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23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 05:55

Paris, au printemps 1912. Âgé de vingt-cinq ans, Dimitri Ostrov est un Juif d’origine russe. S’il a été élevé chez des aristocrates, il appartenait à un milieu plus modeste. Voilà sept ans, quand il a dû quitter son pays, ce jeune homme cultivé s’est dirigé vers la France. C’est ainsi qu’il rencontra la comtesse Svetlana Slavskaïa, qui a aujourd’hui quarante-trois ans. Dimitri, qu’elle surnomme affectueusement Dimia, est devenu le factotum de cette dame. Bien que les bolcheviks n’aient pas encore pris le pouvoir en Russie, la comtesse a choisi de vivre à Paris pour son univers artistique et ses plaisirs mondains. Veuve, elle est la mère d’Igor, qui a toujours conservé une distance vis-à-vis de Dimitri, alors qu’ils ont le même âge. Marié depuis six ans, Igor est le gendre du riche baron de Lansquenet, dont il usurpe le titre de noblesse pour faire oublier qu’il est Russe. D’où le côté sanguin de son caractère. La chasse et la vie de salon conviennent fort bien à cet oisif.

Svetlana Slavskaïa est une amie du célèbre couturier Paul Poiret. Ce qui suscite un peu de jalousie chez Denise, l’épouse du créateur de mode. Car le couple est moins fusionnel qu’il ne l’affiche. La femme de Paul Poiret s’efforce de paraître aussi aussi "spectaculaire" que lui, sans posséder son aura. Ils organisent dans leur demeure de la rue Saint-Honoré une soirée costumée sur le thème des contes orientaux, réservée à quelques privilégiés. Dont ne fait pas partie Igor, bien que sa mère ait pu le faire inviter. En revanche, Svetlana veut profiter de cet événement pour faire entrer Dimitri dans le "grand monde". Elle commence par lui offrir un appartement, dont il sera seul propriétaire. Et puis, ce n’est plus en tant qu’assistant de la comtesse, mais comme membre du gratin mondain qu’il est invité à la "Mille et deuxième nuit" de Paul Poiret. Néanmoins, Dimitri s’interroge sur la suite.

C’est dans un décor fastueux, et selon une mise en scène chorégraphique, que le couturier accueille Svetlana, Dimitri et les personnes triées sur le volet. Dans l’entourage de Poiret, figurent ses deux séduisantes muses, Manon et Oriane. Parce qu’elle lui rappelle son amour de jeunesse Anastasia, Dimitri tombe immédiatement amoureux de la belle Oriane. Dans la folie de cette nuit exceptionnelle, ils deviennent amants. Mais, au matin, une mauvaise surprise attend Dimitri : il découvre la comtesse assassinée. Elle a été étranglée par le précieux collier, d’une valeur d’un million, cadeau récent d’un de ses admirateurs mystérieux. Le temps de donner l’alerte, le bijou a disparu. Le commissaire Champlain, un monarchiste nationaliste maurassien, et son adjoint Bertholet sont chargés d’élucider ce crime. Non sans tenir compte de la grande notoriété de Paul Poiret, ami des puissants.

Si le créateur de mode est sincèrement triste d’avoir perdu sa plus proche amie, Igor se réjouit secrètement de la mort de sa mère. Il se voit déjà hériter des quinze millions de Svetlana. Tandis que Dimitri tente de poursuivre son idylle avec Oriane, il est convoqué par les enquêteurs. Ayant bénéficié de la générosité de la comtesse, il semble le meilleur des suspects. Peut-être va-t-il devoir se débrouiller pour prouver son innocence. Quant à l’assassin, s’embarquer pour le voyage du Titanic reste la solution pour fuir les problèmes. C’est un quart de siècle plus tard qu’interviendra le dénouement de l’affaire…

Carole Geneix : La mille et deuxième nuit (Éd.Rivages, 2018)

Il enleva ses babouches qui retombèrent en un léger feulement sur le sol. Il avait mal aux pieds d’avoir dansé la gigue toute la nuit. Qu’avait donc fait Svetlana ? Elle lui avait rappelé de ne pas s’occuper d’elle, qu’à partir de minuit il était libre comme l’air. Surtout Dimia, ne te soucie pas de moi. Aujourd’hui, c’est ‘ta nuit’. Je vais te faire rencontrer les plus grands. Fadaises ! Elle l’avait abandonné à son sort, sans le présenter à qui que ce soit. Et minuit avait sonné sans qu’il pense une seconde à elle. Peut-être était-ce dans l’ordre des choses. Il entendit un léger bruit et tourna la tête. Les ombres fantomatiques des costumes semblaient le narguer. Personne, il n’y avait personne dans ce grenier encombré de merveilles (…)
Les peaux de tigre étaient sagement étalées au même endroit, gueules béantes. Soudain, quelque chose attira son attention. Un talon rouge et puis, plus haut, l’escarpin lui-même, ouvrant sur un magnifique volant de soie bleue. Cette mise, ce mollet, c’était Zobéide dépassant de la peau de tigre. Et qui plus est, une Zobéide ivre morte. Pourvu qu’on ne l’ait pas vue !

Ah, la Belle Époque ! C’est l’ère de l’insouciance et de l’optimisme, puisque l’argent coule à flots. La bourgeoisie d’affaires et l’aristocratie fortunée spéculent sans crainte, cet Âge d’Or étant durable. Les politiciens et les professions libérales, les artistes et les créateurs de mode, font également partie de cette élite profitant du prestige de la France. Sans oublier nos grands ingénieurs qui, de Gustave Eiffel aux constructeurs automobiles, apportent le progrès technique. Ni ce cinématographe qui va révolutionner le monde du spectacle. Tout est formidable, la bonne société exulte de bonheur, l’enthousiasme est partout. Et Paris attire un cosmopolitisme bienvenu, financier autant que mondain.

Se faire une place dans ces cercles, beaucoup en rêvent. Dimitri se contente d’un rôle de second plan, près de sa comtesse russe vénérée. Ce n’est pas de la reconnaissance, mais une honnêteté intellectuelle. Jeune Juif, il n’appartient pas à la noblesse, et le paraître ou le sensationnel ne lui correspondent pas. Malgré tout, par la volonté de Svetlana, Dimitri est propulsé au cœur des sphères les plus enviées. Où règnent quelquefois la jalousie et l’égoïsme, en plus de l’avidité à rapidement s’enrichir.

Quant au contexte général, il est nettement moins stable que l’indiquent les apparences. Après l’affaire Dreyfus, les revanchards n’ont pas dit leur dernier mot. Le banditisme atteint des sommets, la bande à Bonnot et leurs semblables sévissant à leur guise. Enfin, pour ceux qui veulent être un peu réalistes, les rumeurs de guerre sont de plus en plus crédibles, un conflit de grande ampleur s’annonce inévitable. Se réfugier dans la futilité, s’exhiber sans complexe, c’est refuser d’admettre tout cela.

Telle est l’ambiance, festive avec ses facettes plus sombres ou énigmatiques, que restitue Carole Geneix dans ce roman "d’époque". Un suspense fort sympathique.

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commentaires

cathie 29/01/2018 19:08

J'adore la Belle-Epoque; je note ce roman dans ma pal

Claude LE NOCHER 29/01/2018 20:40

Une période singulière de notre Histoire, c'est certain.

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