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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 04:55

1889. Allemand d'origine, le Dr Anton Kronberg travaille à l'hôpital Guy, de Londres. Après ses études à Berlin, il s'est spécialisé en bactériologie à Boston. Ce qui explique que, en plus de son activité médicale, il soit consulté comme légiste par Scotland Yard. Les cas de choléras sont encore très fréquents dans l'agglomération londonienne. Peu énigmatiques en général, car causés par le manque d'hygiène entraînant des virus. Lorsque Kronberg est convoqué à l'usine de traitement des eaux de Hampton, c'est pour un cadavre atteint du choléra, en effet. Selon l'inspecteur Gibson, nul besoin d'enquête. Ce n'est pas l'opinion d'Anton Kronberg, ni celle d'un homme plutôt observateur présent sur les lieux.

Très occupé par son métier, le médecin n'a que vaguement entendu parler de ce Sherlock Holmes. Sans doute la police a-t-elle fait appel à lui pour l'affaire Jack l’Éventreur, mais on ne tient guère compte de l'avis de ce détective-conseil : “Tout le monde recherche un oiseau de proie, alors que le coupable est un petit rongeur.” Dans le cas présent, ce n'est pas seulement le choléra qui a causé la mort de l'inconnu. Grâce à un examen approfondi, utilisant même un microscope, le médecin Kronberg comprend que l'homme a aussi été touché par le tétanos. Dès leur première rencontre, Sherlock Holmes a découvert le secret de Kronberg, qu'il n'a pas de raison de dévoiler : c'est une femme.

En cette fin de 19e siècle, la pratique médicale reste toujours interdite aux femmes. Anna Kronberg a dû se grimer en homme pour faire ses études. Elle porte une tenue et des attributs masculin, pour donner le change. Mais par ailleurs, retrouvant l'aspect féminin, il lui arrive de soigner bénévolement des Londoniens pauvres, passant pour infirmière. Elle a pour amant Garret O'Hare, un grand Irlandais rouquin, cambrioleur de son métier. Après une visite au 221B Baker Street, où Holmes vit seul depuis le mariage de Watson, Anna et le détective explorent les marécages de Chertsey Meads. C'est là que le mort a été plongé dans la Tamise, malgré le secours d'un ami, qu'ils surnomment Gros Brodequins.

Peu après, alors qu'un mourant est déposé à l'hôpital Guy, le docteur Kronberg comprend vite que c'est Gros Brodequins. Lui aussi a été victime du tétanos. Holmes, Watson et Anna Kronberg se demande comment et où leur fut inoculé le virus de cette maladie. Le détective pense bientôt à l'hospice d'aliénés de Broadmoor, dans le Berkshire. Si ni lui, ni Anna n'y trouveront probablement de preuves directes, le directeur Nicholson apparaît plus que suspect. Anna Kronberg profite d'un voyage en Allemagne pour revoir son père, et surtout pour étudier le bacille du tétanos. Dont elle rapporte des souches à Londres, en janvier 1890, en vue de recherches pour un vaccin. Tandis que Holmes a identifié les deux Écossais victimes, Anna va au-devant de sérieux dangers…

Annelie Wendeberg : Le diable de la Tamise (Presses de la Cité 2016) – Sherlock Holmes –

Cette histoire nous est racontée par Anna Kronberg elle-même, car elle est bien au centre de l'enquête. C'est cette jeune femme déguisée en homme qui se charge des dissections de cadavres et des recherches bactériologiques. Il est exact que c'est dans ces années-là que les docteurs Kitasato et von Behring progressèrent dans leurs études sur le tétanos. Le vaccin ne sera disponible qu'à partir de la décennie 1920. L'auteure de ce roman étant une scientifique, cela explique son intérêt pour ce thème. Ce qui ajoute de la véracité, de l'authenticité à cette intrigue. Quant à la double vie (ici masculine-féminine) de l'héroïne, ça peut rappeler par certains côtés “Les Habits Noirs” de Paul Féval.

On aura sûrement compris qu'il ne s'agit pas d'une parodie guillerette des aventures de Sherlock Holmes. Certes, on joue malicieusement sur des clichés : Watson marié n'habite plus à Baker Street, la fascination d'Holmes pour Irene Adler, le violon se substituant à la drogue pour calmer les moments dépressifs du détective, etc. Mais les récits écrits par le docteur Watson soulignaient déjà que Sherlock Holmes est lui aussi un scientifique. Il a de bonnes connaissances en chimie et dans le domaine des poisons. Il est souvent en contact avec le corps médical dans ses enquêtes. Il évoqua d'ailleurs l'hôpital psychiatrique de Broadmoor, dans “Le marchand de couleurs retiré des affaires”.

Dans ce roman, Sherlock Holmes est à la fois bien présent, tout en restant une ombre protectrice pour Anna Kronberg. Ce qui ne manque pas de subtilité. Bien au-delà d'un simple pastiche holmésien, utilisant avec justesse l'ambiance d'époque, c'est une enquête parfaitement convaincante que nous propose Annelie Wendeberg.

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commentaires

The Cannibal Lecteur 12/05/2016 15:03

Bon, tu es plus gentil avec le roman que celle qui l'a déjà critiqué sur le site de la SSHF ("N'y allons pas par quatre chemins : tout est médiocre dans ce roman.") et dont je vais te mettre le lien pour ne pas copier tout le texte et bourrer la fenêtre de mon commentaire...

