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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 04:55

Nicolás Sotanovsky est un Argentin approchant des trente ans, aspirant à devenir écrivain. Il vivote à Madrid depuis six mois, largué, désœuvré. Il a réussi à se loger chez une rousse nommée Noelia, actuellement absente, qu'il ne connaît pas. Quand débarque un costaud que Nicolás surnomme illico “Jambon calibre 45”, ce mastard exige qu'il lui indique où se trouve Noelia. S'il l'ignore, Nicolás n'a qu'à la trouver. L'Argentin hésite entre filer au plus tôt ou jouer au détective de roman façon Chandler. Intervient alors Nina, la meilleure amie de la disparue. “Je vais essayer de t'aider. Mais je ne te promets rien. Avec Noelia, tout est possible : elle peut retourner à la vie sauvage dans un hameau d'Andalousie ou s'envoyer des Arabes dans un hôtel cinq étoiles de Casablanca” déclare la sensuelle Nina.

Le couple est pris en filature par “Jambon calibre 45”, qui se nomme en fait Serrano et ne se cache pas. Dans l'appartement de Noelia, Nicolás cherche quelques éléments sur elle. Un DVD où elle apparaît nue prouve toute la grâce de cette jeune femme. Nina confirme, à travers ses souvenirs d'étudiante, que son amie a toujours attiré les hommes en affichant sa fragilité. Nicolás se rend dans le quartier de Lavapiés, où l'on trouve des Argentins en exil. Un de ses compatriotes montre une amertume et une fierté qui agacent Nicolás. C'est sa copine Lidia, avec laquelle il en resta à des amours platoniques, qu'il est venu voir. Par son contact dans la police, l'inspecteur Manolo Sáinz, elle peut obtenir des renseignements utiles sur Serrano et son patron Menéndez, qui se fait appeler La Momie.

Après avoir collé une sévère raclée à Nicolás, les deux truands lui accordent un peu plus de temps pour retrouver Noelia et le paquet. Faire une tournée dans les bars du quartier Malasaña n'aide guère Nicolás, si ce n'est qu'il y rencontre un chat qui dialogue avec lui. Il est de nouveau pisté, mais par un pitoyable détective privé, Felipe Mar López. Qu'il ne tarde pas à baptiser Philip, référence à Chandler oblige. Il a eu pour cliente Noelia, qui ne l'a pas payé. Il est lucide : “Je sais perdre, Sotanovsky. J'en ai l'habitude. Si c'était une discipline olympique, j'aurais toutes les médailles...” Ils sont faits pour s'entendre. De son côté, Lidia a glané des infos sur Nina et surtout sur La Momie, récemment sorti de prison après un coup fumeux et sans rentabilité visant la banque Financur.

Quand Nicolás arrive à son rendez-vous chez Felipe Mar López, le détective a été occis. Il tenait un journal intime confirmant ce qu'il avait dit. Le dimanche, au Marché aux puces, Nina et Nicolás rencontrent Violeta, une vendeuse de fringues qui croit avoir aperçu Noelia il y a peu de temps. Il est possible que, dans sa robe rouge, la belle rousse rôde en effet autour de Nicolás. Dès le lundi, il adopte l'allure Bogart version “privé”, émettant des hypothèses sur le lien entre Noelia, La Momie et la Financur. Jusqu'au vendredi suivant, ultime délai, il va au bout de ses investigations, non sans déception, ni victimes…

Carlos Salem : Un jambon calibre 45 (Babel Noir, 2015)

Lire un roman de Carlos Salem, c'est comme embarquer pour une croisière nocturne en pleine tempête sur un navire en mauvais état : si on fait confiance au capitaine pour que la traversée se passe aussi bien que possible, on ignore en permanence quelles surprises ce voyage nous réserve. Selon sa fantaisie, et même en gardant le cap, le commandant Salem suscite, par sa façon de piloter le bateau, un frisson d'excitation mêlé de crainte. Afin que l'on oublie tout le reste, il nous présente des personnages singuliers, bigarrés, improbables. Il nous fait beaucoup rire, aussi, à travers les déboires de son Nicolás, qui lui ressemble quelque peu. On espère qu'il a réellement croisé cette Nina nymphomane.

La narration est enjouée, entraînante. Avec des portraits précis, en peu de mots, tel celui de La Momie : “Un drôle d'oiseau, vols à main armée, spécialiste des coffres-fort, un type maigre et blafard, soupçonné de plusieurs crimes dont un seul a été prouvé il y a des années...” Bien sûr, le nom du costaud est une allusion au jambon, et Philip Marlowe n'est jamais loin, lui non plus. Qu'on ne s'y trompe pas, Carlos Salem est avant tout un auteur qui cultive avec talent son style personnel, une excentricité créative particulièrement séduisante. Chacun de ses romans est un bonheur de lecture.

