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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 04:55

Les Mabille-Pons forment une famille nombreuse. Le père, Charles, est clerc de notaire. La mère, Adélaïde, est infirmière. Des parents ayant toujours refusé d’officialiser un mariage. Ils ont six enfants, les trois premiers étant de jeunes adultes, les trois derniers ont été adoptés. Une telle smala, c’est de l’animation permanente. Ce qui convient fort bien à Rose, vingt-et-un ans, diplômée cultivant un certain décalage sociétal. Animatrice littéraire en salon de coiffure, celui de Vanessa, ce n’est pas commun. Par ailleurs, elle garde un œil sur la tribu. Ce matin-là, il en manque un : Gus, son frère collégien, originaire de Colombie. Très vite, il s’avère que l’ado est en fuite, accusé du braquage d’un bureau de tabac avec deux complices, le propriétaire étant sévèrement blessé. On le reconnaît bien sur la vidéo de surveillance, entre deux types cagoulés.

Ce genre de méfaits, ça ne correspond nullement au caractère de Gus. La gentillesse est son trait dominant, c’est pourquoi il est franchement apprécié de tous. Mais c’est aussi un garçon poursuivi par la malchance, qui a déjà souvent servi de bouc-émissaire dans des situations troubles. Bien qu’il respire la bonté, on le suspecte, on le désigne. La famille est convoquée au commissariat, où on ne leur cache pas que l’affaire du braquage est grave. Ce qui met en fureur Adélaïde, telle un volcan en éruption, qui est depuis toujours rebelle face aux flics. En revanche, Rose se sent attirée par le policier Richard Personne, au yeux si particuliers. Selon la coiffeuse Vanessa, il a plutôt bonne réputation dans le quartier. Et Rose ne le pense pas animé par une vocation de flic pur et dur. Il est prêt à admettre que Gus peut être innocent.

Rose s’est aperçue que leur frère Antoine, venu lui aussi de Colombie, était en contact avec Gus. La jeune femme parvient à rejoindre le fugitif, qui lui donne sa version des faits, assurément crédible. Mais sitôt après, Rose est assommée tandis que Gus est enlevé par des inconnus. Il serait bon que la police s’agite un peu pour le retrouver. À l’heure où son père Charles risque des ennuis avec son employeur, le notaire, Rose en vient aux vieilles méthodes : elle distribue des affichettes pour un appel à témoins. Entre les indifférents et les soupçonneux chroniques, le résultat n’est pas garanti. Au salon de coiffure, la clientèle est dans le camp de Rose. Sauf quand se pointe l’épouse du notaire, patron de Charles, ce qui s’achève en pugilat. Si Rose est hospitalisée, pas de lien direct. Partageant sa chambre avec un centenaire moribond, elle a ses propres problèmes de santé à régler.

L’hôpital, c’est le royaume de sa mère, ce qui ne signifie pas que Rose s’y trouve bien traitée. D’autant qu’Adélaïde a laissé des consignes, afin que le policier Richard Personne ne puisse pas approcher sa fille. Tandis que sa sœur Camille vaque à ses amours, Rose ne renonce pas à retrouver le pauvre Gus, avec l’appui de sa famille…

Marin Ledun : Salut à toi ô mon frère (Série Noire, 2018)

Un silence présumé coupable s’abat sur la chambre, entrecoupé des reniflements d’Adélaïde et du va-et-vient des policiers dans le reste de la maison. Minute de calme avant l’ouragan qui s’annonce. Je vois ma mère reprendre progressivement des forces dans le bras de mon père. Et vice versa. C’est quelque chose que j’admire profondément chez eux, cette façon de faire front devant l’adversité, quoi qu’il advienne, comme deux sémaphores en pleine tempête. À mon tour de verser une larme. Merde, voilà que je tombe dans la sensiblerie, maintenant !

En une dizaine d’années, Marin Ledun est devenu une valeur sûre du polar, du roman noir, et ce n’est que justice. Bien sûr, plusieurs prix littéraires ont souligné ses qualités d’auteur. Mais ce sont avant tout les lecteurs qu’il est parvenu à convaincre, avec des intrigues très sombres, et son regard acéré sur la société. Une bonne histoire n’en est que meilleure quand l’auteur y apporte sa tonalité. C’est d’autant plus convaincant quand la souplesse narrative est au rendez-vous, comme dans cette "comédie policière". On peut alimenter la tension en faisant sourire, sans être obligé de dramatiser à l’excès. Ce que nous démontre ici Marin Ledun, avec tout le talent qu’on lui connaît.

