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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 05:26

 

Beaucoup d’auteurs récompensés par le Grand Prix de Littérature policière ont connu une belle carrière d’écrivains. De Léo Malet à Caryl Férey, on n’en finirait pas de citer des noms tels que Manchette, Coatmeur, Daeninckx, Japrisot, Hervé Jaouen, Hubert Monteilhet, Frédéric Dard, Pascal Dessaint, Michel Quint, Brigitte Aubert et bien d’autres. Par contre, on a sans nul doute oublié des auteurs comme André Piljean, Pierre Forquin, Michel Carnal, ou Jean-Pierre Alem. À tort, car ce Grand Prix a toujours été attribué à des romans de haute qualité.

ALEM-1967Le Dictionnaire des Littératures Policières nous apprend que Jean-Pierre Alem était le pseudonyme de Jean-Pierre Callot, né il y a cent ans à Nancy, en 1912. Dans le domaine de la fiction, il fut l’auteur de romans d’espionnage (Cartes sous table (1959), La péniche aux berlues (1961), Tu reviendras Thomas (1976). Il a écrit deux romans policiers, La sourde (1946) et Le crocodile dans l’escalier (1967). C’est pour ce dernier suspense que Jean-Pierre Alem fut récompensé par ce prestigieux prix littéraire, il y a quarante-cinq ans.

 

Michel Verrier est un agronome âgé de vingt-six ans. Après cinq années passées en Indochine, il est de retour à Marseille dans les années 1960. Pour sa première nuit, il va dormir chez ses grands-parents, au 17 boulevard Gazzino, non loin du cours Pierre-Puget. Ce quartier fut celui de son enfance, avec ses cousins et cousines, au temps où les collections de son aïeul et le mystère des cochons de Saint-Antoine excitaient sa curiosité. Son grand-père Alphonse, ex-enseignant de soixante-seize ans, est quelque peu contrarié par la disparition d’un spécimen rare de scorpion. Le vol d’un tel objet de collection, non sans habileté, n’est pas si anodin aux yeux de Verrier. Si le grand-père soupçonne un de ses voisins, des membres de la familles ne sont pas moins suspects. L’état d’esprit de la branche des Sénac, son oncle et sa cousine Catherine, s’est parfois avéré malintentionné.

Le jeune agronome fait la connaissance de la nouvelle employée de maison de ses grands-parents, Julia. Cette beauté de dix-neuf ans, il la trouve à la fois fuyante, captivante et troublante. Il ne tarde pas à l’inviter, en tout bien tout honneur. Une étrange énigme vient troubler la quiétude de l’immeuble du boulevard Gazzino. Une dame a vu un crocodile vivant dans l’escalier. Verrier vérifie immédiatement que c’est exact. La bête féroce longue de trois mètres a déchiqueté un voisin, l’ex-commandant Robert Carreyas, un vrai carnage. Les Verrier abattent le crocodile et appellent la police. Le grand-père Alphonse est ennuyé, car c’est Carreyas qu’il suspectait du vol du scorpion. En outre, il a reçu le même jour un crocodile, empaillé celui-là. Le commissaire Perrin voudrait bien savoir d’où vient le reptile tueur, qui l’a amené là, car ce n’est quand même pas un animal d’appartement.

Selon un des locataires, le scaphandrier Combernous, Robert Carreyas n’était pas un type honnête, en témoigne son comportement durant l’Occupation. Plus tard, Combernous livrera à Verrier des précisions essentielles pour comprendre cette affaire. La séduisante Julia risque maintenant d’avoir des ennuis avec la police, mais Verrier va lui fournir un alibi. Jeune orpheline plutôt riche, elle a trouvé le moyen de s’infiltrer au 17 boulevard Gazzino, une place d’employée de maison se libérant chez les grands-parents Verrier. Il semble que son idée était d’approcher son oncle, avec lequel elle n’avait pas de relations. Les amours de Verrier et Julia vont être perturbés par la présence d’un marin, Yves Le Guennec. Ancien soutier du navire Malacca, qui navigua dans les eaux de Malaisie, il est aussi concerné par ces mystères…

 

