Une nouvelle locataire emménage dans cet immeuble parisien. Cécile Segal est chargée de clientèle dans une banque. Cette jeune femme blonde est séparée de son compagnon, Alain, qui a gardé leur chat Bruce. Son logement est mitoyen de celui de Servais Marcuse, qui la remarque immédiatement et se présente à elle. Le vieux monsieur a l'allure d'un ogre de cent cinquante kilos, marche en boitant et en s'aidant de sa canne. Il se dit VRP retraité, et vit avec sa chatte Fiona. Le prénom de Cécile réveille en lui un souvenir moitié déplaisant, moitié compatissant car il voit bien que sa voisine affiche un air triste. Le seul que Servais Marcuse considère tant soit peu tel un ami, c'est Charley. Venu de Bamako, au Mali, il fait le taxi-driver clandestin aux aéroports. Servais l'a parfois engagé à la journée.
Premier problème à régler pour aider Cécile : récupérer le chat Bruce. Il pourra toujours jouer avec la chatte Fiona, en l'absence de sa voisine. Sans doute faut-il un peu brusquer le prénommé Alain pour qu'il le restitue. Au besoin, ajouter un petit coup de pression, une visite-surprise afin de le mater, ça permet de l'éloigner définitivement de Cécile. Un grand Noir comme Charley, ce n'est pas inutile pour impressionner un interlocuteur. D'ailleurs, ce dernier serait plutôt heureux de devenir l'assistant à plein temps de Servais. Charley est certain d'apprendre plein de choses à ses côtés. D'autant que le vieux monsieur pas si tranquille a un autre problème à régler. À sa banque, Cécile est harcelée par son nouveau directeur, Yves Langlet, qu'elle doit un soir rudoyer afin de ne pas être violée.
Même si Servais n'exerce plus son ancien métier, il n'a pas perdu la main depuis vingt-cinq ans. Il se montre assez rusé pour obtenir l'adresse personnelle d'Yves Langlet. Méthode qu'il explique à Charley : “L'important, c'est la conviction… S'imprégner de son personnage comme un comédien. Pendant dix secondes, j'ai été ce commissaire travaillant la nuit et débordé par la paperasse. J'ai ressenti de l'empathie pour lui.” Si le cas est réglé, ça ne va pas sans entraîner une enquête de police. Dont est chargé Antoine Natividad, délaissant ainsi quelque peu sa collègue la lieutenante Nicki Lasalle. Le vieux Servais observe le flic, même s'il n'a pas de véritable raison d'inquiétude. Charley et lui ont une autre affaire à résoudre pour Cécile, concernant l'artiste-peintre pervers qui s'attaqua autrefois à elle.
Servais Marcuse est bien conscient que ces triples méfaits autour de la jeune femme, ça finirait par attirer l'attention. Probablement pas celle d'Antoine Natividad, trop occupé à séduire Cécile, charmée par le policier. Mais il faut compter avec la jalousie fantasmée de Nicky Lasalle. Celle-ci a fait le lien avec l'artiste-peintre, et Cécile ne peut pas prendre ses menaces à la légère. Heureusement que Servais et Charley, maintenant endurci au métier, sont là pour intervenir. Néanmoins, Antoine pourrait à son tour avoir des soupçons…
Scénariste, cinéaste et réalisateur pour la télé, auteur de bédé, Philippe Setbon n'est pas un néophyte en création artistique, loin s'en faut. Il a publié aussi une demie douzaine de romans (Fou de Coudre, 1994 ; Desolata, 1995 ; Mangeur d'âme, 1999 ; Le flic de la télé, 2000 ; L'Apocalypse selon Fred, 2011 ; Ego Island, 2013). C'est donc un auteur chevronné qui nous présente le premier volet de son triptyque “Les trois visages de la vengeance”. Il s'agit d'histoires indépendantes, sans personnage en commun, se déroulant dans le même quartier parisien, avec la vengeance comme sujet. Le 2e tome, “T'es pas Dieu, petit bonhomme”, également inédit et en format poche, est annoncé pour début 2016.
Écrit dans les règles de l'art, “Cécile et le monsieur d'à côté” est un délicieux roman qui s'adresse à tous les amateurs de très bons polars. Setbon évite de créer une forte tension, ou de miser sur le spectaculaire. Ici, avec une ambiance quotidienne citadine et une petite poignée de personnages, nous visualisons tout de suite la situation. Pour autant, le lecteur aura son lot de péripéties et de surprises. À travers le passé sombre de Servais Marcuse, ou un épisode de celui de Cécile, par exemple. Précise, la narration fluide va droit au but, l'intrigue n'ayant nul besoin de détails superfétatoires. On retient bien sûr les sourires qui émaillent le récit. Entre autres, grâce au sympathique taxi-driver Charley, un assistant qui apprend vite.
En lisant un vrai roman policier à suspense dans la meilleure tradition, tel que celui-ci, on se régale forcément.