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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 06:54

 

Cette histoire ressemble à un polar. Une bande criminelle baptisée Los Zodiacos pratiquant au Mexique enlèvements et séquestrations, chantage et rançon. Un caïd chevronné nommé Israel Vallarta vivant dans un ranch. Une jeune femme, Française native de Béthune, impliquée contre son gré dans ces crimes. Scénario correct pour un bon roman à suspense. Malgré tout, je lirai pas ce livre.

F.CassezDans À l’ombre de ma vie, Florence Cassez donne sa version de l’affaire. L’argument éditeur nous dit : « En 2003, elle débarque chez son frère à Mexico. Elle va y rencontrer l’amour. Ignorant tout de ce qui peut se passer au Mexique –corruption, agressions, enlèvements-, elle se laisse porter par sa romance qui se terminera, sans heurts, quelques mois plus tard. Le 8 décembre 2005, sa belle aventure amoureuse resurgit et la justice l’accuse de complicité d’enlèvement. Son ancien fiancé ferait partie de l’un des gangs les plus importants de Mexico. Après un simulacre d’arrestation monté de toutes pièces pour les médias, la descente aux enfers commence : un procès inique dans des conditions surréalistes, les révélations de dernière minute, les témoignages inventés, un verdict insensé et l’enfermement dans la prison de Tepepan. Aujourd’hui, Florence attend toujours son rapatriement en France. Depuis plusieurs mois, l’État français – président de la République en tête – ne cesse de demander son retour, persuadé de son innocence et conscient du danger qui la guette dans les geôles mexicaines. »

 

Selon la chronologie des faits par le magazine L’Express il n’est pas question "d’ancien fiancé". Florence Cassez habitait le ranch de Vallarta, près de Mexico. Sur son site, l'association mexicaine "Alto al Sequestro" donne d’autres détails troublants. Le reçu d'un dépôt bancaire de 50.000 dollars sur le compte de la jeune femme à la Banamex a été retrouvé, alors qu'elle gagnait alors 6.000 à 8.000 dollars par mois. Elle avait officiellement établi son domicile au ranch d'Israel Vallarta, accusé d'être le chef d'un gang spécialisé dans les enlèvements et où furent retrouvés trois otages lors de leur arrestation en 2005.

Florence Cassez dit avoir tout ignoré des activités de son compagnon qu'elle connaissait depuis près d'un an et de la présence de personnes séquestrées dans une dépendance du ranch "Las Chinitas". Ce cabanon ne se trouvait qu'à 65 mètres de l'habitation principale et il fallait passer devant pour entrer ou sortir des lieux, dit "Alto al Sequestro". La jeune femme vivait depuis trois mois au ranch comme compagne de Vallarta quand le couple a été arrêté. Or, une femme et son fils y étaient séquestrés depuis 50 jours et un troisième otage depuis 65 jours, note l'ONG. De plus, Florence Cassez avait eu l'occasion de rencontrer plusieurs proches de Vallarta membres de la bande "Los Zodiacos".

L’intégralité de cet article, via ce lien.

Publié dans Ouest-France, le Point de vue d’Alain Musset (de l’École des hautes études en sciences sociales, institut des Amériques) souligne que le Mexique est « un pays qui mène une guerre difficile contre le crime organisé et contre le trafic de drogue, alimenté par la demande croissante des consommateurs nord-américains (par ailleurs premiers fournisseurs d’armes des narco trafiquants). Depuis 2006, cette guerre a fait plus de 30000 morts et les Mexicains sont particulièrement sensibles au climat d’insécurité qui a largement débordé les États de la frontière Nord pour s’étendre à toutes les grandes villes du pays, en particulier la capitale fédérale où s’affrontent quotidiennement des bandes lourdement armées. »

Alain Musset pose la question du rôle de Florence Cassez et relève les amalgames trop simplistes : « S’il est vrai que l’on peut à juste titre critiquer le fonctionnement de la justice et de la police mexicaines, il semble tout aussi nécessaire de s’interroger sur le fond de l’affaire. Je ne sais pas si Florence Cassez a trempé dans les enlèvements qu’on lui reproche, mais elle a été assez maladroite (ou assez aveugle) pour se mettre en relation très étroite avec une bande de mafieux qui vivaient de cette sale industrie sans parler des activités annexes (trafic de drogue, vols, viols, extorsions). Dans un pays où les frontières sociales sont très marquées et où la violence fait partie de la culture, il faut être bien naïve pour ne pas se rendre compte qu’on fréquente des gangsters. La naïveté n’est pas un crime, mais elle n’est pas non plus une excuse. Il ne faut donc pas tout confondre. Le Mexique n’est pas la Colombie. La justice mexicaine n’est pas le bureau politique des FARC. Et Florence Cassez n’est pas Ingrid Betancourt.» L’article complet, via ce lien.  

