraité Crespin, afin qu’il trouve en France des détails sur le prétendu Suarez. À Paris, le ministre de l’Intérieur charge le commissaire Lenoir de suivre de près cette affaire romaine. Le gouvernement français affiche sa neutralité vis-à-vis du terrorisme, mais observe la situation.

Ancien ouvrier des usines Renault, le faux Suarez fit partie des militants de Mai-68. Dans ses activités parallèles, il était proche d’un certain Jacques, qui a fui la France pour l’Italie plusieurs années plus tôt, suite à un meurtre. On suppose ce Jacques en liaison avec les Brigades Rouges, sans que son rôle soit très clair. À Rome, Gustave pense obtenir des renseignements de Larra, un repenti de la Mafia qui fut un des membres puissants de l’organisation. Mais bientôt Larra et Jacques sont tous deux introuvables. Les infos transmises par Martine, de l’ambassade, sont trop floues pour être exploitées.

L’autre piste de Gustave et Renato, c’est la compagne de Suarez, Noémie Kerdeviel. Issue d’une famille aisée, elle a d’abord adopté les idéaux soixante-huitards, avant de s’associer aux activités illicites de Suarez. Si l’opération policière coup de poing du 3 avril est spectaculaire, le commissaire Bettega sait qu’elle reste inefficace. Le cartable d’Aldo Moro, perdu lors de son enlèvement, constitue pour Bettega un sérieux indice. Qui a récupéré l’objet, et que contenait-il ? Le sort d’Aldo Moro s’avère de plus en plus marqué par la mort. À vouloir comprendre les faits, Gustave est tout autant en danger…

Évacuons d’abord le défaut de ce roman, qui tient à sa structure. En nous présentant trop d’enquêteurs, officiels ou privés, l’action est quelque peu noyée par ces multiples intervenants. En réduisant leur nombre, l’intrigue eût été plus efficace. Il est vrai que le terrorisme d’alors mobilisa toutes les polices, ce qu’a sans doute voulu démontrer l’auteur. Il nous rappelle la frilosité de la gauche française. Si elle refusa à juste titre l’activisme violent, ce fut aussi pour des raisons électorales. À travers le cas d’Aldo Moro, c’est évidemment l’ambiance de ces années-là qui prime. Cet enlèvement entraîna le déclin des Brigades Rouges, choquant l’opinion publique jusqu’à là plutôt passive. La mince frontière entre le terrorisme politique et le banditisme s’expliquait aisément, puisque l’adversaire était le même : l’ordre établi et son arsenal répressif. La réalité fut certainement plus complexe. Intérêts personnels de truands, infiltration policière chez les Brigades Rouges, et positions politiques brouillaient les cartes. Ce polar a le mérite de nous rappeler la situation de cette période troublée, proche et si lointaine à la fois.

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