Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 06:31

 

Certainement un des plus célèbres incipit de la littérature française :

 MISERABLES-2012En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. C’était un vieillard d’environ soixante-quinze ans. Il occupait le siège de Digne depuis 1806. Quoi que ce détail ne touche en aucune manière au fond même de ce que nous avons à raconter, il n’est peut-être pas inutile, ne fût-ce que pour être exact en tout, d’indiquer ici les bruits et les propos qui avaient couru sur son compte au moment où il était arrivé au diocèse. Vrai ou faux, ce que l’on dit des hommes tient souvent autant de place dans leur vie et surtout dans leur destinée que ce qu’ils font…

Dans les trois mille pages qui suivent, le lecteur va côtoyer Jean Valjean, Fantine, sa fille Cosette, le couple Thénardier, leurs filles Éponine et Azelma, leur frère cadet Gavroche, le policier Javert, le révolté Enjolras, le père Fauchelevent, le romantique Marius, son grand-père M.Gillenormand, et bon nombre d’autres personnages. Ce roman magistral entraîne le lecteur dans le quotidien de la France jusqu’en 1833, à la suite d’un ancien bagnard devenu M.Madeleine à Montreuil-sur-Mer, éternellement pourchassé, recueillant à Montfermeil l’orpheline maltraitée Cosette, devant plus tard se cacher à l’abri d’un couvent, l’intrigue nous menant jusqu’aux barricades révolutionnaires, et même dans les glauques sous-sols parisiens.

Si beaucoup n’en gardent pas forcément de bons souvenirs, nous avons tous globalement cette histoire en mémoire. Victor Hugo, grand classique : l’étude scolaire et partielle de cette œuvre ne favorise pas une lecture plus détaillée. On a tort de ne pas chercher à redécouvrir ce magnifique roman. Pour ma part, c’est vers l’âge de trente ans que m’est venu l’envie de relire Les Misérables, en vrai lecteur et non pour étudier ce livre. Cette fois, prenant le temps d’apprécier autant le style que l’intrigue, j’y ai trouvé un réel plaisir. Des passages, tel celui de l’Éléphant de la Bastille avec Gavroche et le jeune Montparnasse, prenaient bien davantage de sens dans un contexte plus complet qu’à première lecture. L’état d’esprit général, dans cette France encore héritière de la Révolution et de l’Empire, m’apparut mieux compréhensible. Quant au sort des protagonistes, pour l'essentiel issus de milieux modestes voire très pauvres, il me sembla plus clair. Oui, une relecture de ce livre avec une maturité d’adulte lui offre un autre charme.

Publié au printemps 1862, Les Misérables a cent cinquante ans. Il est désormais disponible en format Point2, en deux tomes. Ça me parait une bonne initiative, et surtout une excellente occasion de se replonger dans les mésaventures de Jean Valjean et des héros créés par Victor Hugo. Est-ce qu’on s’éloigne tellement du polar ? Il y a bien un repris de justice en fuite et un policier tenace à ses trousses. Mais c’est évidemment par son témoignage, humaniste, historique et social, que ce pilier de la littérature se rapproche du roman noir. Ne nous contentons pas des quelques films ou comédies musicales adaptées de ce livre. N’hésitons pas à relire Les Misérables, œuvre assurément plus passionnante qu’on ne l’a cru quand nous étions scolaires.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Infos et évènements - Communauté : Culture Polar
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Commentaires

Je ne l'ai jamais lu dis donc...Le seul Hugo que j'ai tenté, c'est quatre vingt treize...des descriptions à n'en plus finir...j'ai laissé tombé en route; j'avais rarement lu un bouquin aussi chiant...Depuis j'ai de gros préjugés sur Hugo :(
Commentaire n°1 posté par gridou le 26/02/2012 à 10h18

Salut Gridou

Ado, j'étais moi-même plus intéressé par Balzac et Alexandre Dumas, que par Hugo ou Jules Verne. Les uns comme les autres étant très "descriptifs", ainsi que le voulait la littérature de l'époque. C'est vraiment quand je l'ai bien lu, plus tard avec davantage de sens historique sans doute, que j'ai apprécié "Les Misérables". Certes, ce n'est pas de la narration qui pète le feu, ni qui rigole beaucoup, mais c'est une sacrée histoire quand même !

Amitiés.

