Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 04:55

Sur une route d’Amérique du nord, un jeune couple se rend de la ville universitaire où ils habitent jusqu’à la ferme de ses parents à lui. Jake conduit la voiture, tandis qu’elle fait le point sur leur relation, et sur elle-même. Ils se connaissent depuis environ sept semaines, et elle trouve qu’ils sont plutôt bien assortis. Envisager un avenir durable ensemble, c’est la question qui la turlupine quelque peu. Ce ne sont pas les motifs d’interrogations qui manquent, estime-t-elle. Certes, Jake est un jeune homme brillant, très intelligent. Il sera bientôt professeur. Il est grand, beau gosse malgré son côté escogriffe. Sa misanthropie et son savoir attirent manifestement la jeune femme. Ils doivent dîner pour la première fois chez les parents de Jake, un passage obligé dans ce genre de situations.

De son côté à elle, le bilan de sa vie comporte des moments sombres, qui font d’elle une angoissée chronique. Dans son enfance, elle fut marquée par un épisode fort étrange : un voyeur qui l’observait chez elle, à travers la fenêtre de sa chambre. C’est un souvenir à la fois confus et tenace, secret mais forcément traumatisant. Durant le trajet, elle raconte à Jake une anecdote insolite. Vers ses seize ans, elle a connu un moniteur d’auto-école qui s’intéressait davantage à la philosophie, aux théories de Carl Gustav Jung, qu’aux leçons de conduite. Un personnage déstabilisant. Par contre, elle ne parle pas à Jake des appels téléphoniques anonymes qu’elle reçoit depuis un certain temps. D’ailleurs, ça continue sur son portable pendant ce voyage. Des appels non menaçants, mais insistants.

Selon Jake, tout souvenir comporte une part de fiction, telle une version améliorée des faits. Pour lui, bien des choses sont relatives, y compris l’intelligence. Serait-il trop intello, quand il espère une vieillesse harmonieuse, alors que le refuge de la solitude lui convient mieux à elle ? Ou quand il trouve que le monde actuel est propice à l’état dépressif, qu’il est un peu trop triste pour s’y épanouir ? Le couple arrive finalement à la ferme des parents de Jake. Elle n’est plus exploitée, il n’y a plus d’animaux, ce qui déçoit le jeune femme. Bien que la mère de Jake soit souffrante, gênée par divers maux, les parents de Jake s’avèrent accueillants. Néanmoins, l’ambiance intrigue la jeune femme. Après dîner, peut-être vaut-il mieux repartir, en effet. Au risque de nouvelles mauvaises surprises…

Iain Reid : Je sens grandir ma peur (Presses de la Cité, 2018)

Je me trompe peut-être, mais toute cette soirée me semble un peu bizarre. La maison, ses parents, le voyage dans son ensemble, rien ne se déroule comme prévu. Ce ne fut ni plaisant, ni intéressant. Je ne m’attendais pas à trouver autant de choses vieilles, désuètes. Il y a un malaise depuis notre arrivée. Ses parents sont sympas – surtout le père – mais ils n’ont guère de conversation. Ils ont parlé beaucoup, mais principalement d’eux-mêmes. Il y avait aussi des silences interminables, le bruit des couverts qui raclent les assiettes, la musique, le tic-tac de l’horloge, les craquements du poêle.
Comme Jake est un brillant causeur, l’un des meilleurs que j’aie jamais rencontrés, je m’attendais à retrouver cette qualité chez ses parents. Je croyais qu’on parlerait travail, et peut-être même politique, philosophie, arts plastiques, etc. Je croyais que la maison serait plus vaste et en meilleur état. Je croyais qu’il y aurait plus d’animaux vivants.

On peut s’autoriser à affirmer que le suspense psychologique est moins convaincant dans certains cas. En particulier quand ça ralentit l’action, au profit de dissertations quelque peu fumeuses sur "l’intériorité des personnages", leur mal-être ou un quelconque moment qui causa chez eux un traumatisme. Par exemple, il est possible qu’un décès, une image, une odeur, provoquent un blocage mental passager, mais faut-il en faire tout un roman ? À l’inverse, quand la situation répond à une vraie logique, on adhère plus aisément. Qu’une jeune femme profite d’un petit voyage en voiture avec son compagnon pour procéder à une analyse introspective, incluant des pensées plus ou moins agréables, ça se tient. Elle évalue l’équilibre du couple qu’elle peut former avec lui, qui annihilerait ses angoisses.

Sauf que des intermèdes nous suggèrent qu’un drame s’est produit. Comme une sorte de délire qui se serait mal terminé. Une crise schizophrénique, sûrement. Refusant le contact, la victime n’allait pas bien dans sa tête, c’était perceptible. Existe-t-il un lien direct entre cet événement-là et le périple du jeune couple ? On doit s’y attendre, mais… “Je sens grandir ma peur” est un suspense psychologique rudement bien maîtrisé. Dans un format (200 pages) correspondant à l’intensité énigmatique voulue, anxiogène sans abuser des effets. Une très belle réussite.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Philippe 20/04/2018 15:21

Bonjour M. Le Nocher,

J'avais déjà parlé sous votre chronique

http://www.action-suspense.com/2018/03/elisabeth-sanxay-holding-miasmes-ed.baker-street-2018.html

du livre " Une saison de coton, trois familles de métayers " de James Agee avec des photos de Walker Evans, auteurs du célèbre reportage " Louons maintenant les grands hommes " ( Let Us Now Praise Famous Men ) ( 1941 ).

https://www.parislibrairies.fr/livre/9782267026917-une-saison-de-coton-trois-familles-de-metayers-james-agee-walker-evans/

Une saison de coton ; trois familles de métayers
James Agee, Walker Evans
Christian Bourgois, 11 septembre 2014

Mais voyez ces liens que j'ai découverts hier.

https://aumontdottans.wordpress.com/2014/11/03/une-saison-de-coton-trois-familles-de-metayers-de-james-agee-photographies-de-walker-evans/

Une saison de coton: trois familles de métayers, de James Agee – photographies de Walker Evans
by aumontdottans

Cet article permet du reste de connaître ce site :

https://aumontdottans.wordpress.com/
Au mont d'Ottans
Blog vagabond
American ways :
Voyages autour des livres, de la musique, des films aux Etats-Unis

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00381620/file/Texte_GRIMIA.pdf

Dire le réel. Let Us Now Praise Famous Men de James Agee et Walker Evans
(1941), comme expérience de la représentation

Cordialement

Claude LE NOCHER 22/04/2018 10:00

Merci pour ces infos, cher Philippe.

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Action-Suspense Ce Sont Des Centaines De Chroniques. Cherchez Ici Par Nom D'auteur Ou Par Titre.

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

ACTION-SUSPENSE EXISTE DEPUIS 2008

Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/