De toute façon, je compte l'acheter et le lire, parce que collectionnite aiguë oblige ! ;-) Merci pour le lien, mon cher Claude !

http://www.sshf.com/critiques.php?id=1624

Claude LE NOCHER 12/05/2016 16:45

Salut Belette
Je me permets de commenter le texte dont tu parles.
Certains admirateurs de Sherlock Holmes sont des ayatollahs. La chroniqueuse débute par un jeu de mot ringard : « Roman à l'Holmes de rose », avant de bricoler un survol du sujet et d'en arriver à : « N'y allons pas par quatre chemins : tout est médiocre dans ce roman. » Elle parle de « clichés », d'intrigue bâclée, et selon elle « les motivations des criminels restent obscures ». Visiblement, elle n'a pas fait grand effort pour comprendre. Elle affirme que « l'auteur, bien que s'acharnant à mentionner dans le récit les fiacres et les taudis, ne parvient jamais à transporter le lecteur dans l'ambiance du Londres victorien. » Cette lectrice n'aurait pas dû sauter les pages où, par exemple, Anna traverse Londres la nuit.
« Anna/Anton Kronberg se débat lamentablement entre ses deux identités » : faux, elle s'adapte aux deux rôles qu'elle joue. Là encore, il fallait tout lire. « Quant à Holmes, qui ne joue ici que le rôle de second couteau... » : non, il apparaît tel un partenaire qui reste davantage dans l'ombre, tout simplement. « L'auteur ne résiste pas à la tentation de laisser poindre le début d'une romance trouble et contrariée entre le détective et sa comparse. » La lectrice n'a donc pas compris (non plus, alors que ça nous est expliqué) pourquoi Anna garde une distance face aux hommes, tant avec son amant attitré qu'avec Holmes.
Chacun a le droit d'émettre son opinion, soit. Mais « argumenter contre » mérite de vraies analyses, mieux que la critique si peu fondée de cette chroniqueuse.
Bonne lecture, ma chère Belette ! Amitiés.

Philippe 11/05/2016 20:52

Bonsoir M. Le Nocher, Patrick,

Je l'ai noté aussi, je verrai demain à sa parution.
Coïncidence, cette histoire passe par l'hospice d'aliénés de Broadmoor, et il se trouve que cette semaine j'ai eu vent d'un autre livre - pas un roman, un livre de true crime - où le principal protagoniste s'est lui aussi retrouvé à Broadmoor.
Par Kate Summerscale, l'auteur du " Meurtre de Road Hill House " ( Christian Bourgois / 10/18 ) sur l'histoire de Constance Kent ( 1844 - 1944 ) que vous aviez chroniqué.
Le livre venant de paraître en anglais, il est trop tôt pour parler d'une édition française à venir.

Voyez la présentation.


The Wicked Boy: The Mystery of a Victorian Child Murderer
Kate Summerscale
Bloomsbury Publishing (29 April 2016)

https://www.amazon.co.uk/The-Wicked-Boy-Victorian-Murderer/dp/1408851148/ref=cm_cr_arp_d_product_top?ie=UTF8

Voyez les critiques de lecteurs, j'indique la page d'Amazon.co.uk britannique à dessein, il y a plus de commentaires.

Mais Amazon.fr a un texte de présentation plus long et quelque peu différent.

From the internationally bestselling author, a deeply researched and atmospheric murder mystery of late Victorian-era London

In the summer of 1895, Robert Coombes (age 13) and his brother Nattie (age 12) were seen spending lavishly around the docklands of East London -- for ten days in July, they ate out at coffee houses and took trips to the seaside and the theater. The boys told neighbors they had been left home alone while their mother visited family in Liverpool, but their aunt was suspicious. When she eventually she forced the brothers to open the house to her, she found the badly decomposed body of their mother in a bedroom upstairs. Robert and Nattie were arrested for matricide and sent for trial at the Old Bailey.

Robert confessed to having stabbed his mother, but his lawyers argued that he was insane. Nattie struck a plea and gave evidence against his brother. The court heard testimony about Robert's severe headaches, his fascination with violent criminals and his passion for 'penny dreadfuls', the pulp fiction of the day. He seemed to feel no remorse for what he had done, and neither the prosecution nor the defense could find a motive for the murder. The judge sentenced the thirteen-year-old to detention in Broadmoor, the most infamous criminal lunatic asylum in the land. Yet Broadmoor turned out to be the beginning of a new life for Robert--one that would have profoundly shocked anyone who thought they understood the Wicked Boy.

At a time of great tumult and uncertainty, Robert Coombes's case crystallized contemporary anxieties about the education of the working classes, the dangers of pulp fiction, and evolving theories of criminality, childhood, and insanity. With riveting detail and rich atmosphere, Kate Summerscale recreates this terrible crime and its aftermath, uncovering an extraordinary story of man's capacity to overcome the past.

http://www.amazon.com/product-reviews/1408851148/ref=cm_cr_dp_syn_footer?k=The%20Wicked%20Boy%3A%20The%20Mystery%20of%20a%20Victorian%20Child%20Murderer&showViewpoints=1

Cordialement

Claude LE NOCHER 11/05/2016 21:07

Je vais aller lire ça, cher Philippe.
Broadmoor fut un des principaux centres psychiatriques anglais à partir de la seconde moitié du 19e siècle, en effet. Bien peu de gens supposés fous purent probablement en sortir (vivants). L'époque était aux expériences en tous genres, partout dans le monde. Et l'on sait que les Britanniques en abusèrent jusqu'à des temps encore récents (les années 1970).
Oui, j'ai souhaité "accompagner" la parution de ce Sherlock Holmes version actuelle, car je le trouve excellent.
Amitiés.

Patrick 11/05/2016 20:07

Bien tentant , je le note ...Bonne soirée ...:)

Claude LE NOCHER 11/05/2016 21:00

Sherlock Holmes reste un classique, cher Patrick, même quand ce n'est plus signé Conan Doyle !
Amitiés.

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