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commentaires

Yv 23/04/2015 13:32

Bonjour Claude,
Quelle coïncidence, je finis tout juste Japonais grillés du même auteur, excellent recueil de nouvelles chez In8
Amicalement,

Claude LE NOCHER 23/04/2015 16:02

Salut Yves
Oui, "Japonais grillés" est - aussi - un très bon moyen d'entrer dans l'univers de Carlos Salem.
Amitiés.

Serge 31 23/04/2015 01:39

Salut Claude
Quelques jours après, même si Bruno et toi avez parfaitement répondu, je reste dubitatif devant la formule de l’ami Pierre (qui a certes tenté de rétropédaler): «…brader les grands formats au détriment des auteurs… ». En quoi le talent d’un écrivain est-il bradé hors grand format ? Pourquoi tant d’infamies envers le poche ?... Tout récemment, chez tes amis d’Unwalkers, François Guérif et Jeanne Guyon ont enfoncé le clou (question notoriété du poche) et remis les choses en place (pour le lecteur de base): ‘’’ …Pour ce qui est du passage en grand format d’auteurs comme Christian Roux ou Dominique Forma, cela ne signifie pas du tout que leurs nouveaux livres « méritent » le grand format contrairement aux précédents. Il n’y a pas de différence qualitative entre Rivages/noir et Rivages/Thriller. En revanche, le poche, même inédit, étant largement ignoré par la critique (on ne parle pas de vous), il nous est devenu nécessaire de donner deux vies à nos auteurs français chaque fois que possible : en grand format, puis en poche de façon à conserver ce qui nous tient à cœur : que les livres restent financièrement accessibles… ‘’’… Deux ou trois bouquins pour le prix d’un, c’est vrai, mais il est un autre attrait que financier pour le format poche : le gain de place sur les étagères (chez tout lecteur passionné sommeille souvent un collectionneur compulsif…). Et le vrai scandale est celui-ci : des grands formats JAMAIS repris en poche !!! (des McKinty jadis publiés dans la Noire de Gallimard, par exemple…)
Amitiés.

Claude LE NOCHER 23/04/2015 06:30

Salut Serge
Effectivement, tout cela mérite une réflexion "de fond". Je compte y revenir dans une chronique, si possible ce vendredi, en incluant tes remarques, celles de Pierre et de Bruno.
Amitiés.

Philippe 19/04/2015 16:10

Bonjour M. Le Nocher,

Avez-vous entendu parler du dernier livre de Benjamin Stora, plus autobiographique que les autres ?

http://www.parislibrairies.fr/detaillivre.php?gencod=9782234074736

Les clés retrouvées ; une enfance juive à Constantine
Benjamin Stora
Stock, collection Un Ordre d'idées

Par ailleurs, peut-être ne connaissez-vous pas l'histoire de Touria Chaoui, première femme pilote marocaine, assassinée en 1956 à 19 ans ?
J'en avais entendu parler en 2011.
Voyez ces liens.

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-touria-chaoui-pionniere-du-ciel-76690309.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Touria_Chaoui

http://www.albayane.press.ma/index.php?option=com_content&view=article&id=1284:touria-chaoui-une-femme-pilote-assassinee-a-19-ans&catid=44:actualites&Itemid=118

http://www.aeronautique.ma/Touria-CHAOUI-Premiere-Marocaine-pilote-d-avion_a434.html

http://www.moroccoworldnews.com/2014/02/122170/was-the-first-moroccan-arab-woman-pilot-murdered-by-france/

Cordialement

Claude LE NOCHER 19/04/2015 20:08

Bonsoir Philippe
Je vous promets que j'irai voir ces liens.
Sans doute pas ce soir. Car après une journée de dimanche à la plage, sous un plein soleil plutôt chaud, avec les embruns et l'air iodé vivifiant, il sera bientôt temps de me reposer. Non, non, ce n'est pas pour faire envie à ceux qui n'ont pas la chance d'en bénéficier, mais c'est autre chose que d'aller renifler un carré d'herbe dans un parc citadin.
Je viens de voir que cette douceur entraine, dans les villes, une recrudescence des symptômes d'allergies. Ce qui me rappelle que toute une génération a été promenée dans des poussettes au ras du pot d'échappement des véhicules, depuis les années 1990. Relation de cause à effets ? Les experts nous certifieront que non, bien sûr.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 19/04/2015 10:52

Bonjour à tous. Effectivement, cela fait deux ans, je viens de m'en rendre compte en lisant les commentaires. Je me suis laissé emporter ... ma réaction était surtout vis à vis des sorties en poche après un an ... je m'incline et m'excuse. Amitiés

Claude LE NOCHER 19/04/2015 11:55

Il est vrai que certaines éditions poches sont proches de la sortie initiale, mais ça reste rare. Tu es tout pardonné, mon cher Pierre.
Amitiés.

