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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 05:55

Lauréat du Grand Prix de Littérature Policière en 2011 pour “Le poète de Gaza”, Yishaï Sarid avait précédemment publié dans son pays “Une proie trop facile”, en 2000. Ce titre est désormais disponible en format poche, chez Babel Noir. L'aspect enquête est bien présent. Une accusation de viol n'est jamais à prendre à la légère. Dans toutes les armées règne une certaine omerta qui ne facilite pas les investigations. Surtout quand le militaire impliqué jouit d'une bonne opinion générale. Quant à la victime, elle ne fait pas le poids, sa candeur et sa religiosité affichées n'étant pas de véritables arguments. Dans un pays éternellement sur la défensive, compliqué de mener à bien une affaire délicate comme celle-là…

 

À Tel Aviv, à la fin du 20e siècle, cet avocat trentenaire vivote de son métier, sans ambition. Il fut employé par un grand cabinet, avant d'exercer en solo. Heureusement que Shabtaïl, puissant mais obscur en affaires, est assez généreux. Célibataire, sa vie privée n'est pas plus reluisante. Sa colocataire Niva, une artiste dont il est amoureux sans espoir, est trop désargentée pour payer les factures. Fille d'un cinéaste incapable de financer ses films, Niva compte repartir un jour tenter sa chance à New York. Lieutenant-colonel dans les services juridiques de l'armée, Ofra est une amie fidèle de l'avocat. Elle lui propose de traiter une affaire de viol : une ex-jeune soldate a porté plainte contre un capitaine.

Le sergent Koby de la police militaire, homo de dix-neuf ans, sera l’assistant de l'avocat. Le capitaine Erez, visé par la plainte, apparaît comme un brillant élément de Tsahal. Il est sur le départ, vers un poste avancé de l'armée au-delà de la frontière libanaise. Il dirige une compagnie d'élite, où son sens du commandement et son charisme sont appréciés. Erez affirme ne pas être concerné. Koby et l'avocat se rendent dans le village d'Ofakim, au sud du pays, afin d'y rencontrer la victime. Réformée pour cause psychologique, dépressive recluse chez ses parents, Almog (Corail, en hébreu) se contente de réciter sa version des faits. En présence de sa famille hostile, les enquêteurs ne peuvent espérer mieux.

Le journal intime de la jeune fille indique sa foi tourmentée. Almog accepte de parler à l'avocat dans les bureaux d'Ofra. Cette fois, elle raconte précisément l'intégralité des faits. Son récit semble parfaitement crédible, dénotant d'un excès de candeur chez Almog. Des indices confirment que l'ex-soldate ne ment pas, mais le capitaine Erez a toujours le soutien de sa hiérarchie. En place dans un fortin sur le front, il ne compte pas revenir témoigner. Rejoindre la zone de conflit n'enchante guère l'avocat, même s'il est officier de réserve et bon tireur. Un trajet dans un camion de ravitaillement le conduit jusqu'au secteur militaire. Tandis que l'avocat expérimente la vie sur le front, Erez finit par se montrer plus cordial. Mais il faudra bien plus d’éléments au sergent Koby et à l’avocat pour cerner le caractère du militaire et de sa supposée victime…

Yishaï Sarid : Une proie trop facile (Babel Noir, 2018)

— Il vous a obligée à monter avec lui ? ai-je demandé dans l’espoir de trouver quelque chose qui puisse cadrer avec un paragraphe du Code pénal.
— Non, pas obligée. Une Jeep s’est arrêtée à ma hauteur, un modèle tout récent et dedans, il y avait un officier qui m’a invitée à monter. J’étais tellement troublée que je n’ai pas tilté que c’était lui, je ne l’ai pas reconnu avec tous ses galons et son uniforme. Je lui ai demandé s’il allait vers Ofakim et c’est quand il m’a répondu : "On a rendez-vous, non ?" que là oui, je l’ai reconnu. Je me suis installée devant. Il a voulu savoir pourquoi je n’étais pas venue, et je lui ai dit que j’avais oublié. C’était la première fois que je me retrouvais en tête à tête avec un gradé et que je pouvais lui parler simplement.

Les principaux atouts de ce roman noir ne résident pas seulement dans l'intrigue. C'est une image beaucoup plus complète de l’État d'Israël que présente Yishaï Sarid. Contraste entre l'urbanisme galopant de Tel Aviv (qui masque le front de mer, tant apprécié par cet avocat) et la ruralité de l'essentiel du pays ; entre Israéliens ambitieux s'éloignant du pays et patriotes attachés à leurs fonctions militaristes ; entre ce modeste avocat (dont la mère apparaît plus dynamique que lui) et le prestigieux cabinet où il fut employé. Le regard sur les Arabes d'Israël diverge, avec nuances, également. Le besoin de liberté reste inassouvi ou imparfait chez quelques-uns des protagonistes, dont notre avocat anonyme. La part sociologique et l'enquête se complétant, cette histoire racontée avec souplesse offre donc un double intérêt.

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