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24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 05:55

À l’Est des États-Unis, dans les années 1920, Alexander Dennison est un jeune médecin sans fortune, ni clientèle. Il est fiancé à Evelyne Curtis, fille d’un magistrat vivant chez son père. Ils s’écrivent souvent, Dennison attendant une meilleure position sociale avant de se marier. Elle lui reproche quelque peu sa mollesse de caractère. Coup de chance, Dennison est engagé comme assistant par le vieillissant docteur Charles Leatherby. Homme cultivé, il vit dans une luxueuse demeure. Surtout, le jeune médecin bénéficiera d’un salaire très confortable. Leatherby est entouré de sa sœur, Rose Lewis, et d’une infirmière, miss Hilda Napier. Il semble que cette dernière soit sur le point de se marier avec Leatherby, malgré une grande différence d’âge. Elle conseille à Alexander Dennison de renoncer à ce poste.

Le jeune médecin s’interroge sur la froide Mrs Lewis : “C’était une belle femme, et jeune. Il lui donnait vingt ans de moins que son frère. De plus, elle était une hôtesse courtoise. Mais quelque chose en elle perturbait Dennison. Elle le faisait se sentir insignifiant, une ombre éphémère dans la maison.” On apprend la mort soudaine du banquier Manley, patient du docteur Leatherby qu’il avait consulté peu avant. Même une crise cardiaque chez un tel personnage entraîne une enquête. C’est alors que Jeff Folyet se manifeste chez Leatherby. Celui-ci fut pendant un temps l’assistant du vieux docteur. S’il ne suggère pas exactement que le décès du banquier serait suspect, la présence de ce Folyet paraît embarrasser la maisonnée. Néanmoins, Leatherby l’invite à séjourner chez lui.

Malgré l’ambiance, Dennison se refuse à cultiver des doutes paranoïaques. Toutefois, la disparition de Folyet pose bien des questions. Auxquelles des témoignages incertains sollicités par Dennison n’apportent pas de réponses. À son hôtel, on n’a pas revu Folyet non plus, et personne n’a son adresse, à New York ou ailleurs. L’infirmière Hilda Napier se montre désormais plutôt enjôleuse envers Dennison, jouant peut-être avec lui comme avec une marionnette. Bien que le chauffeur de Leatherby ait trouvé des traces de sang dans la voiture du vieux médecin, il n’envisage pas un meurtre. Par contre, Dennison craint que Folyet ait été assassiné. En l’absence de Leatherby, le jeune docteur reçoit une curieuse patiente, Mrs Smith, qui tient absolument à obtenir la potion préparée pour elle.

Risquant de commettre une erreur en lui donnant ce produit, Dennison est embarqué dans une situation qui le dépasse de plus en plus. Quel est le rôle de Folyet, mort ou vivant, et que penser de ces lettres qu’il aurait écrites ? Un nouveau décès bizarre, similaire à celui du banquier, mérite explication. Il faudra l’intervention d’une tierce personne pour éclaircir tant de faits mystérieux…

Elisabeth Sanxay Holding : Miasmes (Éd.Baker Street, 2018)

Ensuite, il y a ces patients que Leatherby voit à l’étage. Eh bien, quoi ? Ils viennent sans se cacher. Et lui ne fait aucun mystère de ces visites. Aucune raison, donc, de s’inquiéter à ce sujet. Il est connu et respecté au village. Il n’est pas du genre à tenir un cabinet en sous-main. Toutes les tâches qu’il m’a confiées sont parfaitement transparentes et légales.
Enfin, cette affaire Manley… Folyet semble insinuer que Leatherby en sait plus long qu’il ne veut l’admettre. Folyet considère la ‘crise cardiaque’ d’un œil sceptique. Eh bien, supposons qu’il s’agisse bien d’un suicide, et que Leatherby le sache. Peu importe ! Qui diable est ce Folyet ? Non, il n’y a rien dans cette affaire Manley qui puisse m’intéresser. En y réfléchissant mieux, il n’y a rien qui puisse m’intéresser du tout. J’ai un travail légitime à accomplir. Je peux me contenter de le faire et de me mêler de mes affaires.

La romancière américaine Elisabeth Sanxay Holding (1889-1955) fut l’auteure de dix-huit romans policiers, de 1929 à 1953, et d’un certain nombre de nouvelles. À ce jour, quatre de ses titres ont été traduits : Crime étrange aux Bermudes (1946), Le vieux cheval de bataille (1952), La candide Madame Duff (1953), Au pied du mur (1953, réédité en 2013 aux Éd.Baker Street). En voici un cinquième, avec ce “Miasmes”, initialement publié en 1929, qui fut le premier suspense écrit par cette auteure. Raymond Chandler semblait tenir en haute estime Elisabeth Sanxay Holding, pour les qualités psychologiques de ses intrigues. Plusieurs de ses titres furent transposés au cinéma, dont deux films adaptés du roman “Au pied du mur” (en 1949 et en 2001).

