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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 05:48

 

Cognac est en ébullition. Mécontents, pas loin d’être enragés, les viticulteurs font le blocus de la ville. Preuve de leur détermination, ils manifestent en septembre alors qu’ils doivent s’occuper bientôt des vendanges. La crise qu’ils traversent, c’est forcément de la faute de l’État. Les syndicats viticoles ne lâcheront rien, on exige des subventions. Dans l’ombre, le nommé Guitton se charge d’alimenter les rancœurs. PATSOURIS-2013Du folklore contestataire, dont la plupart des vignerons ignorent qui tire les ficelles. Ou ils oublient que ce sont les multinationales qui ont racheté la totalité du négoce de l’alcool produit dans la région.

Longtemps, chacun a profité de la manne financière faisant prospérer le Cognaçais. Désormais, la ville et ses alentours n’obtiennent que le minimum, les groupes commerciaux internationaux se goinfrant sans vergogne. Avec la complicité des chefs de syndicats viticoles. Bernard Bellion avait fini par en faire les frais. Il s’opposa à ce système, créant sa propre structure syndicale. Il vient de le payer de sa vie. À coups de batte de base-ball, il a été massacré dans ses vignes. Une exécution. Décidée par le Boss des viticulteurs, organisée par Guitton, réalisée par Charly et son complice Thierry.

Charly, âgé d’environ trente ans, cynique, solitaire car estimant ne pas avoir besoin d’amis. Il habite Royan, déteste le plat paysage des vignes mais adore son bord de mer, pratique le surf. Même très bien payé pour tuer, lui qui a effectué quatre missions meurtrières, Charly est réaliste sur sa position de larbin. Si les viticulteurs restent dupes, lui connaît ceux qui les trahissent, les cocufient. Figeol, sous-chef de leur syndicat, n’a pas les épaules aussi solides que leur leader. Ce dernier n’est lui-même qu’un guignol, estime Charly. Mais un puissant guignol, dont il convient de se méfier. D’autant que le suicide de Thierry au lendemain de l’exécution, ça peut faire tache. Guitton l’avait imposé à Charly, qui ne le trouvait absolument pas fiable. Quand Bernard Bellion est retrouvé mort quelques jours plus tard, il y a évidemment enquête criminelle. Dans le contexte de l’agitation qui continue à Cognac, pas grand risque qu’on suspecte un jour Charly.

C’est sur la plage de Nauzan que Charly fait la connaissance de la brune Gail. Il ne fait guère d’effort, c’est elle qui le drague. Elle est vendeuse saisonnière dans une boutique de fringues. Le sexe laisse bientôt la place aux sentiments, sans doute pour la première fois dans la vie de Charly. Tant pis s’il ne peut guère lui avouer sa réelle activité de tueur, s’il doit se faire passer pour un rentier. Il admet que cette relation, même s’il garde un certain mépris envers les autres, change sa vision des choses. Au point de refuser froidement une mission proposée par le Boss en personne. Charly est lucide : L’amour est une bulle à la con, qui ne reste jamais bien longtemps étanche aux emmerdes. À un moment, sûrement, il devra tout dire à Gail. En attendant, malgré les conseils de Guitton, il tarde à quitter Royan. Pourtant, la sourde menace est bien présente autour de lui, et de Gail. Se vider la tête en surfant ne suffira pas à écarter le danger…

 

D’abord, il ne s’agit en rien d’un roman d’enquête, d’un assassin à identifier, ni d’un mystère à élucider. Celui qui nous parle se veut un pro du crime, parce que cette marginalité lui convient. Hélas, avoir des états d’âmes, ça vous gâche le meilleur des tueurs à gages. J’incarne le mal. Je suis la mauvaise conscience de tout leur bordel cognaçais. Je suis le nuage noir à vomir… Peut-être suis-je le fantôme absolu, rien qu’un rêve, rien qu’un cauchemar qu’on rappelle de temps en temps à la réalité, histoire de bien la bousculer, de bien l’inverser… Charly n’ambitionne pas les prouesses criminelles, il sait n’être qu’un exécuteur salarié, qu’un employé, un sans-grade. Il est au service des puissants, ne les respectent pas plus qu’il n’est respecté. D’où sa tentative de changer de vie.