Réponse de Claude LE NOCHER le 26/02/2012 à 10h46
Il a sûrement un petit talent ce Mr Hugo...
Je plaisante bien sûr, les classiques sont parfois indigestes à l'adolescence.
J'avais trouvé le rouge et noir chiant au possible en première, tellement platonique...quand je l'ai relu il y un an ou deux, j'ai été surprise. Certaines métaphores avaient dû m'échapper à l'époque, car il y consommation et très tôt dans le roman d'ailleurs.
Il faut sans doute un peu de maturité pour apprécier et savoir replacer l'histoire dans son contexte.
Un jour je lirai les misérables...Une grande saga à lire l'été...
Commentaire n°2 posté par gridou le 26/02/2012 à 11h04

Il y a un temps, ou un âge, pour toute lecture - bien évidemment. Stendhal et Proust sont les deux auteurs que je n'ai jamais digéré, mais peut-être les trouverai-je passionnants un jour. Faulkner, Dos Passos, Fitzgerald, et même Steinbeck, seraient dans mon cas à redécouvrir aussi. Par contre, étant ado, j'étais admiratif de Maupassant et de ce diable d'Hemingway, qui ne s'adressaient pourtant pas vraiment à moi...

Pour "Les Misérables", ça m'a pris quelques semaines de le relire en intégralité, mais c'est un excellent souvenir de lecture, au final...

Amitiés.

Réponse de Claude LE NOCHER le 26/02/2012 à 11h46
Bonjour Claude,
Ado, j'étais plus Hugo ou Verne que Dumas ou Balzac. J'ai lu très jeune Les Misérables et l'ai même relu beaucoup plus tard. J'ai lu presque tous les romans de Hugo, moins la poésie car je suis plus hermétique au genre. Et j'ai même lu le Victor Hugo d'Alain Decaux, sorte de référence en matière de biographie de l'écrivain. Une somme ! C'est dire si je trouve que cette publication dans un format plus "jeune" est une excellente chose : les lycéens de maintenant, s'ils continuent à lire ce roman ne lisent que la version "allégée", si si, je te jure, ça existe, comme pour le beurre, les yaourts et le fromage !
A bientôt
Commentaire n°3 posté par Yv le 26/02/2012 à 14h03

Salut Yv

Côté poésie, "La légende des siècles" de Victor Hugo c'est grandiloquent, mais j'avoue y avoir trouvé un certain charme. Peut-être détesterais-je à la relecture ? C'est probable...

En effet, le format apparait intéressant pour les jeunes lecteurs, il me semble. L'aspect "compact" peut s'avérer plus attirant que de gros ouvrages, même en poche habituel. C'est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai touvé utile d'évoquer cette version-là.

Et la Bible en version light pour jeunes cathos pressés, ça doit bien exister aussi ?

Amitiés.

 

Réponse de Claude LE NOCHER le 26/02/2012 à 16h10
Bonjour Claude
Comme beaucoup de lecteurs, Victor Hugo dans mon adolescence fut un pensum obligé de la vie scolaire. Alors le relire aujourd'hui, en ayant évacué les scories des explications de texte, ce serait sûrement un plaisir d'autant qu'avec l'expérience on serait plus à même de comprendre certains événements décrits, et mettre pourquoi pas en parallèle Gavroche sur les barricades et mai 68.
Au fait pourquoi mettre cet article aujourd'hui ? Parce que Victor Hugo est né un 26 février ? Bon anniversaire à lui alors.
Amitiés
Commentaire n°4 posté par Oncle Paul le 26/02/2012 à 14h50

Et c'est l'Oncle Paul qui gagne au "jeu du clin d'oeil" ! En effet, cette version du livre ne sort que le 8 mars, mais... Victor Hugo naquit à Besançon (Doubs) le 26 février 1802. Je ne sais si son papa était affecté au Quartier Ruty, comme je le fus lors de mon service militaire.

Les scènes révolutionnaires de ce roman restent effectivement dans nos esprits, et le petit Gavroche (dont on oublie généralement qu'il est le fils des Thénardier) est un de nos personnages préférés, victime de la répression... "Je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire - Le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Rousseau - Joie est mon caractère, c'est la faute à Voltaire - Misère est mon trousseau, c'est la faute à Rousseau".

Amitiés.

Réponse de Claude LE NOCHER le 26/02/2012 à 16h02
Bonjour Claude,
Faulkner, Dos Passos, Fitzgerald,Steinbeck,surtout les 2 premiers, pareil,plutôt indigeste. "Manhattan transfert" ou "Sanctuaire", pour moi, c'est illisible !
Par contre Zola (sauf "La faute de l'abbé Mouret", qui m'est tombé des mains), Maupassant, Balzac (mis à part "Le lys dans la vallée" et "La peau de chagrin"), Flaubert, oui, du très bon ! Stendhal, autant j'ai aimé "le rouge et le noir", autant "La chartreuse de Parme" m'a barbé.
Quant à Hugo, beaucoup de mal à lire "93". J'ai "Les misérables" depuis des années, je le lirai quand je serai à la retraite....Une histoire que je connais quand même très bien, grâce aux nombreux films...
Commentaire n°5 posté par Max le 27/02/2012 à 10h33

Bonjour Max

Je n'avais pas cité Emile Zola, en effet, qui a une place particulière dans ma mémoire de lecteur. "Au bonheur des dames", "La bête humaine", "L'assommoir", "Germinal" etc, je ne les ai jamais envisagés comme scolaires, à étudier. Je me suis senti proche de toute cette saga. Et puis, il faut bien avouer que j'ai été assez vite happé par Alexandre Dumas et Paul Féval, qui m'ont vite rapproché de cette littérature policière dont je me nourris depuis.