Il est légitime que la famille et les proches de la jeune femme la soutiennent et espèrent son rapatriement. On comprend leurs sentiments, leur combat, chacun d’entre nous agirait certainement ainsi. Lourde condamnation si Florence Cassez n’est que complice, injuste si elle n’a pas été concernée. On est moins convaincu quand "l’État français – président de la République en tête" présente Florence Cassez comme une otage du gouvernement mexicain. Qu’elle soit Française ne suffit pas à garantir pas son innocence. Nous n’avons pas à refaire le procès de Florence Cassez, jugée sur ce qui précède. Le seul point désagréable, c’est la "reconstitution" filmée le lendemain de l’arrestation du couple. En France aussi, on a convoqué les caméras de télévisions pour des opérations de police à grand spectacle. Voilà les quelques éléments de réflexion qui font que je ne lirai pas À l’ombre de ma vie de Florence Cassez. Ce n’est pas une question d’opinion sur son innocence ou sa culpabilité, juste que le contexte criminel est trop complexe pour se contenter de sa version des faits.

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commentaires

cynic63 25/02/2011 09:33


Pas mal ton papier: même plutôt très bien car nuancé et remettant des choses à leur place sans oublier d'évoquer le sentiment légitime de souffrance des proches de Florence Cassez. C'est une
affaire, en effet, bien compliquée et, si l'aspect affectif "oriente" notre jugement, on peut quand même se dire que 60 ans pour complicité "passive" (si c'est le cas), ça fait beaucoup...
A plus


Claude LE NOCHER 25/02/2011 11:05



Merci Cynic,


Je rebondis sur les 60 ans de prison, que j'ai souligné moi aussi comme trop lourds. Il faut prendre la mesure de la criminalité au Mexique pour comprendre
cette condamnation. Ce que n'ont guère fait nos médias (et nos politiques), jouant sur l'émotionnel. Si F.C. est victime (mais pas otage), que dire des dizaines de personnes chaque année enlevées
contre rançons dans ce pays, de cette violence entre gangs ou contre la population ? J'adhère à l'analyse d'Alain Musset, non sans compatir à la douleur des familles. Quant à lire la version
des faits par F.C., je pense réellement qu'elle reste trop incomplète dans cette situation si complexe.


Amitiés.



Robert PONDANT 24/02/2011 14:01


Merci pour cette analyse, je trouve rassurant de lire de temps à autres une chronique d'opinion et non de critique sur un bouquin, qui ne soit pas promotionelle.


Claude LE NOCHER 24/02/2011 14:54



Bonjour Robert,


Présenter un roman qu'on a aimé, de fait c'est assurer un peu de promotion, même si le but est en priorité de partager nos plaisirs de lecteurs.


Je ne m'interdis sûrement pas les chroniques d'opinion. J'ai récemment évoqué "Indignez vous !" de Stéphane Hessel et, hier encore, le pamphlet signé Fernand Buron.
L'affaire Florence Cassez, telle qu'on la présente en France (et sans doute dans le livre en question) ne tient aucun compte du contexte mexicain actuel. J'ai cru bon d'équilibrer le débat, sans
accabler cette jeune femme déjà jugée.


Peut-être mes visiteurs Belges et Québécois ont-ils moins suivi ce dossier franco-mexicain, qui les intéressera un peu moins. Mais on reste dans l'actualité du
livre...


Amitiés.



gridou 24/02/2011 10:43


on va pas refaire le monde mon cher Claude...Et je crois qu'on en a déjà parlé d'ailleurs... l'info internationale n'est quasimment pas relayée dans les medias français. Je le deplore et ce
nombrilisme m'afflige.Heureusement qu'il existe le courrier international !


Claude LE NOCHER 24/02/2011 10:50



Quand on voit la difficulté qu'ont Richard et nos amis Québécois a "exister" en tant que francophones, pourtant si proches culturellement, en
effet l'info internationale est vraiment mal traitée en France. Courrier International et quelques sites Internet étranger bien traduits (qu'on trouve souvent au hasard) nous aident un
peu à cesser de regarder notre nombril.



gridou 24/02/2011 10:12


merci pour ce decryptage clair et objectif que les journaux TV ne sont pas capables d'apporter !


Claude LE NOCHER 24/02/2011 10:36



Salut Gridou,


L'info-télé fait dans l'évènementiel, le spectaculaire, et surtout la parole (ou version) de quelques pesonnes choisies. Le quotidien des Mexicains, la violence et
les drames que ça suscite, on en entend peu parler. Les articles pris pour référence sont, je crois, assez sérieux pour équilibrer les choses. Cela dit, je veux bien être un peu
solidaire de cette jeune femme, mais pas qu'on en fasse une prétendue victime, un otage des Mexicains.


Amitiés.



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