Ensuite, c’est un premier roman, donc pas exempt de défauts mineurs. Il est bon de situer l’action, pas d’abuser quelque peu des noms de lieux. N’empiétons pas sur le boulot des GPS. En outre, on risque les redondances quant au néfaste rôle des financiers et de leurs complices locaux. Néanmoins, l’auteur a le mérite de souligner des réalités socio-économiques : Le cognac, ça crache du pognon. Et c’est vrai. Une plus-value à faire bander les morts. Du fric à n’en plus finir tant il en coule des barriques qui dorment dans les chais. Les multinationales ne se trompent (presque) jamais. Et si elles ont investi dans le cognac, c’est que le cognac, toujours et encore, ça crache du pognon.

On nous montre comment sont manipulés les exploitants de base, les viticulteurs. Il en est de même quand les producteurs agricoles ou de l’élevage obéissent aux consignes de leur principal syndicat professionnel. La subversion est un mirage dit l’auteur. Pire, c’est une tromperie hypocrite, leurs présidents passant leur temps entre bureaux feutrés et salons bourgeois. Au final, une intrigue qui ne plonge pas dans un complet cynisme, pour une histoire qui laisse une très bonne impression.

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commentaires

C
Après la lecture de ce polar, je vous conseille le Blues à Cognac, on peut y faire la fête et écouter de la musique qui vient de loin, elle aussi.<br /> Concernant les viticulteurs, un bon moyen de les aider, chacun à son niveau, est de les rencontrer chez eux, dans leur distillerie ou leurs chais (oui, là où est stockée la marchandise à spéculer !..).<br /> Certes il y fait sombre, mais aussi bien frais, à moins que vous ayez déjà goûté à l’Élixir des dieux.<br /> Enfin, on ne se retrouve pas envoyé chez eux à chaque fois, sauf dans les polars !<br /> <br /> Alors, bonne lecture et de belles rencontres chez ces viticulteurs encore passionnés...
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C
Avez-vous remarqué que la publicité est prohibée sur ce blog ?<br /> N'oubliez-vous pas un autre détail : cette &quot;découverte&quot; à 120 Euros + achat de cognac, c'est bien plus ruineux que les livres.<br /> Vu que c'est bientôt l'heure de l'apéro, je reste calme...
P
Bonjour M. Le Nocher,<br /> <br /> J'aime beaucoup les premiers romans.<br /> Et celui-ci se situe dans le milieu viticole, comme pas mal de romans participant du goût pour le polar et la littérature de terroir ?<br /> Il paraît que le polar régional est très à la mode depuis quelques années.<br /> Un libraire m'a dit une fois que dans chaque région la production de polars dits régionaux était encouragée par le conseil régional par des aides. Je n'en sais pas plus, je n'entre pas dans ce<br /> débat.<br /> Je sais que vous évitez d'être taxé de régionalisme ( je me souviens que vous l'avez dit quand vous présentiez quelques titres de la collection Histoires vraies des éditions Papillon rouge, en<br /> faisant exprès de ne pas chroniquer celui sur la Bretagne ).<br /> Il est vrai qu'en parlant de polars régionaux la Bretagne est surreprésentée par rapport à d'autres régions, on le voit entre autre dans les salons de livres ou de polars, avec les stands<br /> régionaux, où pour la Bretagne il y a Alain Bargain, Astoure ou le Palémon ( Jean Failler, les Enquêtes de Mary Lester ).<br /> Voilà pour le polar régional, mais il ne m'échappe pas que le roman que vous chroniquez aujourd'hui n'en est pas vraiment un, c'est un polar qui se trouve situé dans une région qui est celle du<br /> cognac, et le personnage principal n'est pas issu du monde viticole puisque c'est un tueur au service du syndicat viticole évoqué.<br /> <br /> Du polar en milieu viticole, c'est aussi la collection " Le sang de la vigne " de Jean-Pierre Alaux et Noël Bayen chez Fayard dont vous avez parlé d'autres fois.<br /> Je remarque que le personnage de l'oenologue enquêteur Benjamin Cooker a été rebaptisé Benjamin Lebel dans l'adaptation en série télé sur France 3 avec Pierre Arditi dans son rôle.<br /> <br /> Il y avait des titres aux éditions Cheminements dans la collection Chemins noirs.<br /> Par exemple l'auteur Robert Reumont, dont les titres sont des jeux de mots : " Coup de rouge en Touraine " , " Rouge sur blanc... " , " Le crime nouveau est arrivé " , " Flagrants délices au<br /> Champigny ".