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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 04:55

Revenons aux fondamentaux, avec “Laissez tomber la fille”. Frédéric Dard imagina le personnage du commissaire San-Antonio en 1949, dans “Réglez-lui son compte” publié aux éditions Jacquier, à Lyon. Sa première aventure dans la collection Spécial-Police des éditions Fleuve Noir parait en décembre 1950, c’était “Laissez tomber la fille”. Ça se passe au temps de l’Occupation. Personnage courageux et supposé déjà expérimenté, San-Antonio fait face aux situations les plus agitées et dangereuses. Peu d'éléments sont déjà en place dans son univers. Mis à part sa mère Félicie, pas de héros secondaires tels que le seront plus tard Le Vieux, Pinaud, ou Bérurier (encore qu'apparaisse un flic costaud aux airs de mammouth). C'est un pur roman d'aventures, où s'enchaînent les rebondissements et les surprises. On ne risque pas de s'ennuyer à le suivre.

La tonalité langagière n'est pas aussi exubérante et inventive que par la suite. Néanmoins, l'écriture montre déjà une très belle vivacité et une vraie drôlerie : “Pour camoufler un peu ma remarquable physionomie, je me fais tailler les crins en brosse par un merlan de Poissy, le lendemain matin, et je m’affuble d’une paire de lunettes que m’a donnée Renard. Ainsi déguisé, je ressemble à un instituteur hollandais.” Dès les années suivantes, les enquêtes de ce héros connaîtront l’énorme succès que l’on sait. Notons par ailleurs que Michael Sanlaville a adapté en BD “San-Antonio chez les gones” (Casterman, 2018). Une approche "visuelle" de l’œuvre de Frédéric Dard, dans toute sa truculence.

San-Antonio : Laissez tomber la fille (Éd.Pocket, 2018)

Jusqu'ici, je suis assez content. Mon grand pif, je le crois fermement, a reniflé une piste. Voyez-vous, bande de pègreleux, le raisonnement est une belle chose pour un flic […] Qu'est-ce que vous feriez à ma place ? Vous braqueriez votre soufflant dans la direction du copain, et vous appuieriez sur la gâchette jusqu'à ce que votre magasin de quincaillerie soit vide. Bien sûr, ce serait le parti le plus sage, mais je ne peux plus me permettre d'être prudent. Si cette crapule est venue dans l'appartement, c'est qu'elle a l'espoir d'y prendre quelque chose. Vraisemblablement, ce que Manuel y avait caché. Mon plan est donc de lui laisser trouver ce quelque chose. Mais, allez vous m'objecter, rouscailleurs comme je vous connais, mais si vous n'avez rien trouvé, vous, pourquoi serait-il plus chanceux ? Eh ben, mes kikis, vous en tenez une couche à ce point épaisse, que si un autobus vous rentrait dedans, il ne vous ferait pas mal...

Nous sommes à l'automne 1942. Le commissaire San-Antonio s'est mis en disponibilité, et vit tranquille auprès de sa brave femme de mère, Félicie. Un jour où il s'autorise une virée à Paris, lors d'une alerte dans le métro, il se fait flinguer par un inconnu. Il se réveille au bout de trois semaines, et va rester deux mois hospitalisé. Cette tentative de meurtre lui paraît inexplicable, vu qu'il ne se mêlait de rien en ces temps troublés. San-Antonio sort de l'hôpital peu avant Noël. Dès sa première soirée dehors, il a rendez-vous avec la belle infirmière qui s'est occupée de lui. Il s'agit de séduire la ravissante Gisèle Maudin, car il a trop le sens du devoir pour lui proposer le mariage. Au restaurant de la rue de l'Arcade où ils dînent, San-Antonio capte un curieux message en code morse.

Plus tard dans la soirée, la mort du commissaire est annoncée à la radio. C'est forcément un sosie qui s'est fait descendre. Accompagné de Gisèle, il cause une drôle de surprise en se présentant à ses collègues policiers, chez la victime. Visiblement, le défunt utilisait peu cet appartement, où on ne trouve pas d'indices. San-Antonio élabore son plan pour identifier ce qu'il pense être un gang. C'est un nain qui vient au rendez-vous fixé, chez Gisèle. Agressif et armé, il réussit à fausser compagnie au commissaire convalescent, qui supporte encore mal les coups violents. Dès le lendemain, l'inspecteur principal Guillaume apprend à San-Antonio que Gisèle a été enlevée, bien qu'il lui ait conseillé d'être prudente. Mieux vaut que le commissaire mène une enquête officieuse.