Amitiés.

Réponse de Claude LE NOCHER le 27/02/2012 à 15h49
Bonjour Claude,
Juste une réaction concernant ce format de bouquin (points2) que j'avoue n'avoir jamais expérimenté malgré les facilités (dit-on) de lecture qu'il apporte. D'abord, il coûte plus cher que le format traditionnel et surtout comment l'ntégrer parmi une bibliothèque traditionelle. Un bouquin ce n'est pas un "one-shot" que l'on jette après usage! non décidemment pas de point2 "parasite" dans les rayons de ma bibliothèque . A propos quel est ton avis et celui des lecteurs de ton blog ?
Amitiés
Commentaire n°6 posté par Robert PONDANT (Belgique) le 27/02/2012 à 18h59

Bonjour Robert

1) pour lire : J'ai testé ce format avec "Mémoire assassine" de Thomas H.Cook, et ça m'a convaincu qu'il s'agit d'une lecture tout aussi aisée que pour les livres habituels. J'ai renouvelé l'expérience ensuite, avec le même plaisir...

2) le coût : un peu plus cher qu'un format poche ordinaire, c'est vrai. La présentation originale (avec couverture cartonnée et bonne reliure) vaut quelques Euros.

3) le rangement : il y a déjà environ (je n'ai pas compté) une bonne trentaine de titres au catalogue sous ce format. On y trouve aussi bien "A la recherche du temps perdu" que "La route" de Cormac MacCarthy, Arsène Lupin que Michael Connelly, Donna Leon, Deon Meyer ou Henning Mankell. Prévoir donc une (petite) tablette pour ranger ces livres.

Mon opinion ? Si de nouveaux lecteurs lisent "Les Misérables" (et autres romans) dans cette version en prenant le bus ou le métro, parce que gain de place du livre (facile à transporter, peu gênant en lecture), l'initiative mérite d'être développée. Une autre incitation la lecture, pour un public sans doute plus jeune, ça ne peut pas être négligé. C'est comme le succès d'Harry Potter, par exemple : si ça donne le goût de lire, c'est une bonne chose. Je reste attaché aux formats traditionnels, mais celui-ci ne me déplait pas du tout.

Amitiés.

Réponse de Claude LE NOCHER le 27/02/2012 à 20h57
Salut Claude (et les autres intervenants).
Pour rebondir sur la question de Robert, pas d'inquiétude bibliophilique sur Point2, respectueux de l'objet livre. Même si, au début, on est plutôt maladroit (moi, en tout cas) avec la manip du papier bible... J'ai testé sur 2 inédits (imparables arguments de vente), le Cook et un Kellerman, et je vais bientôt y retourner avec le dernier Connelly, "Les neuf dragons", non prévu (pour l'instant) en réédition Point Seuil.
Remarque: le format ouvert de ces livres et le nom de la collection renvoient inéluctablement vers les fameuses liseuses électroniques (textes téléchargementstockables en USB.2) qu'on nous présente comme le futur de notre univers lectorial. Hasard ou conditionnement marketing?...
"Les Misérables", grand souvenir de lecteur ado, avec "Les raisins de la colère" de Steinbeck. Deux grands romans noirs (si, si...), dont le point commun est d'être efficacement structuré selon le même schéma narratif: alternance de chapitres romanesques avec d'autres dédiés à la description politique et sociale de leur époque respective.
Amitiés.
Commentaire n°7 posté par Serge 31 le 28/02/2012 à 01h52

Salut Serge

Finalement, tu expliques la chose bien mieux que moi. Puisque tu fais le lien avec les moyens techniques de lecture, un détail amusant : cet article a été consulté en majorité par "mobile", autrement dit via les applications smartphones. Ce qui pourrait indiquer qu'on s'adresse là à un public plus jeune/mieux équipé, mais ce n'est qu'une hypothèse perso. Si ça les attire vers Victor Hugo (et autres classiques), pourquoi pas ?

Je l'ai dit souvent, je ne suis pas hostile à l'évolution, ni aux liseuses. Par contre, je n'aime pas qu'on exploite l'espoir des auteurs en leur faisant croire au miracle du livre PDF. Et je reste bien sûr fidèle au livre-papier/livre-objet, que j'aime d'amour .

Eh oui, tu as raison de souligner que "Les raisins de la colère" comme "Les Misérables" sont des romans noirs sociologiques, et sacrément bien construits !

Amitiés.

 

Réponse de Claude LE NOCHER le 28/02/2012 à 08h42

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