Mercredi 14 mai 2008
 

Maxime Chattam : « Les arcanes du chaos » (Pocket, mai 2008)

Paris. Yael Mallan, 27 ans, remarque des ombres inquiétantes dans les miroirs, chez elle comme chez son employeur. Bientôt, Yael reçoit des messages mystérieux émanant du « Monde des Ombres ». On l’invite à chercher ce que masquent les apparences. De exemples : le billet de un dollar recèle d’étranges symboles; les assassinats des présidents Kennedy et Lincoln présentent de curieuses similitudes. On recense d’autres cas sont aussi étonnants, dans lesquels on devine l’influence de sociétés secrètes. Yael ne comprend pas pourquoi on s'adresse à elle, qui mène une vie ordinaire... Reporter indépendant, Thomas devient un précieux allié pour Yael. Ensemble, ils se lancent dans un dangereux jeu de piste. L’aide de Kamel Nasir leur est fort utile. Sur son blog, Kamel dénonce les manipulations démagogiques, les collusions entre dirigeants politiques et monde financier. A Herblay, puis dans la région de Thonon-les-Bains, Yael et Thomas collectent de nouvelles infos. Leur parcours est jalonné de meurtres...

Ici, Maxime Chattam abandonne ses thrillers trop calibrés. Si les prémices semblent ésotériques, le récit devient vite rationnel. Au fil des péripéties, le danger est bien réel pour Yael. De messages en indices, elle progresse face à un ennemi invisible et puissant. Un vrai suspense, d’autant plus réussi que l’auteur s’autorise un brin d’humour.

© Claude Le Nocher

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Mardi 6 mai 2008
 

Adele Hartley : « Écorchée » (Éditions First, 2008)

Le premier roman de cet auteur, créatrice et directrice du Festival du film d’horreur d’Édimbourg, est véritablement passionnant. Un thriller psychologique très réussi.

Cassie (Cassandra) est une gamine farouche vivant dans la région de Toronto (Canada).Malgré leurs caractères opposés, elle se lie d’amitié avec une jeune voisine de son âge, Jen (Jennifer-May). L'adolescence de Cassie est bien plus turbulente que celle de la calme Jen, pourtant elles restent amies. À la mort brutale de son père, Cassie est sous le choc. Introvertie, neurasthénique, elle se refuse à un “retour au monde”, sombrant dans les abus alcoolisés. Jen tente vainement de l'aider. Cassie continue à dériver entre ivresse et rencontres sexuelles douteuses. Elle ne s’aime pas, se détruit... Solitaire durant son enfance, Skirving méprisa bientôt haineusement le monde entier. Son rêve adolescent d’un amour idéalisé, ce fut Shauna, la femme de sa vie. Elle a été victime d’un horrible meurtre. Commence pour lui une quête impossible. Trouver une nouvelle compagne parfaite est le prétexte à une série de crimes cruels, inspirés des supplices de l’Inquisition. Emily, puis Rachel, puis Nell, toutes sont si “décevantes”... Perdue entre des amants de passage et son alcoolisme chronique, Cassie plane loin de la sage réalité de son amie Jen. Ivre un soir de Noël, elle se montre lamentable quand Jen lui présente le sympathique Paul. Celui-ci est prêt à faire preuve de patience envers Cassie. Skirving s’installe clandestinement près de chez Cassie. Il a repéré la jeune femme, estimant avoir trouvé l’âme sœur...

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Lundi 5 mai 2008

 

Un auteur en recommande un autre
Yvon Coquil, auteur de “Black Poher” (Editions du Barbu) nous recommande un roman qu'il a particulièrement apprécié :
"Rue des absents" de Mouloud Akkouche (Atelier In-8)
"Il y a des cauchemars qui perdurent et des réveils si terrifiants qu'il vaudrait mieux ne pas ouvrir les yeux..." A Pau, Véronique Radkov émerge et s'aperçoit qu'elle n'est plus “elle” mais “il”. A Montreuil, Jean-Paul déambule en fauteuil roulant, soliloquant, pestant contre celui à qui il doit son infortune. Maxime Girard communique par Internet, et gère ainsi son entreprise performante.

