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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 04:55

Née dans un milieu aisé qu’elle ne renie pas, Agnès Naudin est une mère célibataire d’une trentaine d’année. Adepte de la méditation et du yoga, elle a choisi d’entrer dans la police. Au sein de la Police de l’Air et des Frontières, elle a connu ses premières expériences formatrices de ce métier. Agnès Naudin est capitaine à la police territoriale de protection de la famille dans l’Ouest parisien. Elle retrace "à chaud" son année 2017, tant sur le plan professionnel que privé. L’un ne va pas sans l’autre. Elle est longtemps restée marquée par le suicide de son amie Aurore, mais il y a aussi des moments très heureux — tels le mariage de son frère en Normandie, ou des séjours chez des amis à travers la France.

Ce que craignait Agnès Naudin a fini par se présenter : la mort suspecte d’un bébé, confié à une nourrice. Nul ne peut y rester insensible. Traditionnelle, l’enquête débute par l’audition des proches : la mère et le père de l’enfant, puis celle de la nourrice. Cette dernière est une personne sérieuse, expérimentée. Assister à l’autopsie du bébé est le moment le plus pénible dans ce genre d’affaires. Sans préjugés, avec une neutralité sans froideur, la policière examine les faits et les témoignages. 

Le cas suivant s’annonce plus compliqué. Dans une famille d’origine gabonaise, une fillette de onze ans – enceinte – aurait été violée par son beau-père, le mari de sa mère. Il est vrai que cette gamine paraît plus âgée, déjà mûre. Elle-même née d’un viol, elle n’a rejoint sa mère en France que l’année précédente. La situation de Claude Balé, le beau-père soupçonné qui semble d’abord être en fuite, n’est pas claire du tout, c’est sûr. Mais cela fait-il de lui un pervers ? Le témoignage de la mère est précis, exprimé avec beaucoup de mots choisis. La policière la sent "trop comédienne", pas si fiable. Les autres enfants du couple sont également auditionnés. Agnès Naudin ne peut se contenter d’impressions, il faut des éléments concrets – tel l’ADN. 

À l’automne, c’est un dossier de viol conjugal qui est soumis à la policière. La victime ne souhaite pas vraiment porter plainte, mais avoir la possibilité d’en finir avec un contexte sans doute malsain. D’origine mexicaine, elle n’a jamais été acceptée par la famille de son époux. Depuis quelques temps, ce dernier aurait eu des fantasmes que la victime n’était pas prête à assumer. La sexualité des hommes et des femmes n’est pas la même. Le rapport psychologique confirme la version de cette personne. Malgré tout, le mari n’est apparemment pas un excité, ce dont il est nécessaire de tenir compte.

Agnès Naudin : Affaires de famille (Cherche Midi Éd., 2018)

“Tu prends les affaires trop à cœur.” Mais je ne traite pas des "affaires", je traite des "humains". Et pour les comprendre, je ne peux le faire qu’avec le cœur, en laissant mon cerveau procéder à l’analyse. Je ne sais pas comment faire autrement. Et je ne suis pas sûre de vouloir le faire.

Une année dans la vie d’une jeune capitaine de police, comme un "journal de bord" : un témoignage vivant sur le vécu dans une brigade de protection de la famille. C’est avec une belle clarté qu’Agnès Naudin nous livre ce récit-vérité. Nos politiques préfèrent souvent parler de l’efficacité d’une police répressive, vanter son efficacité. Ça existe, et cette forme-là joue son rôle pour notre sécurité. Néanmoins, d’autres aspects sont moins spectaculaires, mais essentiels. La police actuelle doit parfois dénouer des problèmes relevant davantage du social que du banditisme, de la pure criminalité.

Bébé secoué, viol sur mineure, sexe imposé dans un couple : trois types d’affaires peut-être plus courantes qu’on se l’imagine. Pour la policière, un équilibre personnel s’avère indispensable – ce qu’elle trouve en grande partie à travers le yoga. Évacuer les frictions entre services et envers des collègues moins sympathiques, ça fait partie des aléas de ce métier – cela ne paraît pas insurmontable à Agnès Naudin. Comprendre, ou tenter de le faire, voilà ce qui importe. Ces policiers font partie des témoins de notre époque, cette sorte de livre permet certainement d’en approcher la sociologie. D’une façon positive dans ce cas, assombrir les réalités ne résolvant rien.

Un regard aussi lucide que possible sur aujourd’hui, sur une des facettes de notre société. Incontestablement, Agnès Naudin a écrit là un livre à ne pas manquer.

