Après une première affaire qui ne redorera que modérément son blason, la brigade de la commissaire Anne Capestan attend la suite, dans leur bureau-appartement de la rue des Innocents, à Paris. Ils sont toujours sous l'autorité directe de Buron, le patron de la PJ. L'équipe va bientôt hériter d'Henri Saint-Lô, un nouveau encore plus déclassé que les autres. Il se prend pour d'Artagnan. Ce qu'Eva Rosière résume ainsi :
“Non, mais il ne va pas nous coller tous les débiles d'Île-de-France, le père Buron, quand même. Parce que nous, OK, on est au placard, mais y a du niveau. Moi je suis quand même auteure, bordel ! Capestan, c'était The Winneuse, toi [Lebreton] un cador du Raid ; Orsini il est chiant, mais c'est un érudit. Evrard, elle a petit problème de jeu, mais grosso modo elle est normale… Même Merlot, c'est un emmerdeur et un alcoolo, mais il connaît son boulot. Mais là le type, il se croit né en 1593. Il est bon pour l'Entonnoir d'Or.”
Le groupe Capestan est associé à l'enquête sur le meurtre de Serge Rufus, ancien policier de l'Antigang, abattu dans le 14e. Il a été sévèrement maltraité avant d'être achevé. Il ne faut pas compter sur le fair-play des autres services envers l'équipe de Capestan. Même le lieutenant métis Basile Diament, de la BRI, qui fait la liaison entre les autres flics et eux, ne joue le jeu qu'au minimum. Il s'agit probablement d'un règlement de comptes, on ne tardera pas à dénicher un suspect.
Mais la commissaire Capestan suit une autre piste, une plaque de rue au nom de Serge Rufus. Il faut ramer pour obtenir des infos, mais ils vont établir un portrait-robot. En fait, Anne Capestan est plus impliquée qu'il y paraît : le mort est son ex-beau-père. Il fut son formateur quand elle faisait ses classes, près de Lyon. Elle a divorcé de son fils Paul Rufus, qui était vingt ans plus tôt une star de l'humour. Il est désormais agent artistique.
À L'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, le septuagénaire fabricant de meubles Jacques Maire a été assassiné dans des conditions analogues au meurtre de Serge Rufus. Capestan et ses adjoints se rendent sur place aux obsèques, pour glaner des renseignements. Il s'avère que le défunt se nommait auparavant Jacques Melonne, et que son entreprise de meubles n'est pas du tout rentable. C'est grâce à des allers-retours à Genève qu'il tient à flot sa fabrique. Aucun lien précis avec l'ancien de l'Antigang n'est flagrant.
Quand l'équipe de Capestan rentre à Paris, Buron est quasiment prêt à clore le dossier, car un suspect a été mis en garde-à-vue. Pas convaincue, la commissaire obtient un court délai. Utile, car un certain Alexis Velowski vient d'être tué à Lyon. La méthode est assez similaire à celle des deux cas précédents. Cette fois, tout le groupe de Capestan se déplace.
La policière ne risque pas d'oublier que c'est dans cette ville qu'elle rencontra, deux décennies plus tôt, son fringant futur mari Paul, alors à l'orée de sa carrière d'artiste. Le commissaire lyonnais Pharamond est plus coopératif que leurs collègues parisiens. C'est dans le placard EDF de l'immeuble de Velowski que l'équipe de Capestan découvre l'indice capital : un manuscrit qui raconte les faits d'origine, un braquage datant de longtemps. Ils auront aussi le nom d'un complice, repris de justice récemment sorti de prison…
Il est toujours bon de préciser que le qualificatif de "comédie policière" ne désigne pas des romans dénués d'intrigues criminelles. La tonalité largement humoristique n'empêche pas de présenter des aventures solides. En témoigne le premier titre de l'auteure, “Poulets grillés”, multi-récompensé : Prix Arsène Lupin 2015, Prix du Goéland Masqué à Penmarc'h 2016, aussi primé en 2015 aux Quais du Polar de Lyon et au festival de Montigny-lès-Cormeilles. Après ce premier gros succès, Sophie Hénaff se devait d'être à la hauteur pour son nouveau polar. Aucun doute, “Rester groupés” est également très réussi.
Évidemment, c'est la galerie de personnages insolites qui séduit d'abord. Flics ringards ? Non, mais en décalage avec le sérieux que suppose leurs fonctions, sûrement. Néanmoins, le patron de la PJ a confiance en eux, quelles que soient leurs imperfections. Le premier volet mettait en valeur Eva Rosière ou le capitaine Lebreton. Ici, on s'intéresse un peu plus à José Torrez et, surtout, à la vie personnelle d'Anne Capestan. Avec la participation de toute l'équipe, comme le suggère le titre. Connaissant bien Lyon, semble-t-il, Sophie Hénaff ne manque pas de nous en vanter les charmes, puisqu'une partie de l'action s'y déroule. Polar souriant, donc, mais alimenté par une véritable enquête, ce qui nous offre un roman très sympathique.
Sophie Hénaff : Poulets grillés (Albin Michel, 2015) - Le blog de Claude LE NOCHER
Anne Capestan, trente-sept ans, est commissaire de police. Six mois après qu'une bavure l'ait mise sur la touche, la voici réintégrée grâce au bon vouloir de Buron, directeur de la PJ, son men...
http://www.action-suspense.com/2015/03/sophie-henaff-poulets-grilles-albin-michel-2015.html
Ma chronique sur le précédent polar de Sophie Hénaff