Rue des absents” est un beau roman qui vous embarque malgré vous. Mouloud Akkouche y développe avec bonheur différents styles propres à l'expression de chaque protagoniste. C'est un polar dense, fort, maîtrisé, dans lequel l'auteur réussit à faire entrer toute l'humanité possible.
(Yvon Coquil)

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Lundi 5 mai 2008

Les chroniques de DASOLA – n°3 (mars & avril 2008)

 

« La cote 512 » de Thierry Bourcy (Folio Policier) est un roman de 250 pages qui a l'originalité de se passer dans les tranchées de la guerre 14-18. C'est le premier des quatre volets des enquêtes déjà parues du soldat Célestin Louise, inspecteur de police dans le civil. Dans « La cote 512 », Célestin reçoit son ordre de mobilisation dès la déclaration de guerre en septembre 1914. Au cours de ses enquêtes à Paris, il était très doué pour trouver et appréhender les cambrioleurs. Célibataire sans enfant, il rencontre peut-être l'âme soeur la veille de son départ sur le front. Il est affecté au 134ème régiment d'infanterie où il retrouve La Guimauve, le dernier cambrioleur qu'il avait appréhendé et relâché immédiatement. Ce régiment est commandé par le lieutenant Paul de Mérange. Au cours de la première offensive De Mérange est tué, le problème est qu'il a été atteint dans le dos par une balle tirée par un fusil français. Célestin, persuadé que le lieutenant a été assassiné, décide de mener l'enquête. Celle-ci le conduira à connaître la famille du lieutenant, sa femme et son frère qui sont les personnages centraux de cette affaire de crime passionnel prémédité. Thierry Bourcy évoque en arrière-plan, comme dans le film « Joyeux Noël », la fraternisation entre les deux camps ennemis, à la Noël 1914. Il fait aussi une description de ce qui va être la guerre des tranchées pendant 4 ans. Cela m'a rappelé les images du film de Jean-Pierre Jeunet, « Un long dimanche de fiançailles ». Roman honnête mais sans plus car l'intrigue est un peu superficielle. J'en verrais bien une adaptation au cinéma. J'attendrai la parution en édition de poche des 3 volets suivants dont le dernier « Les traîtres » vient juste de paraître aux Editions Nouveau Monde.

Deux polars nordiques Asa Larsson et Arnaldur Indridason

« Horreur boréale » de Asa Larsson aux Editions Gallimard Noire. Premier roman traduit en français de cette femme écrivain. Un crime horrible, dont la victime est un pasteur, Viktor Strandgard, est perpétré dans la nef de l'église de la Force originelle, congrégation évangéliste au nord de la Suède, à Kiruna, en Laponie. La soeur de la victime, Sanna, qui est suspectée, appelle à l'aide son amie Rebecka, avocate qui exerce à Stockholm. Rebecka mènera son enquête en parallèle avec la police au péril de sa vie. Parmi les inspecteurs de police, se distingue Anna-Maria, enceinte jusqu'aux yeux. Le déroulement de l'histoire se passe sur sept jours. Chaque partie commence par ce libellé « il y eut un soir, il y eut un matin ». Se lit sans déplaisir mais ce n'est pas le meilleur polar que j'ai lu et certains traits de caractères m'ont paru peu crédibles. Le contexte particulier lapon y est certainement pour quelque chose et pourtant les motifs des crimes peuvent être aussi sordides que partout ailleurs: crapuleux et pédophiles.

« La voix » de Arnaldur Indridason (Editions Metailié et Poche Seuil) est le troisième roman que je lis de cet auteur islandais après « La cité des jarres » et « La femme en vert »(voir mon billet du 22 octobre 2007). Là, l'intrigue se passe dans un hôtel de luxe. Un portier, Gudlaugur (Gulli), qui fait le Père Noël au moment des fêtes, a été poignardé. Gulli vivait dans l'hôtel, on ne lui connaissait pas d'ennemi. Nous retrouvons le commissaire Erlandur qui  s'installe dans une des chambres de l'établissement pour mener l'enquête. La voix du titre se rapporte à Gulli qui était enfant quand on a découvert qu'il avait une magnifique voix de chanteur. Il avait même enregistré deux ou trois disques (qui font le bonheur des collectionneurs). Puis, à l'adolescence, juste avant un concert qui devait lui assurer une certaine gloire, sa voix a mué. Gulli ne chante plus et sa famille (père et soeur) découvre qu'il est homosexuel. Peu avant son assassinat, Gulli avait appris qu'il était licencié après de nombreuses années de bons et loyaux service comme portier. Après avoir exploré plusieurs pistes, Erlandur s'aperçoit que Gulli n'est pas victime d'un crime passionnel. Je ne vous en dirai pas plus. L'histoire plus intimiste que les deux romans précédents m'a peut-être moins enthousiasmée mais c'est quand même très bien.

