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11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 04:55

Les gangs de yakuzas sévissent partout à travers le Japon en 1988. Y compris à Kurehara, dans le région d’Hiroshima. Au commissariat, la police suit deux principaux axes : la lutte contre la délinquance en col blanc, et la traque des yakuzas. Le commandant Ôgami se montre le plus actif contre les gangs, avec ses méthodes : “...le style du commandant consistait à faire monter la pression pour pouvoir agiter l’arrestation comme une menace.” Veuf suite à un drame familial, âgé de quarante-quatre ans, Shôgo Ôgami n’est guère apprécié de la hiérarchie. Qui le soupçonne d’être trop proche de certains gangs. Mais, si son anti-conformisme dérange, nul ne peut contester une efficacité.

Âgé de vingt-cinq ans, le lieutenant Hioka devient l’adjoint d’Ôgami. Après ses études à l’université d’Hiroshima, il a préféré entrer dans la police plutôt qu’une carrière trop routinière dans le privé. Le premier contact avec Ôgami a été rude, mais Hioka a compris qu’il ne devait pas avoir de préjugés sur le commandant. L’essentiel pour le lieutenant, c’est de connaître à fond les dossiers et de mémoriser tout ce qu’il observe – ce dont il se sent capable. Quand Ôgami le présente favorablement à Moritaka, numéro 2 du gang de Kenji Odani, le jeune policier doit-il y voir un premier signe de confiance ? Ôgami et Hioka sont chargés d’une enquête, dont on ne sait si elle implique des yakuzas.

Junko Uesawa, comptable de Kurehara Finance – une société pas très fiable, a disparu depuis quelques semaines. Le passé d’Uesawa ne plaide pas en sa faveur ; il fit de la prison. Les deux policiers interrogent la sœur du disparu, afin de cerner le personnage. Selon elle, Uesawa était surtout trop influençable, ce qui lui causa beaucoup d’ennuis. Elle leur offre une piste, un certain Kubo, membre d’un des gangs de la région. Par ailleurs, une info amène le duo de policiers jusqu’à un love-hôtel. Ôgami obtient les archives de vidéo-surveillance de l’endroit, qu’Uesawa n’a pas quitté de son plein gré.

Ils doivent suspendre leur enquête quand un jeune yakuza est tué par un gang adverse. Peu après, le QG de Moritaka et du gang d’Odani est la cible d’une fusillade. Dont le gang Kakomura est sûrement responsable. Ôgami s’efforce de convaincre son ami Moritaka de ne pas immédiatement riposter, ce qui entraînerait une nouvelle guerre des gangs. Le lien entre l’enlèvement du comptable et les bandes rivales apparaît de plus en plus évident.

Piéger un des membres du gang Kakomura va-t-il suffire à le faire parler, même sous la menace ? Le jeu des alliances entre les bandes locales et des gangs puissants risque de se mettre en place très bientôt. Arrivera l’heure où Hioka devra prendre l’initiative. Amie d’Ôgami, Akiko – la mûre hôtesse du restaurant Les Petits Plats de Shino – a été témoin de la relation entre Hioka et Ôgami, et aura elle aussi son rôle à jouer…

Yûko Yuzuki : Le loup d’Hiroshima (Éd.Atelier akatombo, 2018)

Et Hioka n’avait pas oublié la réaction de Kubo, ramené en cellule après le dernier interrogatoire. Se démenant et crachant par terre, il avait une fois de plus insulté Ôgami : "Tu palpes ton pourcentage chez les yakuzas ! C’est comme ça qu’tu vis. On te nourris et tu nous trahis avec tes pièges dégueulasses. La honte ! Je lâcherai tout au tribunal. Prépare-toi !"
Le commandant se faisait-il arroser par des gangs ?
— Qu’est-ce que tu fabriques avec cet air endormi ? On y va !
Ses pensées venaient d’être interrompues par la voix criarde de son chef. Levant les yeux, il le vit déjà dehors et l’observant à travers la vitrine. Il salua Katsu d’un hochement de tête et sortit à son tour. De retour à la voiture, le commandant se cala dans le siège passager et sortit une cigarette du paquet qu’on venait de lui offrir. Son lieutenant la lui alluma.

Les yakuzas existent depuis plusieurs siècles au Japon. La plupart de ces gangs mafieux sont identifiés, leurs dirigeants parfois emprisonnés durant un moment. Leur réputation criminelle n’est pas usurpée. On peut douter que ces truands respectent réellement un Code de l’Honneur, hypocrite formule masquant leurs actes violents. S’ils se livrent à divers trafics lucratifs, il est souvent arrivé qu’ils se combattent entre eux, pour s’imposer sur le territoire (et les marchés) des autres. Telle est la toile de fond de cette histoire.