Il s'installe discrètement dans l'appartement de son sosie, un certain Manuel. L'homme qui se pointe n'est autre que son tueur du métro. Il prétend appartenir à une ancienne bande, les Kangourous, censée ne plus exister. Quant à savoir ce qu'ils traficotent avec des ampoules électriques, San-Antonio ne comprend pas vraiment. Le quartier général de ce gang se situe dans une propriété du Vésinet. Lorsque le commissaire y pénètre, la bande est en train de fêter Noël. San-Antonio ne tarde pas à délivrer Gisèle, leur prisonnière. Le nommé Fred dit être le chef de ces truands. Jouant l'astucieux pour obtenir des infos, le policier réalise être en possession de l'invention allemande BZ22. Quand la Gestapo cerne la propriété, San-Antonio et Gisèle parviennent à s'enfuir. Si le commissaire s'échappe en sautant dans la Seine, il sera bientôt confronté aux nazis Karl et Greta, qui lui laissent peu de chances de passer à Londres avec le BZ22. À moins que le destin ou la chance ne donnent un coup de pouce à l'intrépide policier…

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commentaires

s10t5i737v 04/12/2019 23:48

With my motorised product, I can program the blinds or curtains to open at a specific time in the morning.

Philippe 26/04/2018 16:54

Rebonjour M. Le Nocher,

Je viens de repenser à une histoire que vous connaissez aussi je suppose ?
A propos de la Thalidomide.
Je ne m'étends pas sur l'histoire de ce médicament, vous en savez autant que moi.
Mais pour évoquer un cas individuel qui en est issu. Vous avez peut-être lu que la Thalidomide était commercialisée en Belgique sous le nom de Softenon ?
Donc je repensais au procès de Liège en 1962.
Vous avez sans doute entendu parler de l'histoire. Un bébé, la petite Corinne van de Putte, dont la mère prenait du Softenon, était né sans bras et sans anus. Sa mère, de concert avec son mari, sa soeur et le médecin de famille, choisit d'accomplir ce qu'ils estimaient être un acte d'amour, voulant épargner à l'enfant une vie de souffrances.
Le médecin fournit la drogue mortelle, que la mère mélangea dans un dernier biberon à du sucre, du lait ou du miel pour atténuer le goût amer.
Avec une opinion publique et un jury largement favorables aux accusés, et malgré la sévérité des réquisitions de l'avocat général ( " Au nom de tous les parents qui ont su aimer des enfants handicapés, je demande une condamnation. " ), les accusés furent tous acquittés.

C'est en repensant à cette affaire que j'ai vu hier qu'un livre était paru en 2011 aux éditions Jourdan.
Ecrit par la soeur de la mère du bébé.

http://www.delamarck.com/livre-softenon-nous-avons-tue-par-amour.html
Softenon. Nous avons tué par amour
Par Monique Coipel aux éditions Jourdan

http://www.provincedeliege.be/fr/focus/17?nid=12863
Focus
"IL Y A 55 ANS, LE PROCÈS DU SOFTENON…"

Procès et opinion publique

Le procès en cour d'assises débute le 5 novembre 1962. L'opinion publique, largement favorable à l'acquittement des accusés, suit avec ferveur les débats. L'événement connaît un succès retentissant, puisque c'est plus d'une centaine de journalistes qui assistent au procès, certains ayant fait le déplacement depuis l'Allemagne, la France, l'Italie, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Suisse ou encore la Suède. La presse se fait l'écho des discussions passionnées qui opposent défenseurs du droit à la vie et partisans de l'euthanasie.

Le 10 novembre, une foule considérable - plusieurs centaines de personnes - s'est réunie sur la place Saint-Lambert dans l'attente de la décision des jurés. Le verdict tant espéré tombe enfin : les 5 accusés sont acquittés ! C'est la joie parmi ceux qui, dès le début de l'affaire, ont soutenu les inculpés, notamment au nom du principe « On ne peut justifier, mais on peut comprendre ».

http://www.michelbouffioux.be/2018/02/les-survivants-belges-du-softenon.html

[PDF]Le Procès de la Thalidomide - Eden Livres
www.edenlivres.fr/o/42/p/4770/excerpt

Quelques textes de présentation du livre de Monique Coipel :

Âmes sensibles, ne pas s'abstenir ! Larmes de joie, larmes de peine, larmes de honte... Toutes les émotions sont au rendez-vous de ce témoignage unique : pour la première fois, une des inculpées du fameux procès dit du " Softenon", qui défraya les médias belges, raconte l'histoire d'une famille plongée dans l'enfer. Cette famille et son médecin ont été inculpés pour avoir provoqué la mort d'un nouveau-né. Pourquoi un tel acte ? Dans quelles circonstances ? Comment le comprendre ? Faut-il l'accepter ? Les faits se sont déroulés à Liège en 1962. Un séjour en prison avilissant, un procès retentissant, un phénomène médiatique déconcertant ! Le questionnement est permanent... Il agit sur la lecture comme un appel à un monde meilleur, délivré des médicaments odieux vendus par des marchands sans scrupules. Un demi-siècle plus tard, les mots se font souffles puissants pour remonter le temps et vivre ce drame de l'intérieur. D'une plume simple, l'auteure nous raconte comment la mort du bébé de sa soeur va marquer le reste de sa vie. Dans sa préface, l'écrivain-éducateur Guy Delhasse use d'une formule poétique pour résumer ce livre : les souvenirs de Monique Coipel " transforment l'illusoire de l'existence en mémoire magnifique " .