« Mygale » de Thierry Jonquet

Comme son nom l'indique, le roman est venimeux mais surtout noir, très noir et dévoilant les penchants pervers du genre humain. J'ai découvert Thierry Jonquet avec « Moloch », « Les orpailleurs », « Mon vieux » et « Ad vitam aeternam ». Chaque fois, les intrigues sont très différentes et certaines relèvent presque du fantastique (Ad vitam aeternam). « Mygale », en édition Folio policier, est un court roman composé de 3 chapitres : l'araignée, le venin et la proie. Trois histoires narrées en parallèle vont se rejoindre à la fin. Dans la 1ère histoire, Richard Lafargue, chirurgien esthétique, vit avec une belle jeune femme, Eve, qu'il semble retenir prisonnière dans une belle demeure. De temps en temps, pour assouvir ses instincts, il organise des rendez-vous galants entre Eve et des clients. De plus il va voir une jeune femme, Viviane,  internée dans un hôpital psychiatrique. Dans la 2ème histoire, imprimée en italiques, un jeune homme dont on saura le nom plus tard (Vincent Moreau) est enlevé et séquestré par un homme qu'il surnomme "Mygale". Cette histoire se passe antérieurement à la première. Dans la 3ème histoire, Alex Barny, un malfrat en fuite, se cache. Il est blessé. Au fur et à mesure, Thierry Jonquet révèle les liens tissés entre les personnages. Eve et Vincent, Richard et Viviane, Alex et Vincent. Qui est Eve? Est-elle une victime consentante ou non? Quelles sont les motivations de Richard? Qui est Mygale? Ce roman est une bonne introduction pour découvrir Thierry Jonquet (même si j'en ai vraiment préféré d'autres).

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Mercredi 30 avril 2008

 

« L’aumônier enquête à bord » une série de

Claude-Youenn ROUSSEL  (Editions du Palémon)

Aumônier de la Marine au passé complexe, assisté de son valet ami-amant Julio, le frère Gratien mène des enquêtes périlleuses dans le milieu maritime, à la toute fin du 18e siècle. Des aventures pleines de mystère, pouvant plaire aux amateurs de « polars historiques ». Il apparaît dans « L’aumônier du Ponant », en 2005. Quelques mots sur les deux épisodes suivants, des romans dans bonne tradition de la Littérature populaire...

 

« Le neuvième chapitre » (2006)

1786. Le frère Gratien et Julio ont embarqué sur la frégate L’Infidèle à destination des Antilles. A Rochefort, un aide-chirurgien vient remplacer le titulaire blessé. Un passager imprévu monte aussi à bord. L'équipage se méfie de ce Vileras, un mulâtre, mais il ne déplait pas au frère Gratien. Au cours du voyage, on embarque aussi un pêcheur naufragé, et un marin d’occasion fuyant les Açores. Cette étape aux Açores est plutôt agitée pour l’aumônier. En mer, le capitaine de L’Infidèle est assassiné dans sa cabine close. Gratien ne croit pas au suicide. Le capitaine prétendait écrire un roman libertin. L’aumônier pense qu’il a été tué par le véritable auteur, pour récupérer son œuvre. Ce ne fut peut-être pas le seul mobile du coupable. Entre épidémie de scorbut et attaque contre des pirates (faits prisonniers), la vie sur la frégate laisse peu de répit. « Le Sabre », organisation fédérant une multitude de trafiquants et de brigands, semblait avoir été dissoute. Pourtant, elle est sûrement impliquée dans les problèmes actuels du frère Gratien.

