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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 04:55

Le lieutenant Girard est policier à Toulouse. Avec son équipe, ils peuvent être confrontés à des crimes assez simples à résoudre. Tel le double meurtre d’un couple d’amants, le mari ayant tué son épouse et son propre frère à lui. Heureusement que le chauffeur de taxi Manuel Ruis a alerté la police. Par contre, l’affaire du "Tueur du vendredi" s’avère bien plus difficile à résoudre, car il s’agit d’un meurtrier en série. Il a déjà quatre victimes à son actif, des prostituées exerçant leur métier le long du Canal du Midi. Des indices, il en laisse comme s’il était convaincu de sa complète impunité. Des traces de sudation, en particulier, donnant à penser qu’il est sportif. Quant à son mépris pour les prostituées, il est évident.

Le docteur Charlotte Lanoux a examiné les éléments dont dispose la police. La psychiatre livre à Girard des conclusions offrant un portrait très proche du profil de ce tueur. C’est un célibataire qui a une haute opinion de lui-même, ayant eu une éducation stricte, élevé dans la détestation des femmes. Sûrement un homme discret au quotidien. Ce ne sont que des hypothèses, mais – alors que le criminel vient de faire une cinquième victime – l’équipe de Girard cerne vingt-trois suspects. Le lieutenant fait confiance à la jugeote des policiers qui vont interroger chacun d’entre eux. S’intéressant au calendrier des crimes, Girard et la psychiatre ont bientôt un suspect privilégié. Qui possède de bons alibis.

Âgé de quarante-sept ans, Marcel Cazaux est contrôleur de bus à Toulouse. Il adulait son père, ancien combattant aux idées passéistes, mort récemment. Sa mère avait disparu de leur vie depuis longtemps. Ce célibataire pratiquant le jogging se prend pour un athlète. Il est carrément radin de nature, volontiers raciste, logiquement sexiste, et ne supporte pas les prostituées, bien entendu. C’est ainsi que certains vendredis soirs, faisant semblant d’aller au cinéma, il passe à l’acte. Hélas pour lui, sa sixième victime le blesse quelque peu gravement avant de succomber. Malgré ces complications, Marcel Cazaux n’est pas trop inquiet. Le chauffeur de taxi qui l’a raccompagné à son domicile, Manuel, est perturbé, lui.

Marcel supporte de moins en moins sa jeune voisine. Sans doute l’adolescente Lucille est-elle provocatrice et rebelle, c’est exact. Ce qu’elle exprime au quotidien à travers son blog, fascinant pour des âmes tourmentées comme sa condisciple Claude. Marcel s’en tient au comportement de Lucille, qu’il juge déplacé – selon les critères hérités de son défunt père. S’il a été déstabilisé par la visite des enquêteurs et par la blessure infligée par sa dernière victime, Marcel est un homme, un vrai. Au besoin, il possède une cabane du côté de Revel où il pourra jouer avec sa nouvelle cible. Si les indices s’accumulent contre le tueur pour Girard et son équipe, ils ont besoin de preuves pour intervenir, fût-ce in extremis…

Céline Denjean : Voulez-vous tuer avec moi ce soir ? (Pocket, 2016)

C’est à cet endroit-là que je la vis. Une raclure. Une jeune tapineuse. Très jeune. Vêtue d’une jupe tellement courte et moulante que je me demande bien ce qu’elle était censée dissimuler. Je n’avais croisé, trois cent mètres plus haut, qu’une vieille radasse extrêmement vulgaire, du genre bout de circuit. Son ventre avait la difformité de pneus empilés et ses cheveux, la coloration d’un jaune d’œuf délavé. Un vrai repoussoir qui devait certainement accorder ses faveurs gratuitement pour atteindre son comptant de passes. Après elle, personne sur mon chemin. Le bord même du canal où je me tenais était assez obscur et la petite traînée plantait en haut du talus, le long de l’asphalte éclairé où passaient les voitures.
Je l’interpellai d’en bas, demeurant invisible aux yeux des conducteurs…

Ce roman policier est loin d’être parfait, il faut bien le dire. Les redondances concernant le profil du tueur sont finalement assez agaçantes. Il n’était pas indispensable que le policier et la psychiatre deviennent intimes, on y perd en "professionnalisme" pour tous deux. Le cas de la jeune Claude Dubois, treize ans, alourdit l’intrigue : trois ou quatre chapitres eussent suffi si l’auteure tenait à présenter ce personnage annexe. Il est dommage que Céline Denjean n’ait pas élagué son texte, pour obtenir une tonalité plus vivante encore.

