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10 mai 2018 4 10 /05 /mai /2018 04:55

Le 10 mai 1978, le commissaire Jean-Joseph Janiaut (surnommé 3J) et son épouse Martine dînent chez des amis, avec un couple de proches. Dix ans déjà que se produisirent les émeutes, c’est un sujet de conversation. D’autant que Martine possède une revue d’archives revenant sur les faits, et présentant beaucoup de photos d’époque. Évoquer Mai-68 n’enchante pas le commissaire 3J, cela lui rappelant une affaire criminelle qu’il ne sut résoudre alors. Durant la nuit où un carnage sur des voitures fut commis rue Gay-Lussac, un certain Germain Poupinel alerta le commissariat de la place du Panthéon : il venait de découvrir sa femme assassinée dans sa voiture arrêtée le long des Jardins du Luxembourg. Le tueur lui avait planté un couteau entre les omoplates, avant de calciner le véhicule, une Dauphine.

Malgré l’effervescence de ce mois de mai, la PJ tenta une enquête en bonne et due forme. Sur trois axes principaux : le mari, jeune homme d’affaires débutant dans les produits de beauté ; l’amant de la victime, Klaus Spitzberg, qui produisit un alibi vérifié ; enfin, on ne pouvait exclure que Mme Poupinel ait été prise dans un concours de circonstances, lors de cette nuit révolutionnaire. Certes, elle fut poignardée, mais ça n’innocentait nullement ces étudiants rebelles que l’on imaginait capables de sauvagerie. Version provisoirement retenue, dix ans plus tôt. Ce soir de mai 1978, le groupe d’amis regarde donc les photos, retenant celle du 30 mai 1968, manifestation en faveur du Général de Gaulle rassemblant des foules. C’est ce jour-là que se rencontrèrent deux des convives, Carole et Bruno de Saint-Vallier, devenu depuis avocat.

S’il n’en dit rien à ses amis, Bruno connaît parfaitement l’affaire qui fut un échec pour le commissaire 3J. Germain Poupinel figurait parmi ses relations depuis longtemps, en 1968. Ils avaient renoué à Paris. D’autant qu’ils pouvaient avoir des intérêts en commun. Un ambitieux homme d’affaire a toujours besoin d’un avocat, et inversement, il est bon pour un avocat d’avoir des relations dans les milieux d’affaires. Mais leur complicité alla bien plus loin, autour du meurtre d’Anne-Marie Poupinel. Pour le commissaire 3J, il reste moins de vingt-quatre heures avant la prescription officielle de ce dossier. Un compte à rebours qui semble quelque peu illusoire, aucun élément nouveau n’étant apparu depuis le crime. Du côté de Bruno de Saint-Vallier et de Poupinel, on doit se méfier de la perspicacité du policier. Lui donner des demies-vérités, prendre les devants, c’est peut-être la parade. Il suffit de tenir encore quelques heures, jusqu’à la prescription…

Pierre-Martin Perreaut : Prescription demain minuit (Fleuve Noir, 1979)

— Il vous reste vingt-deux minutes pour faire le rapprochement entre ce qui s’est passé dans le dernier chapitre de leurs aventures et ce qui va se produire ici ce soir.
Maître Saint-Vallier en perd plus d’une à chercher. En perdre ou en gagner, car l’objectif n’est-il pas de faire digression le plus longtemps possible ? Or, voilà que le commissaire lui donne une occasion inespérée de tenir jusqu’à minuit en parlant de tout autre chose. Lorsqu’il a réussi à avoir Poupinel au téléphone, tard dans la nuit, il lui a raconté comment dans un film américain des années 50, James Stewart fait échec au Sénat en gardant la parole jusqu’à épuisement, empêchant ainsi un vote d’avoir lieu dans les délais légaux.

Que l’on trouve dans certains polars des références aux événements de Mai-68 et à leurs conséquences, c’est probable. La particularité de ce “Prescription demain minuit”, c’est que l’enquête est en prise directe avec ce moment d’Histoire, même si dix ans ont passé. Le crime fut commis dans la nuit du 10 au 11 mai, tandis que la rue Gay-Lussac était au centre de l’agitation. Certes, l’auteur ne nous cache pas les identités des criminels, mais il y a bien d’autres points à éclaircir pour le commissaire 3J – son héros récurrent. Il s’agit d’effectuer des retours dans le temps, de reconstituer les détails, afin d’obtenir des preuves dans les délais. Un jeu du chat et de la souris, le policier n’ayant jamais éliminé ses soupçons envers l’entourage de la victime. Avec son équipe fidèle, 3J mise davantage sur la psychologie, sur les réactions de chacun, étant lui-même un commissaire dans la tradition, et non un "flic de choc". Ce n’est peut-être pas un polar d’anthologie, au moins a-t-il le mérite d’utiliser avec intelligence le contexte d’alors.

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