Au centre du récit, le commandant Shôgo Ôgami est un policier chevronné, mais hors-norme, incontrôlable. Les opérations "classiques" de ses collègues contre les yakuzas n’empêchent pas ceux-ci de prospérer, il le sait bien. Dans cette société japonaise tant basée sur le respect des règles, Ôgami affiche son indépendance avec froideur, dureté et ironie. Pour maintenir un équilibre social entre le rôle des policiers et celui des gangs, il a sa manière de procéder – fort différente de ce qu’on attend d’un flic japonais.

Shûichi Hioka n’est pas le premier jeune policier qu’Ôgami tente de former. S’il fait preuve d’une certaine naïveté quand il débarque à ses côtés, Hioka s’adapte bientôt – ayant trouvé en Ôgami le mentor idéal. Quant à en devenir le digne successeur, c’est l’avenir qui le dira. Néanmoins, plonger avec son singulier supérieur dans les arcanes du monde du crime, c’est affermir son caractère personnel et gagner en expérience. Une chance que Hioka ne laissera pas passer.  

Si les péripéties ne manquent pas, si la mort est au rendez-vous, on aura compris que “Le loup d’Hiroshima” n’est pas simplement une affaire de banditisme, mais peut-être avant tout une "initiation" avec tout ce que ça suppose d’humain. Un très bon roman, qui confirme que la Littérature Policière japonaise mérite d’être mieux connue chez nous.

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commentaires

Philippe 12/09/2018 02:24

Bonjour M. Le Nocher,

Voyez.

http://pagny.pagliari.over-blog.fr/

Le blog du maire de Pagny sur Meuse

http://pagny.pagliari.over-blog.fr/2015/05/nuremberg-1.html

http://pagny.pagliari.over-blog.fr/2015/05/nuremberg-2-les-monstres-nazis-devant-leurs-juges.html

http://pagny.pagliari.over-blog.fr/2015/05/nuremberg-3-la-derniere-nuit-des-condamnes.html

http://pagny.pagliari.over-blog.fr/2015/05/nuremberg-4-dix-fois-la-trappe-s-ouvrit.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sacha_Simon

Sacha Simon

"La galerie des monstres" A Nuremberg dans les coulisses du plus grand procès de l'histoire

1947 imprimerie wagner Nancy couverture souple illustrée, préface de Jacques Zener, 32 pages format 24x15; dédicace de l'auteur. Sacha Simon est un des journalistes français ayant couvert le procès de Nuremberg, il est notamment un des huit journalistes désignés par le sort pour assister aux pendaisons des douze condamnés. Il est l'auteur du scoop sur le suicide d'Hermann Goering dans la nuit du 15 octobre 1946 à Nuremberg. Envoyé spécial permanent à Moscou jusqu'en 1973. Il est inhumé à Joué-lès-Tours. (wikipédia)

bon état

SIMON Sacha (Envoyé spécial).

QUATRE COLONNES A LA UNE !

Préface de Pierre Mac Orlan, de l'Académie Goncourt. Imprimerie G. Thomas, Nancy 1951. - Broché in-8 (14x20cm). Couverture titrée en noir et bleu. 244 pages. Quelques photos nb dans le texte. (Couverture défraîchie, petites taches noires d'insolation sur 4 pages). Un des 200 exemplaires numérotés (N°133) sur vélin surglacé. Bon exemplaire, peu courant.

Sacha Simon, né en Russie, de père français, et de mère russe, a passé son enfance à Perimichl, petite ville des environs de Moscou. Rentré en France, lors du rapatriement des français restés en russie, il a retrouvé ses parents en 1921. Mobilisé en 1939, il a passé cinq années de captivité en Allemagne. A partir de 1945 il exerça les activités de grand reporter à "l'Est Répuplicain". Son premier reportage l'a conduit à Nuremberg où il a assisté au procès des criminels de guerre. Il a été l'un des huit journalistes du monde autorisés à assister aux exécutions des chefs nazis condamnés à mort. -- / Table : Dix pendus et un suicidé (Procès de Nuremberg) - Praha je Krasnaje (Tchécoslovaquie) - Mon beau métier - Pour comprendre la Yougoslavie - Mésaventures transalpines (Italie) - De l'art de faire un bon reportage - Itinéraire Scandinave : De Stockholm à Oslo en passant par Helsinki - La naissance d'une patrie (Israel) - Le reportage que j'aurais aimé faire (URSS) - A la Manana ! (Espagne) - Promenade sous-marine - L'aventure africaine : En Jeep, du Congo au Tchad.

Quatre Colonnes à la Une-Sacha Simon-Imprimerie Georges Thomas-Nancy-1952

“Livre en très bel état, possible traces, marques ou frottements sur la couverture, intérieur propre, reliure de qualité”

Livre relié
Format 14*18.50 cm
242 pages

*Pendaisons
*Mésaventures
*Guerres et Flâneries

Préface de Pierre Mac Orlan

« “J’étais à Nuremberg “, c’est ce qu’aurait pu dire le Lorrain Sacha Simon.