Néanmoins, cette histoire possède également de belles qualités. Les atermoiements, les tâtonnements, les approximations d’une enquête de police sonnent très juste. On imagine effectivement que les policiers s’égarent parfois dans leurs investigations, que l’indice décisif (ici, un blouson) n’apparaît pas si aisément. Ce qui fait le principal intérêt de cette affaire, c’est le portrait du coupable. Oui, il existe un bon nombre d’homme ressemblant fort à ce Marcel Cazaux. Ce réac haïssable méprise la terre entière, à commencer par les femmes, bien sûr. Il est probable que les personnes de ce genre-là soient inconscientes de leur degré de perversité. Ces hommes se croient dominants, alors qu’ils sont médiocres. Des ratés s’abritant derrière des idéaux ringards. C’est remarquablement décrit.

Soulignons un autre atout, l’auteure ayant prévu l’antithèse de Marcel, grâce au chauffeur de taxi Manuel. C’est un homme affable, perspicace, humain, attentif aux autres. Sans nul doute, le personnage le plus sympathique de ce roman. En conclusion, on n’est pas déçu par cette intrigue criminelle, mais on aurait aimé être plus enthousiaste. Le meilleur moyen de se faire sa propre opinion, c’est tout simplement de lire ce livre.

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commentaires

T
Rhôô, Claude, quelle proposition indécente tu me fais ! Mais je dis oui... mdr

PS : niveau sécurité, vous avez raison ! Faut pas les faire jouer dans du verre pillé, mais bon, trop de sécurité nuit, comme trop d'hygiène ! Ils ne sont pas en porcelaine, les gosses, faut tomber de temps en temps, on se construit ainsi. Mais maintenant, même quand ils commencent à marcher, peuvent pas tomber !
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C
Comment avons-nous survécu, étant enfants, ma Belette ?
Je vois des mômes de mon quartier, qui mettent un casque pour faire du vélo : bonne chose. Sauf que, semi-protégés, ils prennent bien davantage de risques (une descente, suivie d'un virage, tu vois le scénario).
Quant à ce livre, disons sobrement que tu peux avoir d'autres priorités...
Amitiés.
P
Bonjour M. Le Nocher,

Voyez le dernier post du site Rare Historical Photos :

http://rarehistoricalphotos.com/dangerous-playgrounds-1900s/

The dangerous playgrounds of 1900s

L'idée avancée est que les terrains de jeux ou cours de récréation de notre époque sont plus sécurisées qu'autrefois, par la volonté des législateurs, des compagnies d'assurance et des parents.
Mais que d'après certains psychologues juvéniles, cela aurait un effet pervers, au sens où les terrains de jeux d'autrefois, il y a un siècle ou moins, avec les risques de se faire mal surtout en chutant impliqués, amenaient les enfants à prendre des risques, à surmonter leurs peurs, à se socialiser.

Cordialement
Répondre
C
Cher Philippe
Tout ceci pose un très grave problème de société, c’est parfaitement exact. Ce matin même dans mon journal, je lisais un petit article sur le revêtement d’une salle de sport que l’on vient de changer à gros frais, non loin de chez moi. Collégien, j’ai fait du sport dans cette salle dont le sol était alors… bitumé. On n’y a depuis déploré aucun mort, ni de blessé sérieusement touché. Au contraire, compte tenu du risque éventuel, nous prenions garde à ne pas nous exposer exagérément. Par ailleurs, je me souviens des équipements pour monter à la corde, avec du simple sable assez sale pour retomber, au besoin. Pas d’incident majeur, non plus.
Sécuriser les cours de récrés, le matériel et les salles de sport, pourquoi pas ? Mais, en effet, la notion du danger disparaît aux yeux des mômes.
Il y a quelques jours dans l’émission « C dans l’air », au sujet des attentats, un intervenant proposait de préparer les enfants en faisant comme au Japon en cas de tremblement de terre, se réfugier sous les tables… Deux autres intervenants se récrièrent que « non, surtout pas » car on risquait de traumatiser les enfants (mais Alain Bauer avait l’air plutôt pour). Désolé messieurs, bien plus intelligents que moi, mais vous êtes un peu cons sur ce sujet.
Je ne crois pas que l’on protège les enfants en les surprotégeant, façon cocooning, en leur masquant les risques, le côté sombre de la vie.
Je me souviens d’une dame qui, vieillissante, regrettait que ses petits-enfants ados ne soient pas préparés par leurs parents à l’idée de mort, donc à son propre décès et celui de son mari. Parce que la mort, c’est pas beau, c’est pas bien, c’est pas propre ?
Notre société va trop loin en raisonnant en terme d’ultra-sécurité, dans le cas des mômes. Parfois, avec des « précautions » aberrantes : « En cas de problème, il a son portable ! » m’affirma la mère d’un enfant de dix ou onze ans. Le remède universel ?
Pour sourire, je me souviens du film « PROFS » où Laurent Gamelon, le prof de gym, dit (après quelques blessures de ses élèves) : « C’est pas dangereux, mais ils ne font pas attention ». Finalement, n’était-ce pas ce personnage qui avait raison ?
Amitiés.

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