<br /> <br /> Pour revenir à la région du Cognaçais et de Charente, j'avais acquis des romans des éditions du Croît vif, éditeur charentais bien connu.<br /> <br /> La part de l'ange<br /> Nicole Bardou<br /> http://www.croitvif.com/catalogue/collection-imaginaires/ouvrage-153-la-part-de-l-ange.html<br /> <br /> Tout Saintes est au courant<br /> Denis Alamercery<br /> http://www.croitvif.com/catalogue/collection-imaginaires/ouvrage-11-tout-saintes-est-au-courant.html<br /> <br /> Royan Garden Blues<br /> Jacques- Edmond Machefert<br /> http://www.croitvif.com/catalogue/collection-imaginaires/ouvrage-273-royan-garden-blues.html<br /> <br /> " Saintongeais de naissance " dit cette fiche.<br /> <br /> Site de l'auteur :<br /> http://jmachefert.free.fr/<br /> <br /> Il partage avec votre ami Paul Maugendre le goût pour le jazz, il dit :<br /> " 2013 : Polar et Jazz, mauvais genres longtemps<br /> marginalisés, étaient décidément faits pour se rencontrer. "<br /> <br /> J'évoquerai aussi l'auteur Marie-Bernadette Dupuy, qui vit en Charente et s'auto-édite aux éditions le Soleil de Minuit.<br /> http://mbdupuy.free.fr/<br /> <br /> http://mbdupuy.free.fr/policier.htm<br /> <br /> Elle a écrit, outre ses romans historiques de terroir peut-être plus connus, des polars, dont la série des enquêtes de la commissaire Maud Delage, situées en Charente et parfois en milieu<br /> viticole.<br /> La série ayant commencé en 1994, certains titres sont épuisés.<br /> Mais le mois dernier j'ai vu et acheté chez France Loisirs un ouvrage juste paru et qui reprend en un volume 4 des 7 titres Maud Delage.<br /> <br /> http://www.franceloisirs.com/catalogue/article/661034/Les-enquetes-de-Maud-Delage/Dupuy-Marie-Bernadette<br /> <br /> breiz<br /> Le 18 février 2013<br /> Très bien<br /> A quand les 3 autres histoires de Maud Delage qui sont déjà écrites ?<br /> Réponse du modérateur : Le deuxième tome de Maud Delage est en cours d'étude pour le catalogue de l'Automne 2013. Cette prochaine compilation devrait réunir ses premières histoires.<br /> <br /> Remarque de breiz du 23/02/13<br /> Bonne nouvelle.<br /> <br /> Cordialement
Répondre
C
<br /> <br /> Bonjour Philippe<br /> <br /> <br /> Depuis dix ans que j'écris des chroniques, j'ai souvent défendu la "régionalité", c'est vrai. Qu'il s'agisse de "polars régionaux", publiés par des éditeurs implantés en Bretagne, dans le<br /> Nord/Pas-de-Calais, à Marseille, à Toulouse ou ailleurs. Je suis d'ailleurs relancé assez souvent par des "petits éditeurs" publiant partout en France, mais je ne peux que rarement satisfaire à<br /> leur demande. Vous me connaissez assez pour savoir que je ne snobe personne, c'est seulement que ma capacité de lecture n'est pas illimitée.<br /> <br /> <br /> "Régionalité" aussi, même quand les romans sont publiés par des éditeurs nationaux. Ce serait faire de la ségrégation que de ne pas en parler. Les éditions Le Rouergue se situant entre les deux,<br /> avec une bonne diffusion nationale, il est donc logique de les évoquer. Jeannine Balland, aux Presses de la Cité, a initié une collection donnant toute leur place aux intrigues régionales (voir<br /> Hervé Jaouen), dont j'ai souvent parlé également.<br /> <br /> <br /> "la production de polars dits régionaux était encouragée par le conseil régional par des aides" vous a-t-on dit. Ces éditeurs sont des sociétés privées, c'est donc une bonne diffusion et un<br /> correct chiffre d'affaires qui les fait vivre (d'où la disparition des moins visibles). Les aides aux entreprises culturelles existent en régions, pas forcément par du financement. La région<br /> Bretagne dispose d'un stand pour ses éditeurs dans divers salons parisiens (Salon Nautique, par exemple). L'image sert la région et les exposants.<br /> <br /> <br /> J'ignorais que les scénaristes avaient changé le nom de Benjamin Cooker. Sans doute ont-ils aussi minoré les rôles de son duo d'assistants. Quoi qu'il en soit, je pense que J.P.Alaux et N.Balen<br /> donnent, par leurs romans, davantage de "poésie vinicole", bien qu'il se produise des crimes. Sans vouloir dénigrer les honorables scénaristes, bien sûr.<br /> <br /> <br /> Oui, le décor régional convient aux polars... et aux lecteurs.<br /> <br /> <br /> Amitiés.<br /> <br /> <br /> <br />

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