Commissaire à la PJ de Rennes, Lucien Workan possède un caractère affirmé, pour ne pas dire colérique. Ce joueur de rugby éloigné de sa famille toulousaine doit, il est vrai, gérer une équipe souvent conflictuelle : le capitaine Lerouyer, le lieutenant Roberto, l'impulsive lieutenant Leila Mahir. Quant à sa hiérarchie, vu les glorieux états de service de la famille Workan, il sait manœuvrer ce petit monde selon son instinct autant que pour les besoins d'une enquête. Michel Grimesnil, patron des éditions du même nom, sollicite Workan car il est convaincu qu'un de ses auteurs, Georges-Henri Beaumont, a disparu. Spécialiste des dossiers pointus, ce reporter quinquagénaire devait lui remettre son nouveau manuscrit. Une visite à l'appartement de l'écrivain confirme qu'il a probablement disparu, en effet.
Les investigations de l'écrivain portaient sur le château de Brouandal, actuellement occupé par un groupuscule politique. Non pas des néo-nazis, mais des écolos radicaux de l'EGW, l'European Green War. Entre le Golf des Grenouilles et le château, on vient de retrouver justement un doigt coupé, qui pourrait appartenir à l'écrivain. En réalité, quelqu'un d'autre en a découvert un premier peu avant. Concessionnaire automobile et golfeur passionné, Charles Soufflot venait de réussir le premier "eagle" de sa vie, alors il n'était pas question d'interrompre la partie de golf. Taisant cela a ses partenaires, il a ensuite mis le doigt au frais. Par les journaux, il suit discrètement l'évolution de l'affaire. Qu'on ait trouvé un deuxième doigt coupé à proximité du Golf des Grenouilles ne le rassure guère.
Le commissaire Workan embarque son équipe et l'éditeur pour une balade jusqu'au village de Brouandal. Pas beaucoup de vie dans la contrée, et ce ne sont pas les locataires écolos du château qui animent le secteur. Ce que Mme Moulin, maire de la commune, confirme au policier. Arrive Vincent Richardini, directeur du golf, qui vient apporter au commissaire un nouveau doigt coupé. À l'analyse, on comprendra pourquoi des chiens n'ont pas mangé ces doigts : ils ont été placés avant dans du formol. C'est un cueilleur de champignons qui va découvrir encore un doigt, sans nul doute de la même main. Workan et ses adjoints se renseignent au bar du Golf des Grenouilles. Ni la sportive serveuse, ni le directeur Richardini ne reconnaissent le disparu Beaumont quand il leur présente sa photo.
Le Castor et le Kid sont deux repris de justice. Naguère, le Kid faillit réussir un exploit en kidnappant un chanoine. Les deux compères sortent de prison. Cette fois, ils visent le château de Brouandal. S'ils sont bien vite interceptés, ils pensent pouvoir s'infiltrer parmi les écolos. Ce qui n'est peut-être pas un bon calcul. Charles Soufflot reçoit, lui, la visite inquiétante d'un duo à la recherche du doigt manquant. Ignorant toujours si Beaumont est mort ou vivant, Lucien Workan finit par rencontrer le chef des écolos de l'EGW. Alexander Kellermann semble jouir de l'immunité diplomatique. Les policiers ne trouvent pas trace du disparu au château. Malgré tout, il faudrait savoir ce qui se mijote dans la propriété, et qui avait le plus intérêt à la disparition de Beaumont…
Après “L'incorrigible Monsieur William” (2014), le caractériel commissaire rennais est enfin de retour. Car, s'il lui arrive de hausser le ton au point qu'il pourrait mordre, Workan est un personnage qui inspire une sympathie certaine. Certes, au cours de ses enquêtes, il n'a pas toujours affaire à des casse-pieds ou des sournois, qui le mettent en rage. Il sait aussi se montrer plus affable, en particulier avec des femmes telles que la maire de Brouandal ou la serveuse-boxeuse Anne-Gaëlle. Par contre, les branquignols de son équipe et les autorités judiciaires le poussent à une férocité qui fait sourire les lecteurs.
Nous suivons Workan et sa troupe dans la campagne chère à l'écrivain Chateaubriand, du côté de Combourg. Nous sommes sur la piste de ces doigts formolés, essaimés dans les environs. Cette histoire est l'occasion d'apprendre quelques notions de golf, noble sport qui ne se “démocratise” pas autant qu'on nous le serine depuis trente ans. S'il s'agit bien d'un roman d'enquête, sa tonalité amusée en fait une comédie policière très réussie. Allez Workan, ne vous fâchez pas, mais il y a encore quelques lecteurs qui ont le grand tort de ne pas vous connaître. Ce nouvel opus leur permettra d'entrer dans votre univers.