" Un jour, une jeune femme, future maman, a, pour son plus grand malheur, absorbé un médicament prescrit pour aider à supporter des nausées prénatales. Elle ne savait pas, et personne ne savait encore, que ce remède dénommé « SOFTENON» allait bouleverser son existence.
Une fois entré dans l'organisme, un composant de ce produit médicamenteux, la « THALIDOMIDE », a provoqué une véritable suite complexe de réactions et de transformations dévastatrices sur le foetus, niché dans les entrailles maternelles et qui donnera lieu à des malformations telles que la phocomélie des membres supérieurs, des séquelles viscérales, cardiaques, anales et rénales. Tous ces dégâts seront constatés à la naissance du nourrisson, avec pour conséquence un véritable drame pour toute la famille et le médecin de famille. La jeune maman constate l'ampleur des malformations et prend la décision de ne pas laisser vivre son bébé, afin de lui éviter une vie de souffrances permanentes. Aidée par des membres de la famille et du médecin traitant, elle donne, seule, un dernier biberon mortel à son enfant, ce qui, au regard de la loi, est qualifié d'infanticide.
Ce procès fait apparaître un degré certain d'humanisme chez les cinq accusés, en regard des témoignages à charge et à décharge, ainsi qu'à la vue des horribles photos présentées et devant l'acharnement de l'accusation.
Pour la première fois, l'histoire complète d'un drame de l'euthanasie raconté de l'intérieur. "

" Un médicament qui fit des ravages
En 1954, le laboratoire " Chemie Grünenthal " développe une nouvelle substance médicamenteuse nommée " thalidomide ", qui fut commercialisée dans notre pays sous le nom de " Softenon ". Ce médicament était prescrit aux femmes enceintes afin de calmer leurs nausées. Peu de temps après sa commercialisation, les médecins remarquèrent une recrudescence de différentes malformations chez les nouveaux-nés dont les mères avaient pris ce médicament, soi-disant miracle, durant leur grossesse. La thalidomide sera commercialisée dans la plupart des pays du monde, sous différents noms, faisant 12000 victimes.

Le premier procès sur l'euthanasie en Belgique
Pour la première et la dernière fois, Monique Coipel, alors co-inculpée, raconte son histoire.

En 1962, Suzanne Coipel, la soeur de l'auteure, accouche d'une petite Corinne. Le bébé nait sans bras et sans anus. La famille se trouve confrontée au silence du personnel hospitalier. Pour lui éviter une vie de souffrances, sa mère prend la décision de ne pas la laisser vivre. Seule, elle lui donne un dernier biberon mortel à son enfant, ce qui au regard de la loi est considéré comme un infanticide. Le lendemain, les parents, la grand-mère, la tante et le médecin de famille sont arrêtés. Le procès qui suivra fait apparaître un degré certain d'humanisme chez les cinq accusés, en regard des témoignages à charge et à décharge, ainsi qu'à la vue des horribles photos présentées et devant l'acharnement de l'accusation. Les douze jurés, ainsi que le public nombreux qui avait envahi la salle où se tient la Cour d'assises, ont ressenti qu'ils n'avaient pas face à eux des accusés ordinaires. Ce séjour en prison avilissant, ce procès retentissant, ce phénomène médiatique déconcertant, Monique Coipel nous les raconte sans tabou. "

Cordialement

Claude LE NOCHER 26/04/2018 17:47

Merci Philippe pour ces infos.
Dans certaines affaires judiciaires, il est essentiel de ne pas oublier la dimension humaine, le drame qui conduit au "crime". Et puis, en 1962, en Belgique comme en France, la Justice devait afficher une fermeté sans pitié, même si la population était plus compréhensive. Un cas fort sombre, en effet, même si les proches ont été acquittés. Quant aux labos pharmaceutiques, gardons notre sentiment alors qu'il y aurait sûrement tant à dire.
Amitiés.

Philippe 26/04/2018 14:00

Bonjour M. Le Nocher,

Avez-vous appris ce triste accident mortel qui vient de se produire à Dinard ?

http://www.planet.fr/societe-a-dix-ans-il-meurt-enseveli-sous-le-sable.1549349.29336.html

A propos de BD, une consacrée à Brigitte Macron est en préparation, par la journaliste Gaël Tchakaloff et devrait paraître fin 2018 ou début 2019.

https://www.closermag.fr/politique/brigitte-macron-bientot-heroine-d-une-bande-dessinee-805357

Cordialement

Claude LE NOCHER 26/04/2018 17:57

Bonjour Philippe
Pour cet accident, on ne va accabler personne, mais je ne crois pas que mes parents m'auraient laissé faire quand j'étais môme. Le danger est inhérent à la vie, au quotidien. Quand on n'est pas dans son ambiance habituelle, il est plus grand encore.
Un jour de tempête, un Zodiac dérivait vide vers le large. Le propriétaire espérait le rattraper. Mon père le retint : "Ne risque pas ta vie pour un canot".
Amitiés.

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