Soulignons encore que ce Grand prix de Littérature policière ne fut nullement usurpé. Car c’est une intrigue d’excellent niveau que concocta l’auteur. Le petit larcin concernant un scorpion n’est qu’une mise-en-bouche, avant l’apparition meurtrière du dangereux crocodile. S’improvisant enquêteur, le jeune homme s’interroge et collecte les indices. Je me laissais aller à imaginer de fantastiques histoires de sortilèges malais s’avoue l’imaginatif héros de cette énigme. Bon nombre de scènes sont destinées à faire sourire. On peut se figurer un acteur tel Noël Roquevert dans le rôle du grand-père, ou une jeune actrice de l’époque mi-espiègle mi-grave comme Dany Carrel dans celui de Julia. L’auteur utilise aussi certains décors marseillais, se référant à l’enfance de Verrier. Ce qui ajoute de la consistance à la crédibilité du récit. Un suspense parfaitement convaincant et bien écrit, même si quelques passés simples ne sont plus de mise aujourd’hui.

 

ALEM-1959Le premier roman d’espionnage de Jean-Pierre Alem Cartes sous table fut publié en 1959, le n°33 dans la collection Feux Rouges des éditions Ferenczi.

L’action se passe au Moyen-Orient. S’il est archéologue, fouillant des sites antiques dans cette région du monde, Michel Larsac est surtout un agent des services secrets. Il séjourne au Liban, fréquentant le riche négociant Kalgis, un vieil ami. Cette nuit-là, se déroule une soirée mondaine chez Kalgis, tandis que le Bretagne approche du port de Beyrouth. Ce navire marchand est soudain en perdition, avant de faire naufrage aux abords de la côte. Il est bien difficile de venir au secours des passagers. Plusieurs invités de Kalgis ont un lien avec le bateau, soit par rapport à la cargaison, soit connaissant un des passagers.

Michel Larsac réalise vite qu’il s’est passé quelque chose d’anormal sur ce navire. Un sabotage, peut-être. Une personne en est sûrement descendue lors de l’unique escale, au Pirée. La belle Monique de Beaulieu, de l’Ambassade, semble une alliée dans cette affaire. Parmi les Occidentaux vivant alors au Liban, les suspects ne manquent pas. Larsac va devoir affronter de multiples périls pour définir le rôle de chacun et, finalement, découvrir la vérité…

Une histoire mouvementée, et plutôt plus solide que la moyenne des romans d’espionnage de cette époque. Il est vrai que Jean-Pierre Alem fut aussi auteur de plusieurs ouvrages documentaires sur le véritable espionnage au Moyen-Orient, et d'un "Que sais-je?" de référence sur le Liban (plusieurs fois réédité).

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commentaires

Serge 31 06/08/2012 01:17

Salut Claude.
A la fin de "Tu reviendras, Thomas", il y a une notice biographique (non signée), qui complète la fiche de HYM et que voici(texte de 1976):

"JPA, qui prépare une histoire de l'espionnage et des services secrets, obtint en 1967 le Grand Prix de Littérature Policière avec 'le crocodile dans l'escalier', publié dans la collection 'Un
Mystère' aux Presses de la Cité.
Nancéen, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, officier de réserve de l'artillerie de marine, notre auteur, dont nous ne révèlerons pas la véritable identité [ah bon?... réflexion de Serge 31...],
fut chargé naguère de plusieurs missions paradiplomatiques et dirige aujourd'hui une société de transport. Il adore les jeux mathématiques, la prestidigitation, l'entomologie et pratique le tennis
avec un grand plaisir.
Sous le même nom d'emprunt, le roman inédit que nous venons de lire et celui, cité plus haut, qui obtint la plus haute distinction policière, ne sont pas les seuls qui ont été publiés. Les
intrigues policières constituant son passe-temps favori et celui, croyons-nous, qu'il pratique avec le plus de talent. JPA a donné à divers éditeurs: 'La sourde' (1946), 'Cartes sur tables' (1956),
'La péniche aux berlues'. Et il faisait paraître, par ailleurs, entre autres titres, une 'Histoire de l'Ecole Polytechnique', 'Le proche-Orient arabe', 'Le Liban', 'Enfantin, le prophète aux cent
visages', 'Terre d'Israël', 'Juifs et Arabes', '3000 ans d'histoire', des 'Jeux mathématiques' et au moins un roman sans crime: 'L'auberge de Mimas'.
Une curiosité multiple, des talents divers et, en conséquence, mais oui, un attrait, qu'il sait faire partager, pour les intrigues criminelles. Cela nous a valu ce 'Tu reviendras, Thomas' qui,
traduit du vosgien, comme le dit plaisamment Alem, est une oeuvre d'une incontestable originalité."

