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2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 04:55

Dans le Massif central, au nord du département du Cantal. Un terroir rude, en particulier pendant l’hiver, où la population d’origine se raréfie. Beaucoup de maisons de retraite, mais peu d’emplois pour les jeunes générations. Pour lesquelles l’avenir ne consiste pas à travailler en Ehpad. Des fermes et des chasseurs, il en reste encore, se voulant gardiens d’un esprit local alors qu’ils n’ont pas choisi leur vie. Ils n’apprécient guère les étrangers, qui choisissent de s’installer ici. Pourtant, ils n’empiètent nullement sur leur existence. Ce sont généralement des solitaires, marqués par de mauvaises expériences passées.

C’est le cas de Louise, jeune femme dont la vie a été gâchée jusque-là. Elle s’occupe d’une ferme servant de refuge aux animaux, aux chevaux, appartenant à un couple d’Américains (Andrew et Fiona) s’étant exilés dans ce coin perdu. Renouer vraiment avec sa famille ne figure pas encore dans les projets de Louise. Quant à Lison, récemment veuve d’Hervé, elle connut aussi des épreuves avant de se fixer avec lui dans sa ferme. Maintenant qu’elle est seule avec les enfants, quel futur pour elle ? Le capitaine de gendarmerie Laurentin a renoncé à faire carrière dans les forces de l’ordre. Les blessures de ce taiseux sont autant corporelles qu’à cause de vives déceptions dans son métier. S’il entraîne bénévolement les jeunes footballeurs locaux, ce n’est pas pour être accepté par la population.

Les frères Couble sont natifs de la région, mais Jean Couble ne partage pas l’agressivité de beaucoup de ses voisins. Il s’occupe de son frère Patrick, un simplet aux yeux de tous. Celui qui va perturber la morne routine de de petit territoire en cet hiver neigeux, c’est Éli. Fiévreux, hagard, il est venu incendier une maison désaffectée, vide et quasiment en ruine. À trente-six ans, c’est un être désenchanté, perdu. Suite à son acte, il rôde pendant des jours et des nuits dans les environs, tel un sauvage égaré. Le capitaine Laurentin n’a mené qu’une vague enquête sur l’incendie. Il constate qu’une partie des habitants sont prêts à utiliser ce prétexte pour exprimer leur besoin de violence. Ce qu’il doit empêcher.

C’est Louise qui finit par retrouver Éli, dont elle sait qu’il est le pyromane. Avec l’aide d’Andrew et Fiona, elle le recueille et tente de le requinquer. Le mutisme d’Éli ne facilite pas les choses, mais Louise est patiente, compréhensive. Des balades avec les chevaux, de petits travaux pour le couple d’Américains, voilà ce qui permet à Éli le retour à un état normal. Au printemps, il retrouvera la parole, se confiera à Louise. Laurentin sent monter la tension, montrant au nommé Ringrave – chef des habitants armés – qu’il ne le craint pas. Quant à éviter l’affrontement, c’est probablement illusoire…    

Alexandre Lenot : Écorces vives (Actes Noirs, 2018)

La plupart des chemins relevés sur sa carte ne sont plus entretenus. On pourrait passer outre les ronces mais les arbres sont tombés en travers du premier qu’elle tente d’emprunter. Il faudra faire un détour, impossible de traverser. Chaque son est tellement isolé qu’il en prend une signification prophétique. C’est le hoquet d’un moteur plus bas sur la route, le démarrage d’une tronçonneuse, c’est le lent retour au silence, c’est le cri d’un rare oiseau, les branches qui craquent sous ses pieds, et son souffle qui finit par se faire court. Elle a promis à ses parents de rentrer pour Noël, mais pour l’instant, elle ne voit pas bien ce qui pourrait l’arracher à ce rude petit pays, couleur noir et ocre, qui sent la boue et les fumières, la bouse séchée sur le bitume cabossé, qui sent la neige toute fraîche, qui sent les cailloux gelés et le bois mouillé.

Avant tout, il s’agit d’un roman d’atmosphère, ce qui n’exclut pas qu’on puisse le classer parmi les romans noirs. Le décor, au milieu de nulle part, est celui du pays de l’oubli pour les principaux protagonistes. Des sites ruraux magnifiques, mais respirant une tristesse mélancolique. Avec une population qui n’adopte pas les nouveaux venus. Ces derniers ne gênent pourtant personne, car c’est la nécessité de solitude et de tourner la page qui les a menés là. Ils portent en eux une douleur, chacun la sienne. Leurs portraits sont finement dessinés par l’auteur, à travers leur état psychologique. Ils gardent leurs secrets, une part de mystère : qui comprendrait les épreuves qu’ils ont enduré ? La nature, les animaux, ça les aide à récupérer un certain équilibre. Même ici, l’hostilité et la bêtise vont les rattraper.

L’originalité du climat de cette histoire sombre, profondément humaine, fort bien écrite, mérite que “Écorces vives” soit découvert par un large lectorat.

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