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commentaires

ke 18/01/2019 11:02

J’ai été frappé dans ce livre par son manque cruel d’intérêt si ce n’est celui de servir le narcissisme de son auteure.
Sous couvert d’aborder 3 affaires différentes, l’auteure intercale des pans entiers de sa vie privée …. Mais à quelle fin ? Aucune semble-t-il. En tout cas, s’il y en avait une, elle est difficile à identifier car cela apporte peu de choses à la compréhension du métier de policier dans ces unités.
Bien que sa vie manque selon moi d’intérêt pour être dévoilée, nous aurions dégagé une pointe d’enrichissement intellectuel si le type d’écriture de l’auteure avait été riche, stylisé, littéraire ou drôle, mais il n’en est rien. Or, de la lecture de ces pages autobiographiques, ne reste qu’un sentiment de vacuité et d’ennui stylistique.

S’agissant des récits à proprement parler des affaires traitées par la brigade, j’ai été profondément choquée par les propos tenus par Madame Naudin.
Cet ouvrage est truffé de jugements de valeur, de clichés, d’idées arrêtées et ses pensées intérieures couchées sur le papier dénotent un manque cruel d’empathie, d’intérêt pour la compréhension des agissements des mis en cause, tout comme des victimes. Au mieux, les lecteurs souhaitent ne jamais avoir à se retrouver face à cette enquêtrice, au pire certains pourraient penser que c’est « ça la police ! »… ce qui me semble bien dommage.
J’ajouterai également que le récit de ses enquêtes n’est absolument pas abouti. À part un récit factuel et émotionnel de l’enquêtrice, il n‘y a aucune plus-value. Aucune prise de hauteur, aucune analyse sur le rôle du policier, sur les difficultés d’exercer ce métier. Or, relater des récits d’affaires et exposer ses pensées n’a d’intérêt que si on en extrait quelque chose, un enseignement, un raisonnement et que l’on affine sa réflexion : pourquoi je dis ça ? dans quel but ? Qu’est-ce que je souhaite apporter au lecteur ?

Jeune auteure, Madame Naudin est une également une jeune officier et depuis peu de temps dans l’unité. Ce qui peut expliquer que ce livre ne parvienne pas à avoir de réelle visée pédagogique, avec un recul et une maturité professionnelle enrichie - bien que quelques passages documentés en esquisse la tentative. A contrario, ce livre nous donne le sentiment d’être davantage un objet de renforcement narcissique personnel : « moi j’ai écrit un livre ! ».

Le fait que l’auteure ne soit pas écrivaine de métier excuse la forme mais pas l’absence de fond. Je referme le livre frustré de n’avoir rien appris de plus que dans le film « Polisse » auquel l’auteure fait référence, et qui malgré le fait que ce soit une fiction, arrive bien mieux à parler du métier de policier dans ces brigades. Bref, vous l’aurez compris, ce livre n’a pour moi aucun intérêt. Sur le papier le projet était pourtant intéressant mais pas suffisamment pensé pour les lecteurs et beaucoup trop pour servir ses enjeux personnels (ce qui se confirme dans les dernières pages). Dommage !

Claude LE NOCHER 18/01/2019 11:34

Merci pour votre réaction.
En effet, il s’agit davantage du « carnet de bord » perso de cette jeune femme, avec sa vie privée et sa vie de policière, que d’un éclairage ciblé sur son métier. Il est vrai que nous sentons peut-être trop peu la tension relative aux missions confiées à ces brigades. Quand vous écrivez que c’est « truffé de jugements de valeur, de clichés, d’idées arrêtées », on peut imaginer que c’est dû au contexte, à la distance que chaque policier doit garder mais qui ne peut exclure certains préjugés. Néanmoins, le côté privé est indissociable de la profession.
Merci encore de votre témoignage sur votre lecture de ce livre.

Philippe 17/09/2018 13:12

Bonjour M. Le Nocher,

Quelle coïncidence ! Il se trouve qu'hier j'ai acheté VSD, ce que je ne fais pas systématiquement mais au vu des articles présentés en couverture. Et qu'il y avait un article sur cette femme policier à la Brigade des Mineurs, Agnès Naudin. J'ai donc pris VSD pour voir l'article que je n'ai pas encore lu.
De votre côté, remarquons que ce livre se distingue quelque peu de la plupart des livres que vous chroniquez.

Vous avez bien eu ma réponse au MP que vous m'avez envoyé ( les Indochinois en Lorraine, Pierre Daum ) ?

Cordialement

Claude LE NOCHER 17/09/2018 15:16

Bonjour Philippe
Vous le savez, amateur de sociologie, je traite ponctuellement de livres sur la police par des policiers ou de grands sujets criminels plus ou moins récents. Ce livre-témoignage "à chaud" m'a illico semblé intéressant. Je pense qu'il vous intéressera aussi.
Oui, j'ai eu votre réponse.
Amitiés.

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