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26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 04:55

En ce mois de novembre, autour de la Saint-Martin, le commissaire Soneri quitte Parme pour s’offrir une villégiature dans son village natal dans les montagnes des Apennins. S’y promener en cueillant des champignons, voilà son programme. À peine installé à l’auberge locale, Soneri réalise qu’il ne fait plus vraiment partie de cette communauté. Certes, on le connaît et on se souvient bien de son père, mais l’ambiance est différente. Plus tendue depuis que circulent des rumeurs sur la famille Rodolfi, dont l’usine de charcuterie est la seule industrie du village. Paride a succédé à son père Palmiro à la tête de l’entreprise, mais il n’a pas le même contact avec les habitants, se montrant peu. Sans doute parce que Palmiro est un ancien résistant, il a pu bénéficier de la confiance des gens, favorisant l’essor de l’activité charcutière.

Officiellement, Paride est simplement absent, ce qui est annoncé par voie d’affiches. Les témoignages sont contradictoires à son sujet. Ce jour-là c’est son père Palmiro qui semble s’être égaré lors d’une balade en forêt avec son chien, à cause d’un brouillard dense. Le massif de Montelupo, Palmiro le connaît pourtant parfaitement. D’ailleurs, après qu’aient été lancées des recherches, le disparu rentre chez lui. Mais, dès le lendemain, on le trouve pendu à une poutre d’un hangar. Un suicide qui rappelle aux villageois celui d’un ami de la génération de Palmiro, un commerçant ruiné. Autrefois, ces deux-là formaient un trio avec un autre habitant d’ici, que l’on nomme Le Maquisard. Authentique résistant, ce dernier continue à vivre pauvrement avec sa famille dans une masure en montagne. Chercher à s’enrichir n’a jamais fait partie de ses projets.

Le commissaire Soneri sympathise avec un adjudant des carabiniers, assez malin pour laisser le gradé qu’on leur envoie se dépêtrer face au cas Rodolfi. Selon certains témoins, la situation financière des industriels était plus sombre qu’on pouvait le penser. Ce que va bientôt confirmer Angela, la compagne de Soneri, qui s’est procurée des renseignements de son côté. Un sacré imbroglio, qui incite les banques à réagir. Quand le commissaire découvre un cadavre dans une ravine, il essaie encore de ne pas être trop impliqué dans l’enquête. Attribuer cette mort aux braconniers chassant les sangliers en montagne, où à ces trafiquants rôdant depuis quelques temps dans les parages, ce serait sûrement trop facile. Ce pourrait être l’œuvre du Maquisard, avec lequel Soneri a beaucoup de mal à entrer en contact. C’est la piste que suivront les carabiniers.

Dolly, la chienne des Rodolfi, a adopté le commissaire. Ils parcourent ensemble les décors des environs, tandis que Soneri s’interroge sur son propre père, qu’il a finalement mal connu. On a arrêté un voleur, qui n’est sûrement pas l’assassin. Les carabiniers tentent de traquer Le Maquisard, ce qui provoque des échanges de tirs dans la montagne. Coupable ou pas, le vieux bonhomme est sur son terrain…

Valerio Varesi : Les ombres de Montelupo (Agullo Éditions, 2018)

Soneri accepta sans un mot et s’engagea dans le sentier, accompagné de Dolly, qui courait encore derrière lui. Elle était devenue son ombre et cela l’inquiétait. Il ne voulait pas que la chienne s’attache trop à lui. Elle avait déjà perdu son maître, et il n’avait pas l’intention de lui infliger un autre deuil. Ni de se faire du mal, vu que cet animal lui était sympathique. Avec les bêtes, il se comportait comme avec les personnes : il essayait depuis toujours de se protéger de la souffrance. Il ruminait ces pensées en dévalant le sentier sans prendre garde aux obstacles qui entravaient parfois le chemin. Dans une sapinière, dont les branches touffues retenaient la nuit, il faillit heurter une patrouille de carabiniers qui montaient à Pratopiano, chargés d’équipements et essoufflés. Il se rangea sur le côté pour les laisser passer et ressentit soudain comme un nœud à la gorge, une angoisse accablante et poisseuse.