Belle succession d’aventures pour cette famille pas si ordinaire. Cela n’empêche pas de glisser des remarques bienvenues sur notre époque et ses travers. Ni de rappeler que même la littérature classique peut offrir une part de plaisir, y compris à des publics qui aiment en priorité le rock dur, telle Rose. Si le titre du roman est emprunté aux Bérurier Noir, la jeune femme n’en est pas moins romantique. D’ailleurs, cette histoire est pleine d’amour, ce que traduit également la solidarité familiale. On prend un immense plaisir à suivre ces multiples péripéties, fort drôles, une facette de l’inspiration de Marin Ledun qui séduit franchement. À ne pas manquer !

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commentaires

Philippe 09/05/2018 16:00

Bonjour M. Le Nocher,

Voyez la présentation de ce livre.

Dictionnaire des coquins et débauchés déportés au XVIIIe siècle au Canada : Biographies des fils de famille exilés hors de France à la fin de l'Ancien Régime
Josée Tétreault, Martin Tétreault
Archives et Culture, 5 avril 2018

Présentation de l'éditeur

Mais qui sont au juste ces « coquins » et ces « débauchés » déportés en Nouvelle-France par ordre du roi à la demande de leurs familles pour toutes sortes de raisons que leur jeunesse à elle seule n’expliquait pas? Sait-on que plus d’une centaine de fils de famille, nobles et bourgeois pour la plupart, furent exilés au Canada durant la première moitié du XVIIIe siècle par lettre de cachet ? Ces fils de famille, dont la jeunesse orageuse et libertine avait excité l’indignation de leurs parents, sont longtemps demeurés franchement énigmatiques aux regards des chercheurs. Pour quelles raisons les a-t-on forcés à l’exil ? Quels ont été leur place, leur état, dans la colonie ? Comment ont-ils survécu par-delà l’exil à leur condamnation couleurs? Se sont-ils assagis ? Ont-ils fait souche ? Voilà autant de questions auxquelles les auteurs se proposent d’apporter des réponses à la lumière de leurs récentes recherches dans les archives de la Bastille, de la Lieutenance de police de Paris et de Bicêtre. Les auteurs ont reconstitué les parcours de plus de cent de ces jeunes aux parcours brisés, mais chargés de sens. Ces récits pour le moins mouvementés, souvent même tragiques, illustrent, chacun à leur manière, des cohésions familiales rompues par le comportement estimé déviant d’un de ses membres. Le travail de Martin Tétreault et de Josée Tétreault jette une nouvelle lumière sur l’un des chapitres les plus dramatiques de l’émigration pénale en Nouvelle-France.

Biographie de l'auteur

Martin Tétreault, Ph. D. en histoire, a d'abord été chargé de cours au Département d'histoire de l'Université de Montréal et par la suite agent principal des communications aux Archives nationales du Canada où il a travaillé de 1989 à 2008. Josée Tétreault, chercheure chevronnée, a obtenu un DEC en technique de documentation en 1986. Elle a publié une importante monographie rurale remarquée pour la qualité de sa recherche.

Cordialement

Claude LE NOCHER 09/05/2018 20:35

Bonjour Philippe
Ces cas de "déportation", basées sur des questions morales, sont très intéressants.
Amitiés.

Philippe 08/05/2018 06:50

Bonjour M. Le Nocher,

( Je sais que vous avez vous-même un ou des cheminots dans votre famille, je me souviens que vous en avez parlé à l'occasion. Moi, le père et le frère d'une amie d'enfance sont ou ont été cheminots.
Je n'entends pas taper sur les cheminots en indiquant cet article, tout en connaissant comme vous les controverses en cours quant à la réforme de la SNCF et la modification du statut des cheminots, l'ouverture à la concurrence et autres points. )

Voyez cet article qui souligne qu'en Corse les cheminots sont encore mieux lotis que sur le continent.

http://www.planet.fr/societe-privileges-de-cheminots-ils-sont-encore-plus-avantages-en-corse.1555124.29336.html

Cordialement

Claude LE NOCHER 08/05/2018 07:43

Bonjour Philippe,
Il est certain qu'en Corse, sur bien des sujets, les choses ne fonctionnent pas comme ailleurs.
Je ne m'exprimerai pas sur la réforme de la SNCF, sauf en rappelant mon attachement aux services publics.
Amitiés.

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