Puisque présenté comme inédit, il semblerait que l'édition en collection club que j'ai acquise soit l'édition originale, et pas sûr qu'il y ait eu réédition (fichtre, pour un modeste euro,
aurais-je déniché un collector???!!!...). Par ailleurs, le roman se présente plutôt comme un polar (le seul et dernier qu'il ait écrit après son Grand Prix de Littérature policière), un polar rural
(situé dans les Vosges), et non un récit d'espionnage comme affirmé dans le Dilipo... A confirmer par une prochaine lecture...
Ceci étant, je trouve étonnante la présence de ce titre dans une collection auto-proclamée "Les Grands Maîtres du roman Policer". JPA, seul auteur contemporain, qui plus est avec un roman inédit,
fait un peu figure d'ovni parmi les autres auteurs sélectionnés (Gaboriau, Wilkie Collins, Irish, Aveline...). Du copinage (idéologique?) dans l'air?... Euh, là, je deviens peut-être mauvaise
langue...
Amitiés.

PS: Si l'ouvrage t'intéresse, cher Claude, je peux te l'envoyer.

Claude LE NOCHER 06/08/2012 06:51



Salut Serge


Je ne voudrais pas te priver d'un "collector". Plus sérieusement, je le trouverai bien un jour, car tu sais que je ne renonce jamais. En tout cas, merci pour ces
précisions, tu as vu que la fiche d'HYM était assez light. J'aime beaucoup la formule "missions paradiplomatiques", qui semble bien indiquer qu'il pratiqua (une forme d') espionnage. Il a écrit
des bouquins à ce sujet et sur les jeux, en effet. Copinage idéologique chez F.Beauval, peut-être pas, mais s'il n'en demandait pas trop financièrement, ils pouvaient sûrement s'entendre. Merci
encore.


Amitiés.



La petite souris 05/08/2012 12:14

MDr ! ça me fait drôle de voir la couverture du livre policier de l'année 1967 qui est celle de ma naissance ! je me le note et j’essaierai un jour de me le dénicher chez un bouquiniste !

Claude LE NOCHER 05/08/2012 15:37



Salut Bruno


Pas de souvenir précis de cette année-là. Je devais être heureux, puisque j'étais encore un enfant... Ce livre doit pouvoir se retrouver, car dans une édition poche
grand public.


Amitiés.


 



Philippe 05/08/2012 01:28

Bonjour M. Le Nocher,

A propos de nanars, vous connaissez bien sûr le site www.nanarland.com ? Et, dans le supplément Télé Obs du Nouvel Observateur, la rubrique " le nanar de la semaine " de François Forestier ?

M. Serge,

J'avais aussi acheté autrefois des livres édités par François Beauval.
Ce n'est que plus tard que cela m'a refroidi d'apprendre qu'il était membre du Front National.
Et c'est seulement à l'instant qu'en voyant que vous citiez cet éditeur, j'ai eu la curiosité de regarder :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Mouchard

C'est son vrai nom.
Je ne savais pas qu'il était le père du journaliste Laurent Joffrin ni que ce dernier avait estimé que son patronyme Mouchard était difficile à porter pour un journaliste. Il est dit :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Joffrin

" Considérant son patronyme maladroit pour un journaliste, il prendra le pseudonyme de Joffrin car habitant près de la station de métro éponyme (Jules Joffrin). "

Il ne me vient pas d'exemples en tête, mais je crois avoir entendu parler d'autres cas de personnes ayant choisi leur pseudonyme en référence à une station de métro ou autre genre de lieu.
M. Le Nocher, vous penserez peut-être à des exemples que je ne vois pas là ?

Cordialement

Claude LE NOCHER 05/08/2012 06:51



Bonjours Philippe


Il était courrant, au temps du Fleuve Noir d'autrefois, que les auteurs prennent des pseudos s'inspirant de villes. Tel Pierre Nemours (de Saint-Pierre-lès-Nemours),
Pierre Courcel(les), Jean Mazarin (de Chilly-Mazarin), et sans doute d'autres.


Le journaliste Laurent Joffrin a doublement bien fait de changer de nom, c'est certain. Quant à François Beauval-Mouchard, il a fait partie de ces financiers
interlopes et autres relations douteuses qui alimentent les caisses du FN et la fortune de la famlle Le Pen, en toute opacité depuis toujours.