Bernieshoot 19/04/2015 10:05

Bonjour,
grand format, format poche, e book. ..l'essentiel pour moi est que le plus grand nombre est accès à la découverte littéraire.

Claude LE NOCHER 19/04/2015 10:16

C'est l'évidence même, à ceci près qu'il ne faut pas attendre de miracles des ebooks, non seulement l'édition papier restant principale, mais "l'objet livre" compte pour les lectrices et lecteurs.
Amitiés.

La Petite Souris 19/04/2015 09:16

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman , c'est d'ailleurs avec celui ci que j'ai découvert l'auteur ! et je ne peux qu'en recommander la lecture ! Par contre je ne comprends pas du tout la remarque de notre copain Pierre Faverolle que je connais pourtant très bien mais qui là me surprend beaucoup. Un jambon calibre 45 est sorti en grand format en février 2013 il ya donc presque deux ans et demi. Il me semble pas scandaleux de sortir le livre en format poche après un tel délais. En tout cas pour ma part je ne vois rien de choquant.Et je ne vois pas en quoi publier un livre en format poche après deux ans et demi serait une politique de braderie des grand formats???je ne comprends pas surtout quand on sait que certains lecteurs n'ont pas les moyens de s'offrir des livres à 23 ou 25euros et l'édition poche c'est quand même pour d’accéder à ces œuvres. Enfin, pour avoir discuter parfois avec des libraires, l'actualité d'un grand format c'est en moyenne trois mois, cinq dans le meilleur des cas, après il est relégué dans les rayonnages et oublié. non pour une fois, et c'est bien rarissime, je suis en désaccord avec mon pote Pierre ! Mais je sais qu'il ne m'en voudra pas ! ;)

Claude LE NOCHER 19/04/2015 09:53

Salut Bruno,
Pas plus tard qu'hier, je citais cinq formats poche de belle qualité. Dont un Daeninckx sorti il y a deux ans, le McKinty publié voilà un an et demi, et le Matt Lennox datant d'un an. On voit bien qu'il n'existe pas de règle précise. D'autant que la durée d'exposition des grands formats dans les points de vente atteint rarement une année, plutôt six mois. Grâce aux Festivals, ils durent un peu plus longtemps, parfois. Peu de surprise donc, qu'ils soient réédités.
Second point, le tarif. Mes bons amis, nous sommes quelque peu des privilégiés. Je parle de temps à autre à des lecteurs et lectrices assez intensifs, bien content(e)s de trouver ces formats poche sans trop de délai. Deux à trois "poche" pour le prix d'un grand format, oui, ça compte. En outre, ce n'es pas anecdotique, si vous observez les passagers d'un train, ils s'encombrent rarement d'un "gros" livre, préférant souvent les "poche".
Désaccord entre vous ? Pas sûr. Tout ça me fait penser à la riche discussion de mardi dernier avec mes potes de chez Unwalkers, avec parfois des opinions contradictoires mais toujours respectueuses de l'avis des autres...
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 19/04/2015 08:42

Salut Claude, je suis étonné qu'il sorte déjà en poche ... mais bon. Je ne vais pas m'étendre sur ce genre de politique qui brade les grands formats au détriment des auteurs. Je m'égare ... Très bon, celui là. Je vais bientôt lire son petit dernier car je suis fan du délire et des thèmes abordés par Carlos Salem. Amitiés

Claude LE NOCHER 19/04/2015 09:37

Salut Pierre,
J'avais dû faire l'impasse sur ce roman il y a deux ans. Je reste un admirateur de Carlos Salem. C'est pourquoi je me suis bien vite rattrapé, avec ce format poche. N'oublions pas que cet auteur a publié entre-temps deux polars jeunesse chez Actes Sud Junior, et publie un nouveau titre ces temps-ci, "Le plus jeune fils de Dieu". Deux années plus chargées qu'il y parait, ça peut expliquer la réédition. En outre, Carlos Salem est très présent sur les Festivals, et je suppose qu'il est devenu une valeur sûre pour son éditeur français.
La suite dans ma réponse à Bruno...
Amitiés.

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