« Meurtres au Jardin de la Marine » (2007)

1788. Le frère Gratien est de retour à Brest, avec Julio. Maître des services secrets, Desbleds les envoie aussitôt à Toulon pour une double mission : sécuriser l’arrivée d’ambassadeurs venus d’Inde, pays allié, et observer le fonctionnement de l’hôpital de la Marine et de son apothicairerie. S'intéressant à l'herboristerie médicale, l’aumônier effectue de semblables repérages à l’hôpital de Rochefort, en retournant à Brest. On ne lui a pas encore précisé l’objectif de son enquête. est nommé aumônier à l’hôpital de Brest. L’ambiance y est un peu tendue, en partie à cause du nombre important de décès. Les remèdes utilisés (en particulier la « panacée universelle ») semblent pourtant de parfaite qualité, comme les produits médicinaux vendus aux navires. Pourtant, trop de marins décèdent. En moins d’une semaine, six meurtres sont commis à Brest. Chaque jour, un cadavre est retrouvé dans l’enceinte close du jardin de l’hôpital. Gratien et Julio cherchent ce qui peut expliquer ces morts.

 

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Vendredi 25 avril 2008

Les aventures de Clovis Narigou, par Maurice Gouiran

Ancien reporter, Clovis Narigou a choisi les calmes collines proches de Marseille pour y élever des chèvres, loin de la fureur du monde. Pourtant, il doit souvent quitter son havre de paix pour enquêter sur des affaires troublantes. Dans ces aventures, l'humanisme n'est pas un vain mot. Le premier roman de Maurice Gouiran, “La nuit des bras cassés” a reçu le Prix Sang d'Encre des Lycéens. Depuis, il a écrit une douzaine d'épisodes mettant en scène ce héros attachant. Il a obtenu en 2006 le Prix Virtuel du Polar pour “Sous les pavés, la rage”. Voici quelques mots sur ses deux derniers romans en date.

« Putains de pauvres ! » (Éd. Jigal, 2007)

Clovis est contacté par son ex-amour de jeunesse, Laura. Devenue SDF, elle lui fait part d'une rumeur sérieuse circulant en ville. Une épidémie toucherait les plus pauvres, paumés et clodos. Laura évoque le cas de Diego, un Portugais. Clovis vérifie, notamment auprès de la pulpeuse infirmière Elodie. Effectivement, on dénombre plusieurs morts. On parle du retour d'un virus qui causa jadis la meurtrière grippe espagnole. Un médecin anonyme dévoile publiquement l’ampleur du problème, afin que les autorités s'en occupent. Lerejet de la population envers les SDF n'étonne pas Clovis. Des types en 4x4 se chargent d’éliminer quelques clodos. Dsécuritaire et pde précaution, telles sont les réponses radicales des politiques, pas tous extrêmes. Le total des morts enfle, la situation se dégrade. La manif pour une “France propre” sent la manipulation. Clovis lance dans une enquête qui lui fera voyager jusqu'au Portugal, avant d'éclaircir la situation marseillaise...

« Les chèvres bleues d’Arcadie » (Éd. Jigal, 2008)

Amie intime de Clovis, la sensuelle infirmière Élodie est mêlée à un crime. Dans une villa bourgeoise du boulevard Michelet, deux hommes se sont entretués. Député puritain, Thibault de la Renaudière était le propriétaire des lieux. L'autre mort est un anarchiste grec, Spiros. Clovis fait le ménage afin qu’elle ne soit pas inquiétée. Élodie avoue qu’elle a participé à une soirée libertine avec Thibault, pas si vertueux. Quelques relations de ce dernier ont déjà été victimes de cambriolages ou d’agressions. La police suppose un assassinat politique. Clovis s’initie avec Élodie au petit monde de l’échangisme, rencontrant des érotomanes aisés. Plus qu’à leurs pratiques, Clovis s’intéresse à leurs mésaventures. Thibault possédait une riche collection d’objets érotiques. Chez chacun des cambriolés, un exemplaire d’une statue de Priape a été volée. Tous les sept avaient ramené ces œuvres d’un voyage ensemble en Grèce. C'est donc en Grèce que Clovis part se renseigner. Là-bas, certains n'ont pas oublié le régime dictatorial des Colonels grecs.

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Samedi 19 avril 2008
 

 

Jean-Luc Le Pogam : “Les Mange-Rêve”

 Imaginons l'Europe en 2024. Un dictateur règne sur le continent depuis quatre ans. Désormais, un mur électromagnétique infranchissable nous sépare du reste du monde. Des scientifiques ont dérèglé le climat, installant un hiver qui dure neuf mois, avec des températures très froides. Iwan est un collégien habitant la presqu’île de Rhuys, en Bretagne, avec son père (photographe) et la compagne de celui-ci, la ravissante Gaëlle. Thibault, son meilleur copain, et la jeune Mélanie, sa voisine préférée, sont les amis d'Iwan. Ils mènent une vie encore heureuse. La situation dérape le jour où Iwan et Thibault sont témoins de l'agression chez lui de leur prof de guitare, l'Anglais Ian, par un commando. Ayant réussi à fuir, les ados rentrent chez eux. Mais la maison de Thibault, dont les parents libraires ont disparu, a été saccagée.