Grand reporter et envoyé spécial pour L’Est Républicain dès 1946, Sacha Simon a fait partie des huit journalistes tirés au sort pour assister au procès des criminels nazis à Nuremberg et à leur pendaison.

Dans la nuit, il attend la pendaison des criminels de guerre nazis condamnés à mort. C’est alors qu’un gardien l’avertit du suicide du maréchal Goering. L’Est Républicain sort une édition spéciale en exclusivité avec pour manchette :

« A la brochette des pendus de Nuremberg, il manquait Goering ». Sacha Simon a fait partie des journalistes autorisés à assister aux exécutions des chefs nazis condamnés à mort. Dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, dont il est également l’envoyé spécial, le 17 octobre 1946, il titre en première page : « J’ai vu les criminels nazis expier. Goering fait son entrée… raidi sur une civière ». La même année, dans le petit opuscule intitulé La Galerie des monstres, publié à Nancy, Sacha Simon apporte un premier témoignage sur « Nuremberg, dans les coulisses du plus grand procès de l’Histoire ». Certes, ce procès laisse un goût d’inachèvement, voire d’indulgence au regard de l’immensité et de l’atrocité des crimes perpétrés. Or, même si bien des responsables passent à travers les mailles du filet, avec parfois la complicité des vainqueurs de cette guerre, ce procès est tout de même l’embryon d’une future justice internationale. L’ouvrage de Sacha Simon, « Quatre colonnes à la une », publié en 1951, (avec une préface de Pierre Mac Orlan), évoque le procès de Nuremberg, dans « Dix pendus et un suicidé ».

Mais qui est Sacha Simon ? Né en 1908, probablement en Russie (alors que ses trois frères sont nés en Lorraine), Sacha Simon passe une partie de son enfance, de 1914 à octobre 1921, chez sa grand-mère russe, dans le petit village de Pokrowskoïé où sa grand-mère maternelle Douchka Gontcharova possède une propriété, non loin de la ville de Perimichl, à deux cents kilomètres au Sud de Moscou, avec son jeune frère Boris (futur auteur du récit-témoignage sur « Les Chiffonniers d’Emmaüs »).

Son père, Pol Simon, mobilisé à Nancy-Toul, a dû rentrer en France avec son épouse Elisabeth et son fils Louis. La Révolution russe dépossède la grand-mère de ses biens et, en Russie, les liens sont coupés durant plusieurs années avec la France. Sacha et Boris retrouvent leurs parents et découvrent leur jeune frère Romain (futur grand illustrateur animalier), en 1921, alors qu’ils ne parlent que le russe. Pol Simon est décédé quand Sacha n’avait que 14 ans. Quatre ans plus tard, il devient coupeur de bois au Gabon, deux ans avant de devenir garde forestier. Atteint par le paludisme, il se fait soigner à Lambaréné par le docteur Schweitzer (qu’il appelle affectueusement « le bon toubib »).

Représentant de commerce en 1934, il devient journaliste à L’Est Républicain. Il a déjà eu l’occasion de raconter ses souvenirs d’enfance en 1936 dans Jeunesse blanche en Russie rouge, souvenirs qu’il développera davantage dans « Le Plus beau village du monde », en 1956 et Douchka de mon enfance (Stock, 1974). Mobilisé en 1939, il passe cinq années prisonnier derrière les barbelés. A son retour en France, il conte ses souvenirs de captivité dans « La Mort dans l’âme ».

Après des reportages en Palestine et à Trieste pendant la crise de 1947, on le retrouve en Scandinavie, en Pologne, en Afrique équatoriale où il revoit son ami le docteur Schweitzer. Ses reportages et ses voyages lui inspireront des livres comme « Palestine 1948, images de paix, images de guerre » et « Palestine, carrefour du monde » ou « Visa de la peur » (André Bonne, 1954), un visa attendu fort longtemps pour retrouver la Russie de son enfance. C’est à l’occasion du voyage de la Comédie Française à Moscou en 1954 qu’il peut retourner en URSS. Sa connaissance de la langue russe suscite les confidences. Il est expulsé du pays évoqué dans plusieurs de ses livres («Chers soviétiques, chronique d’un expulsé sans rancune », Laffont, 1962, « Moscou », Fayard, 1964, « La Gageure soviétique », Laffont, 1969), pour des raisons mal définies, alors qu’il est devenu correspondant permanent du Figaro, de 1954 à 1962. Sacha Simon a également été correspondant permanent du Figaro à Belgrade, en Yougoslavie. Il est le premier journaliste français à entrer dans Prague dès le départ des troupes soviétiques. Il disparaît fin 1988, à Joué-les-Tours, en Indre-et-Loire. Sa fille, Christiane Simon-Duriez, vient de décéder à Nancy, le 12 novembre 2011. »

Cordialement

Claude Le Nocher 12/09/2018 11:15

Merci pour ces infos détaillées, cher Philippe.

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