Le commissaire Soneri étant avant tout un observateur à l’œil bienveillant, il ne faut pas s’attendre à des enquêtes au tempo vif et aux péripéties spectaculaires. On est ici dans la tradition du roman policier où le flic se doit de comprendre, de cerner les individus, et non de juger. Un état d’esprit humaniste le guide, l’aspect répressif de son métier le rebutant. S’il pensait retrouver une part de son identité personnelle dans son village d’origine, ce ne sera pas tellement réussi. Les paysages ont peu changé, toujours pittoresques. Toutefois, même si règne là une prospérité apparente, l’humeur de la population est plus grinçante. Évolution d’un petit monde qui, comme partout, a perdu certains repères, et qui a gâché également ses valeurs. Dans ces montagnes, on se flatte d’avoir résisté au fascisme et au nazisme. À part Le Maquisard, qui respecte encore une liberté sans entrave ?

L’argent qui offre le confort n’est nullement méprisable. Par contre, il entraîne chez bien des gens une avidité malsaine, l’espoir de gagner toujours davantage sans s’interroger sur des placements douteux ou sur une arnaque à la confiance. Des combines qui, selon comment elles tournent, engendreront des rancœurs, des railleries et des rumeurs. Même un village supposé tranquille n’est pas à l’abri de ces situations. L’idéologie dominante n’est plus politique, mais financière. Cet aspect sociétal autant qu’économique, Soneri en est témoin. L’âme humaine est souvent désespérante, hélas. Cette atmosphère suscite une bonne dose de mélancolie chez lui. Un roman riche, impeccable, développant tout en finesse une intrigue absolument crédible.

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commentaires

Sarah 16/01/2020 21:32

Ogala española desesperadamente traer de vuelta a mi ex amante. Me dejó por otra mujer. Sucedió tan rápido y no tenía nada que decir en la situación. Me dejó después de 3 años sin explicación. Me comunico con el Dr. Ogala a través de su sitio web y me dijo que tengo que hacer antes de que pueda que lo hagamos, después de que yo proporcionalo lo que quería, lanzó un hechizo de amor para ayudarnos a volver a estar juntos. Pocos después de que hagalo su hechizo, mi novio nadie a enviarme mensajes de texto de nuevo y se sintió horrible por lo que me acaba de pasar hacer. Dijo que yo era la persona más en importante vida y lo sabe ahora. Nos mudamos juntos y él estaba abierto a mí que antes y luego luego a pasar más tiempo conmigo que antes. WhatsApp él a través de +2347061120360, Desde que el Dr. Ogala me ayudó, mi compañero es muy estable, recomiendo recomiendoel Dr. Ogala a persona persona necesita ayuda. Correo electrónico: Drogalaspells@gmail com, me hace creer en la confianza, ¿Estás tratando de embarazada,) O quieres ser rico,) ¿Quieres casarte,) Tienes enfermedad o en tu cuerpo y quiere s quitarlo) encontacto con él hoy grandes para obras. ¡Mereces ser feliz porque Dios que lo seas!

Philippe 26/03/2018 21:28

Rebonjour M. Le Nocher,

J'apprends à l'instant la mort de l'auteur Philip Kerr ( " La Trilogie berlinoise " ) le 23 mars à seulement 62 ans.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Kerr

Il semble que Velda ( du blog les Polars de Velda qui figure parmi les liens du polar que vous citez ) n'était pas encore au courant en publiant son article hier 25 mars :

https://leblogdupolar.blogspot.fr/2018/03/philip-kerr-de-lemotion-la-memoire.html

Vous alliez sans doute le faire de toute façon, mais vous pourriez publier un billet sur Philip Kerr et sa mort comme vous le faîtes quand tel auteur disparaît ( même si, sauf erreur de ma part, vous n'avez pas chroniqué de livres de Philip Kerr ) ?