 

Il se réfugie chez Iwan, où se trouve aussi Mélanie. Ils apprennent que le père d'Iwan et Gaëlle ont été arrêtés à Concarneau, où ils inauguraient une expo photos. Quand le domicile d'Iwan est attaqué par le commando qui a arrêté Ian, le trio d'ados rejoint la maison d'Yvon, le grand-père d'Iwan. Il leur fait rapidement comprendre que la situation est grave. Aujourd'hui retraités, Yvon et son ami Jack furent des hommes d'action. Avec Iwan et ses amis, ils vont réagir et tenter de sauver leurs proches...

Par son contexte, ce “roman-jeunesse” s'adresse sans doute autant aux lecteurs adultes. Ce futur pas si lointain, dictatorial, où sont persécutés ceux qui défendent la culture, peut concerner tous les lecteurs. Cette première aventure mouvementée des jeunes héros sera suivie de deux autres épisodes. Grâce à sa narration fluide, ce roman à l'intrigue solide et inventive est vraiment agréable à lire.

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Mercredi 16 avril 2008

  Françoise Laurent : « Dolla » (Krakoen, 2008)

Cette histoire se passe dans dix ans, en 2018, un demi-siècle après les évènements de “mai 68”. Une communauté des anciens regroupe dans le région niçoise d’ex-soixante-huitards, désormais septuagénaires. C'est un rassemblement hétéroclite de caractères et de parcours différents. Ils habitent une bâtisse sur la rive du Paillon. Tous sont réunis pour les obsèques de Dolla, la compagne d’Augustin. Autrefois, le bistrot du couple était le centre de gravité de leur groupe. Perpétuellement optimiste Dolla parvenait à les fédérer. Cinquante ans de bonheur entre Dolla et Augustin, ça ne s'efface pas si vite. Dandy friqué loin de leurs idéaux, leur fils Boris est venu avec sa belle et froide fiancée Gaïa, étudiante en médecine. Ce qui ne console guère Augustin. Ici, chacun reste fidèle à ses convictions d’antan, occasion de houleux débats. Arthur, leur docteur, veille sur leur santé. Clémence, jeune punkette destroy, s’occupe de l’intendance. Ces rebelles décatis forment un pathétique îlot de résistance dans ce monde individualiste, formaté, sécurisé par des milices. La mort de leur copain Lionel le soir des obsèques pouvait passer pour naturelle. Celle de Joséphine est bien plus suspecte. Des traces d’insuline incitent Arthur et Augustin à s’interroger. Les vieux réfractaires sont bientôt entraînés dans une affaire qui sent le complot, mais ont bien l'intention de réagir...

Toujours animés par l’esprit de mai 68, ces sympathiques contestataires ! Pour eux, ce n'est pas de l'histoire ancienne. Bien que décrépits, et conscients de l’échec des utopies, ils ont encore envie d’action. Une fois repéré chaque membre du groupe, on prend plaisir à suivre les péripéties qu'ils traversent. La tonalité amusée du récit n'empêche de s'interroger sur ce futur proche, inquiétant, uniformisé, morose. Un roman à découvrir.

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Jeudi 10 avril 2008
 

Thierry Crifo : “Les portes du garage”

(Mare Nostrum Éditions , 2008)

 

