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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 06:23
 

C’est un livre qui, à la fois, concerne tous les citoyens français, et qui n’est pas si éloigné du thème d’Action-Suspense.Les 100 mots de la police et du crimea été publié dans la collectionQue sais-je ?(P.U.F.) en mai 2009. C’est dire que les auteurs, Alain Bauer et Émile Pérez, traitent le sujet au plus près de notre époque. Les définitions de ces100 motssont classées en quatre parties : les concepts et principes, les acteurs, les moyens, les crimes et délits. Ce n’est qu’au début de la deuxième partie qu’on nous présente un historique de l’organisation policière en France. Il n’est pas inutile de rappeler le rôle du lieutenant de police La Reynie, le premier à mener de vraies enquêtes (l’Affaire des poisons). Car la police actuelle est héritière de nombreuses mutations. La féminisation de la police et de la gendarmerie (depuis 1983) n’est pas la moindre des évolutions constatées. Les auteurs évoquent cette question.

Pour que les règles soient claires, on commence donc par souligner les principes qui permettent le respect des droits et de la loi, de la sécurité publique. Cette première partie est intéressante à plusieurs titres. D’abord, on joue un peu trop souvent avec les peurs des populations : “Individuel ou collectif, le sentiment d’insécurité combine le danger réel ou imaginé et la perception de sa gravité (…) Dans certains cas, des autorités ou des organisations sectaires peuvent d’ailleurs jouer sur les peurs collectives (terrorisme, agressions, drogues…) pour renforcer leur emprise sur des populations sensibles. Ainsi le recours systématique à des termes comme «guerre contre» le terrorisme ou la drogue par exemple ne fait que renforcer une certaine psychose en évitant de se prononcer sur les causes réelles de phénomènes criminels.”

Ensuite, l’idée d’une police ayant tous les droits est évidemment fausse. “Les policiers sont tenus de n’employer la force qu’à des fins légitimes ou pour faire exécuter des ordres légaux, et ce proportionnellement au danger encouru ou à la force qu’on leur oppose (…) L’exercice du pouvoir de police doit s’opérer en conciliant le respect des textes garantissant les libertés fondamentales et le devoir qui incombe aux autorités de maintenir l’ordre public.” Il est toujours important de se souvenir que l’usage de la force (y compris en légitime défense) ne doit répondre qu’à un danger avéré. Dans la définition de la “Violence”, on nous précise que “L’usage légitime de la force par le policier est strictement encadré et les abus sévèrement punis.” Souhaitons-le, en effet.

Au passage, il est question de la “Police communautaire”, telle que la conçoive les britanniques, très efficace puisqu’elle limite les infractions mineures et les incivilités. Prévenir plutôt que réprimer, dans le respect des populations, c’est une idée que les politiques ont refusé d’adapter en France. Pourtant, la défunte Police de proximité répondait tant soit peu à cette ambition.

Quand nous lisons des histoires de détectives privés “à la française”, nous restons souvent sceptiques sur l’existence de ces officines. Sans doute n’ont-elles rien à voir avec celles des romans de Dashiell Hammett, Raymond Chandler et des pionniers du roman noir. Toutefois “depuis 1980, les détectives et autres enquêteurs privés sont devenus des agents privés de recherche (APR).” On nous précise qu’il existe plus de 3200 agences de recherches privées en France.

C’est par ce biais que nous allons revenir à notre thème, le polar. Car on ne saurait trop recommander aux romanciers de consulter ce livre, s’ils veulent coller aux réalités policières. Ceci s’adresse d’abord à des auteurs débutants, assez éloignés de la procédure effective. Ils trouveront ici des détails sur les grades des policiers ou des gendarmes (qui ne sont pas tous lieutenants ou brigadiers). Ils verront que l’armement de dotation ne se borne pas au Sig-Sauer SP2022, au Glock17, ou au tonfa. Qu’une opération de surveillance (ah, les fameux sous-marins!) ou d’infiltration est nettement plus encadrée juridiquement qu’ils ne le pensent. Idem pour les écoutes téléphoniques. Ces auteurs néophytes verront qu’une enquête ne peut se contenter d’indices pas toujours probants, ni (surtout) d’aveux décisifs. “Autrefois qualifiée de «reine des preuves», l’aveu est aujourd’hui considéré comme une preuve comme une autre, un élément de preuve laissé à l’appréciation du juge, sans lier celui-ci. La sortie progressive de «la culture de l’aveu» est un des indices de la modernisation des services de police.”

Toujours pour les romanciers, il n’est pas inutile non plus de parler du vocabulaire : si le crime est un terme généraliste, les qualifications de meurtre ou d’assassinat n’ont pas le même sens. Et la légitime défense ne doit être invoquée que si elle est proportionnelle. Un homicide n’inclut pas forcément la préméditation, il peut même être involontaire. Autre confusion à éviter : le mandat de perquisition n’existe pas en France, mais la commission rogatoire (décidée par le juge de l’instruction) est bien un outil à la disposition des enquêteurs. Toutefois, on peut recommander aux mêmes auteurs de ne pas abuser des noms de fichiers (SALVAC, STIC, JUDEX, etc.) ou des abréviations et sigles (OPJ, ADS, PSIG, IGPN, etc.) qui n’ajoutent rien à la crédibilité des intrigues. Si un ADS est un Adjoint de Sécurité, si l’IGPN est l’Inspection Générale de la Police Nationale, autant l’écrire. Il est naturel qu’un roman puise une part de son contexte dans la réalité. Ce livre peut y aider. Néanmoins, une fiction ne doit pas devenir un “Guide de la procédure policière”, bien sûr.

On a pu vérifier que “Les 100 mots de la police et du crime” est un ouvrage documentaire qui mérite d’être lu par nous tous, simples citoyens. Et que nos amis romanciers y trouveront des éléments pouvant augmenter la véracité de leurs histoires.

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