Dès le départ, le portrait du Dr Dennison reflète avec crédibilité les cas de ces jeunes diplômés d’alors. Ils avaient l’espoir de faire carrière comme médecins, mais manquaient sûrement d’un peu de maturité. Ce qui explique qu’il ne se sente pas à l’aise chez son riche confrère âgé, et qu’il soit plutôt désemparé face aux mystères qui l’entourent. Il est vrai que vont se succéder diverses péripéties fort étranges. Entre Hilda Napier, Rose Lewis, et sa fiancée Evie, Dennison n’est pas sûr de pouvoir se fier à une femme pour élucider ces sombres énigmes. Pourtant, elles sont probablement plus lucides que lui. Les rouages de cette histoire entretiennent un climat d’incertitude, un suspense inquiétant. Elisabeth Sanxay Holding appartient à la meilleure tradition de la littérature policière.

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commentaires

Philippe 26/03/2018 16:28

Rebonjour M. Le Nocher,

Hier j'ai trouvé le site
http://allthatsinteresting.com/
qui propose des galeries de photos sur des sujets de société à caractère historique.
A chaque fois il faut cliquer sur " View Gallery " pour voir la série de photos.

Voyez par exemple.

http://allthatsinteresting.com/early-20th-century-paris

Early 20th Century Paris In Amazing Color
By All That's Interesting
Published September 28, 2013
Updated February 9, 2018

Before the days of Photoshop, Instagram filters and instant home-editing software, there was little that could be done to adequately convey the energy, mood and spirit of a moment captured in time to its viewer.

Enter the Lumiere brothers in 1903 and their invention of autochrome technology (a composite of black and white emulsion passed through a series of red, blue and green filters), and you’re that much closer to showcasing the depth and dimension of subjects immortalized by film.

While the Lumiere brothers’ innovative method was abandoned in 1935 in favor of Kodachrome technology, they present a dreamy, serene and richly-saturated narrative on early 20th century Paris and its stunning architecture, including the Eiffel Tower:

All images come courtesy of Paris 1914, which seeks to restore these rare photos to their original glory.

http://allthatsinteresting.com/tenement-new-york-photos-facts

25 Haunting Photos Of Life Inside New York’s Tenements
By Elisabeth Sherman
Published May 29, 2016
Updated January 22, 2018

These stunning facts and photos reveal just how hard life was for the immigrant occupants of New York's tenement buildings a century ago.

In the late 19th and early 20th centuries, New York City swelled with wave after wave of European immigrants — and many lived in tenement buildings.

These tenements, as defined by the New York State Legislature in 1867, constituted “any building…which is rented…out as the home of more than three families living independently of one another and doing their own cooking upon the premises.”

These multiple-occupancy buildings were born out of necessity. As European immigrants poured into the city seeking better lives, landlords converted single-family units into multi-room apartments. For ten dollars per month, up to seven people could live within a space of about 325 square feet — the size of half a subway car.

By 1900, some 2.3 million people (two-thirds of New York City’s population at the time) were living in tenement housing, mainly converging in Manhattan’s Lower East Side.

The conditions in these buildings were bad to say the least:

While the average tenement building's exterior specs could easily make you feel claustrophobic (most were just 25 feet wide and 100 feet long) their interiors were just as jarring. Original tenements lacked toilets, showers, baths, and even flowing water. A single spigot in the backyard provided all the water for the building's tenants to cook, do laundry, and clean.

New York State's Tenement House Act of 1867, the first attempt to reform tenement building conditions, required that tenement buildings have one outhouse for every 20 residents. But no one enforced these regulations. Often, rather than walking all the way downstairs to the backyard, residents dumped chamber pot waste out of their windows.

Bedrooms were often cut off from fresh air, ventilation, and light. Pair that with the fact that most apartments had coal burning stoves -- which choked residents with smoke and blackened the walls -- and the people living there were condemned to life inside of what were virtually caves.

The Tenement House Act of 1901 cracked down on lax regulations, and set up the Tenement House Department to inspect and enforce new building standards. Now, landlords were required to install at least one window per bedroom and private bathroom per apartment.

But the notoriously stingy tenement building landlords still fought hard against these reforms. For instance, landlords resisted one expensive provision which required that interior rooms have an airshaft, eventually compromising by installing one window in the interior rooms.

By 1904, landlords were required to install toilets in the tenements. But until 1918, there were no laws requiring that even electricity be installed in the apartments.

In 1936, New York City introduced its first public housing project, and the era of the tenement building officially ended. But the squalor that immigrants endured in an attempt to build new lives is immortalized in the haunting photographs that remain to this day.

All photos come from the New York Public Library.

Next, take a look at some striking Ellis Island immigration photos that reveal exactly the kinds of people who would soon occupy New York's tenements. Then, read up on the Bloody Angle, the spot right in the heart of New York's tenement zone that also became the deadliest street in the history of the United States.

http://allthatsinteresting.com/new-york-immigrants-photos

Inside Turn-Of-The-Century New York’s Immigrant Slums
By John Kuroski
Published November 5, 2016
Updated January 5, 2018

On December 17, 1900, the U.S. government opened an immigration processing station on New York's Ellis Island. By that point, the city had already been processing hundreds of thousands of immigrants per year for more than a decade. After that point, those numbers truly exploded.