1966. Robert Moulin vit à Cachan, qui est encore une petite ville à l’ancienne, au sud de Paris. Robert, 22 ans, est un petit gars musclé aux yeux perçants, cheveux noirs corbeau brillantinés en arrière. C'est sous le nom de Robby Silver qu'il espère se faire connaître comme rockeur. Faute de moyens, son groupe des “Noirs Velours et lui ont peu d’avenir. Robert est l'amant d'Yvette, la patronne du bar-hôtel qui leur sert de quartier général. Mais, à cause d'une altercation qui a valu à Robby un petit séjour en prison, ils ne sont plus les bienvenus chez Yvette... Un soir, il flane à la boutique du Lido Musique. Robby croise un vendeur compréhensif, qui l'initie à un tout autre style musical. Il fashe sur ces groupes américains méconnus et talentueux. Ce qui offre une nouvelle impulsion à Robby, Jeannot et leurs copains. ils deviennent “Les Forains”. Dans une maison à l’abandon, le garage est transformé en studio de répétitions. Ils changent aussi d’aspect, pour ressembler aux rockeurs d'outre-Atlantique. Bien préparés, ils décrochent un premier concert dans une vraie salle d’un bar de Gennevilliers. “Les Forains” se donnent au maximum, mais sont chahutés. C’est la baston, et le début de gros ennuis pour Robby...

Thierry Crifo exprime toujours un plaisir d'écriture, que les lecteurs peuvent ressentir. Belle reconstitution de l'époque et personnages attachants, pour un roman vif et fluide, très agréable.

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Vendredi 4 avril 2008
 

Les « historiques » de Serge LE GALL

Serge Le Gall publie aux Editions Alain Bargain deux séries de romans. L'une est consacrée au commissaire Landowski, policier dans l'âme, marginal dans la manière. Nous en parlerons ici ultérieurement. L'autre série a pour décor la Bretagne-sud à la toute fin du 19e siècle, là où vivaient Paul Gauguin et ses amis peintres. Le détective Samuel Pinkerton enquête sur des affaires criminelles, flairant l'atmosphère, côtoyant artistes et suspects. L'auteur restitue sans lourdeur l'ambiance de l'époque, et présente des personnages riches en authenticité. Sans oublier de vraies intrigues criminelles, mystérieuses à souhait. « Sombre dessein à Pont-Aven » et « Meurtres du côté de chez Proust » en sont les deux premiers titres. Voici les deux plus récentes aventures de cet étonnant détective.

« Eaux-fortes à Sainte-Marine » (2006)

Le corps d’un jeune homme est découvert poignardé à Combrit-Sainte-Marine, en bord de mer. Yann avait la réputation de plaire aux femmes. Le détective Pinkerton s’intéresse à ce crime. Un bouton du pantalon de la victime ayant disparu, il y voit un indice. Pinkerton sympathise avec Eugène Archer, un policier des Brigades du Tigre. Au repos, ce dernier s’amuse de l’enquête du détective. Pinkerton est fort attiré par Marie-Clémentine,artiste-peintre. Celle-ci reste méconnue, contrairement à son voisin Lucien Simon. Gardien de la propriété voisine du lieu du crime, Fachoda est suspect, selon Eugène Archer. Ancien militaire, il jalousait Yann pour ses succès féminins. Mais était-il capable de le tuer de sang froid ? Un autre jeune homme est assassiné dans des conditions identiques. Un cirque s’est installé dans la région. D’aucun y verrait volontiers quelques suspects. Pinkerton n'est pas insensible au charme troublant de la belle artiste Sarah. Tandis que le coupable fait une nouvelle victime, le détective observe le petit monde de Sainte-Marine, cherchant à comprendre chacun...

« Ciel rouge au Pouldu » (2008)

Pinkerton enquête dans le pays de Quimperlé. Ici, au Pouldu, plusieurs peintres séjournent sur les lieux qui ont inspiré Gauguin. Pinkerton enquête sur le meurtre de la jeune Jeanne, étranglée à l’orée de la forêt de Carnoët. Le médecin légiste affirme qu'elle était enceinte, a mangé des baies rouges et a copulé peu avant son décès. Indices encore minces, que ne négligent pas le détective. Journaliste débutant à la gazette locale, Cyrian est un beau jeune homme un peu efféminé. Le détective accepte qu’il suive son enquête (non sans se méfier du peintre Charles Filiger, dont on dit qu'il aime les éphèbes). Pinkerton préfère, lui, la belle Ernestine, employée de l’hôtel. Plusieurs suspects sont possibles : le sanguin charretier Léon, avec lequel le détective a eu une altercation ; le légiste qui apprécie trop les jeunettes ; l’ouvrier qui découvrit le cadavre ; l’étrange moine, mystique et intemporel, croisé dans la forêt ; et pourquoi pas le peintre Filiger. Comme le craignait Pinkerton, un second meurtre est commis, similaire au premier...

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