Plus souriant, les critères de François Forestier autour des nanars sont parfois persos. Mais il reste toujours savoureux de noter les faiblesses de certains films,
par simple manque de moyens, d'inspiration, de direction d'acteurs, ou à cause de sujets rebattus.


Amitiés.



Serge 31 05/08/2012 00:38

Salut Claude.
Fécétieux hasards: j'ai trouvé récemment "Tu reviendras, Thomas" dans une brocante (un exemplaire d'une collection intitulée "Les grands maîtres du roman policier, François Beauval éditeur)... et
j'ai vu aujourdh'hui même le très réjouissant "Du grabuge chez les veuves", qu'une chaîne cablée diffuse actuellement.
Amitiés.

Claude LE NOCHER 05/08/2012 06:34



Salut Serge


Ouf, tu me confirmes que ce titre de J.P.Alem existe bien, car la fiche du "Mesplède" dûe à Henri-Yvon Mermet est un peu "courte" sur cet auteur. Si tu trouve un
exemplaire de "Le crocodile dans l'escalier", je pense que sa lecture ne te décevra pas.


Quant au "Grabuge chez les veuves", J.P.Ferrière (qui reste un fervent des vieux films) m'a dit qu'il passait assez régulièrement sur le cable, oui. Je trouve un
certain charme rétro à cette adaptation, très réjouissante comme tu le dis.


Amitiés.



Philippe 04/08/2012 13:49

Bonjour M. Le Nocher,

Vous évoquez l'Indochine non pas une, mais deux fois, sans doute sans y penser sur le coup en écrivant.
Le héros revient à Marseille après cinq ans passés en Indochine.
Vous dîtes qu'on peut se figurer une actrice comme Dany Carrel dans le rôle de Julia.
Il ne vous vient peut-être pas tout de suite à l'esprit en citant son nom que Dany Carrel est née en Indochine ( française à l'époque ) de l'amour d'un directeur des douanes français de métropole
et d'une Vietnamienne. A Tourane ( aujourd'hui Da Nang ).
Dommage que n'existe pas en DVD le téléfilm de Thierry Chabert, adaptation de l'autobiographie de Dany Carrel " L'Annamite " ( Robert Laffont, 1991 ), où elle rapporte qu'elle n'a révélé que
tardivement ses origines. Le métissage étant mal perçu dans l'Indochine française à l'époque coloniale.

http://www.amazon.fr/LAnnamite-Dany-Carrel/dp/2221069285/ref=sr_1_3?ie=UTF8&qid=1344080361&sr=8-3

Voir :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dany_Carrel

http://www.cultsirens.com/carrel/carrel.htm

Très bel article en anglais.

Cordialement

Claude LE NOCHER 04/08/2012 16:42



Bonjour Philippe


Oui, l'article de Cultsirens montre que Dany Carrel a toujours des admirateurs.


En réalité, si j'ai fait référence à des acteurs de l'époque, c'est en pensant qu'il est étonnant que ce roman n'ait pas été adapté au cinéma. En ce temps-là,
d'autres romans beaucoup moins bons ont donné de sympathiques nanars (j'en visionne de temps à autres). Là, il pouvait y avoir un "film à effets" intéressant. Avec Dany Carrel, je vous recommande
"Du grabuge chez les veuves", adaption d'un roman de mon ami Jean-Pierre Ferrière.


Amitiés.



Patrick 04/08/2012 11:51

Encore un auteur à découvrir .....merci.

Claude LE NOCHER 04/08/2012 16:35



Bonjour Patrick


"Le crocodile dans l'escalier" est roman assez facile à retrouver, je pense.


Amitiés.



Max 04/08/2012 11:17

Bonjour Claude,
D'Alem, j'ai lu "La sourde", dont je ne garde pas un souvenir impérissable....

Claude LE NOCHER 04/08/2012 11:34



Bonjour Max


En effet, je pense que c'est un auteur (n'ayant écrit que peu de fictions) qui a trouvé sa "maturité" plus tard. J'avais lu "Carte sous table" il y a quelques
années (d'où mon résumé imparfait). J'ai pris un certain plaisir à découvrir "Le crocodile dans l'escalier", je l'avoue.


Amitiés.



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