Cordialement

Claude LE NOCHER 27/03/2018 06:26

Bonjour Philippe
En effet, Philip Kerr était un maître incontesté du roman noir. Néanmoins, parce qu'on ne peut pas "suivre" tous les auteurs, je n'ai pas été un lecteur de Philip Kerr. Je ne tiens donc pas à faire une nécro qui serait un peu factice, connaissant mal son oeuvre. D'autres s'en chargeront, plus légitimement.
Amitiés.

Philippe 26/03/2018 19:16

Rebonjour M. Le Nocher,

Que dîtes-vous de ce titre que je viens de découvrir, je ne connaissais pas l'auteur jusqu'à il y a quelques minutes. ?
( Je ne suis tombé dessus que parce qu'elle se prénomme Astrid et qu'au départ je faisais une recherche sur la reine Astrid, princesse suédoise, femme du roi Léopold III de Belgique et mère du roi Baudouin, qui mourut en 1935 dans un accident de voiture à Küssnacht en Suisse. Quand le roi son mari qui conduisait une Bugatti voulut éviter un chamois et fit une embardée, ce qui tua Astrid sur le coup. )

https://fr.wikipedia.org/wiki/Astrid_de_Su%C3%A8de

https://www.parislibrairies.fr/livre/9782364683396-judas-astrid-holleeder/

Judas
Astrid Holleeder
Editions du Sous-Sol, 15 mars 2018

Dans la famille Holleeder, il y a d'abord le père : alcoolique et violent qui détruit tout sur son passage, rabaisse femme et enfants et fait régner un climat de terreur dans son foyer. Ouvrier chez Heineken, il se soûle en rentrant de l'usine, distribue raclées et insultes sous l'effet de l'alcool et de la frustration. Il y a la mère, être fragile et docile qui tente tant bien que mal de protéger ses enfants. Il y a Willem, le fils aîné, seul à tenir tête à son père et qui finit par le dépasser en devenant l'un des plus grands criminels des Pays-Bas, le célèbre Neus (le Nez). Avec comme premier haut fait d'armes, l'enlèvement en 1983, à vingt-cinq ans, du patron d'Heineken, Freddy Heineken et son chauffeur, Ab Doderer. Fort de cette réputation et tout en purgeant une peine de prison, Willem Holleeder va se transformer en chef de gang, prêt à tout pour régner sur un monde mafieux qu'il va contribuer à bâtir. De prisons en prisons, la petite frappe va se muer en meurtrier assoiffé de sang et de pouvoir, Scarface à la sauce hollandaise, sans scrupules, capable de commanditer le meurtre de son meilleur ami et beau-frère, Cor. Et puis il y a Sonja et Astrid, les deux soeurs, deux femmes qui un jour vont trouver le courage de dénoncer ce frère qu'elles ne reconnaissent plus, monstre de cruauté. Témoignages, enregistrements clandestins, les soeurs vont se faire Judas et envoyer leur cher frère en prison. Judas, immense succès au Pays-Bas et en cours de traduction dans le monde entier, raconte l'incroyable histoire d'une famille dysfonctionnelle gouvernée par la violence d'un père alcoolique puis d'un frère incontrôlable, et la rédemption par le récit. Ce thriller du réel, entre Roberto Saviano et Gitta Sereny, nous plonge au coeur d'une histoire de trahison, de crime, de haine et d'amour qui n'a rien à envier aux tragédies grecques ni au Parrain. Traduit par Brigitte Zwerver-Berret et Yvonne Pétrequin.

Cordialement

Claude LE NOCHER 26/03/2018 20:50

Intéressante histoire, cher Philippe.
Dénoncer un proche, criminel, c'est un cas de conscience, mais on parle là d'individus très dangereux, cruels et irrécupérables.
Amitiés.

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