Between 1900 and 1914, an average of well over half a million immigrants -- largely from central, eastern, and southern Europe -- came through New York each year (that's more than 5,000 per day). Today, nearly 40 percent of the U.S. population can trace at least one of their ancestors back to the immigrants who came through that one station during that short span.

While millions of those immigrants promptly boarded trains for points all across the U.S., hundreds of thousands stayed put in New York City. In 1900, New York already had nearly 1.3 million foreign-born residents. By 1920, that number had reached 2 million, which was more than one-third of the city's total population.

And an enormous number of those immigrants took up residence in just a few of the city's neighborhoods. In the late 1800s and early 1900s, one particular cluster of neighborhoods in lower Manhattan including Chinatown, Little Italy, and the Lower East Side swelled beyond capacity as immigrants came pouring in.

Because these neighborhoods quickly grew so far beyond their limits, the immigrant experience itself pushed its way out of the overcrowded tenements and onto the streets. Indeed, it was out in the streets where so many of New York's turn-of-the-century immigrants lived, worked, and scraped by.

Likewise, it was in the streets that the cultures and identities of these immigrant groups adapted to their new home. From anguished poverty to vibrant culture, the street scenes above capture the full breadth of the immigrant experience in turn-of-the-century New York.

Next, have a look at 35 Ellis Island immigrant portraits that reveal the faces of American diversity. Then, take a photographic journey inside New York's turn-of-the-century tenements.

Cordialement

Claude LE NOCHER 26/03/2018 20:44

Bonjour Philippe
Le procédé de photos couleur des frères Lumière était fiable, mais sûrement un peu coûteux.De belles images du Paris d'alors. Quant à New York et ses immeubles précaires pour nouveaux arrivants, beau témoignage en photos. Il y a quarante ans, il restait dans Paris quelques constructions du même genre, généralement planquées dans des arrières-cours ou des bâtiments désaffectés. Je me souviens d'un exemple, rue de la Croix-Nivert, mais tout cela est loin.
Amitiés.

Philippe 25/03/2018 23:05

Bonjour M. Le Nocher,

Vous connaissez le livre " Louons maintenant les grands hommes " ( Let Us Now Praise Famous Men ), paru en 1941 ? Un reportage de James Agee avec le photographe Walker Evans, dans les Etats-Unis des années 1930 suivant la Grande Dépression ? Les deux hommes vont à la rencontre de familles de métayers dans l'Etat de l'Alabama. Des " pauvres Blancs " .

En français, cet ouvrage a connu plusieurs éditions mais toujours chez Plon, collection Terres humaines.
Avec parfois une préface de Jean Malaurie.
Je viens d'y repenser et je vois qu'en 2014 est paru le livre suivant, inédit en français si ce n'est aussi en anglais.

Voyez.

https://www.parislibrairies.fr/livre/9782267026917-une-saison-de-coton-trois-familles-de-metayers-james-agee-walker-evans/

Une saison de coton ; trois familles de métayers
James Agee, Walker Evans
Christian Bourgois, 11 septembre 2014

Voici enfin publié pour la première fois, plus de soixante-quinze ans après sa rédaction, un reportage signé James Agee que l'on croyait à tout jamais perdu, une enquête sur le métayage du coton dans l'Alabama qui devait donner lieu, plusieurs années plus tard, au célèbre ouvrage Louons maintenant les grands hommes (1941). En 1936, le magazine Fortune, pour lequel Agee travaille, décide de l'envoyer dans l'Alabama afin de décrire les conditions de vie de trois familles de métayers du coton. Agee insiste pour que le photographe Walker Evans l'accompagne et c'est ainsi que les deux hommes vivront plusieurs semaines durant avec les Burroughs, les Tingle et les Fields. Tandis qu'Evans réalise certains de ses clichés les plus célèbres, Agee décrit minutieusement les existences de ces hommes, femmes et enfants, afin que nous en comprenions parfaitement chacun des aspects, qu'il s'agisse du travail, de la nourriture, des maisons, des vêtements, de la santé, de l'éducation ou des loisirs. Profondément bouleversé et indigné par les conditions de vie ces trois familles de métayers, Agee a produit un compte rendu journalistique qui émeut par sa beauté et sa virulence, une charge contre le capitalisme qui explique, à n'en pas douter, pourquoi Fortune rejeta l'article et qui demeure, de nombreuses décennies plus tard, d'une féroce actualité.

Cordialement

Claude LE NOCHER 26/03/2018 07:55

Bonjour Philippe
En effet, un sacré témoignage sur cette Amérique des années 1930, que décrivit aussi Horace McCoy dans ses romans.
Dans "Miasmes", le héros est un jeune médecin sans clientèle et sans fortune. Le cas était fréquent alors de ces professions libérales qui n'offraient que peu d'avenir. Le romancier Erle Stanley Gardner était avocat, mais c'est bientôt par ses livres qu'il gagna sa vie. Les exemples seraient sûrement nombreux. Les Etats-Unis d'avant-guerre, c'était une population qui souffrait largement de pauvreté, oui.
Amitiés.

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