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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 04:55

Vlad est SDF à Moscou. “Le nombre de sans-abris en Russie est compris entre 150.000 et 350.000, selon le Ministère de l'Intérieur, mais des experts estiment qu'ils sont de 1,5 à 4,2 millions sur une population totale de 141,2 millions d'habitants.” Il est aujourd'hui âgé de quarante-deux ans. Dans la froidure hivernale moscovite, Vlad squatte avec un ami de la rue, Alex. Il a même récemment retrouvé un bon copain d'autrefois, Ponche. Celui-ci a monté une entreprise, mais il a fait faillite. Parce que, même si personne ne s'en soucie, tous les sans-abris ont une histoire.

Le parcours personnel de Vlad débuta à Lioubertsy, une ville plutôt pauvre de la grande agglomération de Moscou, à vingt kilomètres du centre. En 1980, âgé de huit ans, Vlad vit à Lioubertsy avec son père Mikhaïl, sa mère d'origine française Anne, et son frère Nikolaï. C'est une famille où l'on s'accommode des rigueurs de l'Union Soviétique, où l'on écoute un peu de chansons étrangères, où l'on discute du présent et de l'avenir. Écolier rêveur assez solitaire, Vlad aime ses parents et son frère. Il peut compter sur la solide main de son père, sur sa rassurante présence.

À l'âge de douze, c'est à la gare de Lioubertsy que Vlad perd brutalement ce père, capital pour lui. “Vlad s'est enfermé dans d'autres mondes, des mondes de solitude : les jeux vidéos, la lecture, la réflexion intérieure l'écriture... À l'école, les choses ne se passent pas trop bien non plus : Vlad se recroqueville sur lui-même, s'adresse peu à ses camarades, ne joue pas pendant la récréation...” Il est bientôt envoyé dans un internat pour cinq ans, tandis que sa mère Anne se débrouille comme elle peut, occupant un emploi de caissière dans un magasin. Tant qu'on veut bien d'elle.

Dans la vie de Vlad, il y eut aussi le mariage de son frère Nikolaï avec Milena. Évènement heureux pourtant assorti d'un drame. Puis Vlad devint bibliothécaire, un petit poste qui convenait à cet amoureux des livres. Mais cela ne dura pas, même s'il n'y était pour rien. Alors, Vlad finit par choisir la rue, comme tellement d'autres qui se sont heurtés à tant de murs, qui ont traversé trop de drames. Il a sympathisé avec le sans-abri Alex. Son ancien ami Ponche l'a rejoint. Il est tombé amoureux de la jeune rebelle Varya. Il fréquente les cybercafés. Et risque sa vie, dans cette ville impitoyable…

Antoine Léger : Le 6 coups de minuit (Éditions Paul & Mike, 2014)

Il y a mille manières de raconter une histoire. Quelques pages suffisent pour une nouvelle, ou il en faut quelques centaines pour écrire un pavé. La longueur d'un texte n'a jamais été un critère. Avec ce roman court, Antoine Léger nous dessine le portrait d'un homme. Qu'il soit “sans-abri” et Russe, c'est un fait. Pourtant il aurait pu avoir le même destin dans un autre pays, ou une autre vie moins marquée par la mort dans le sien. En réalité, Vlad est un personnage universel. Pas de ceux que les imbéciles bourrés de certitudes traiteraient de “perdant”, de “loser”. Non, c'est la profonde sensibilité que l'on sent en lui qui octroie à Vlad cette universalité. Les gens fragiles ont aussi leur place dans la société.

Il est à noter que la narration n'est pas linéaire, loin s'en faut. Car ce sont des images du passé – les échecs ou les dures expériences – qui construisent le parcours de chacun. Et puis, intervient une deuxième voix, qui détermine l'étape actuelle de Vlad. Ce qui apporte la preuve qu'un court roman, bien écrit, peut aussi posséder une densité.

Ce livre est préfacé par Claude Mesplède, expert en littératures policières.

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commentaires

Philippe 02/08/2014 16:28

En fait c'est le mari de ma cousine qui s'appelle Vlad et ses parents sont d'origine ukrainienne.
Tchernobyl est en Ukraine.
L'Ukraine était autrefois surnommée le " grenier à blé de l'Europe " .
La catastrophe de Tchernobyl a fait perdre de vue des éléments plus anciens tels que la richesse d'un point de vue agricole de la terre noire d'Ukraine.
Ou le fait que c'est de là que venait la famille Hanska, connue au moins car une femme de cette famille a eu une histoire d'amour avec Balzac plus jeune qu'elle - interprétée par Fanny Ardant dans le téléfilm de 1999 où Depardieu malgré la non-ressemblance physique jouait Balzac - .
L'Ukraine s'est distinguée en 1920-1921 par le cas exceptionnel d'une famine qui n'était pas le résultat de causes naturelles ou économiques, mais une famine voulue et organisée par les Bolcheviks.
Je crois avoir vu à la télé une fois, dans la fiction ou la réalité, quelqu'un qui avait appelé son chien Poutine.
On revient au Canada en ce que vous savez sans doute que la poutine désigne aussi un plat fait de frites sur lesquelles on verse du fromage fondu, du cheddar d'habitude, avec peut-être une sauce brune à base de bière ou autre.

Cordialement

Claude LE NOCHER 02/08/2014 20:21

Cher Philippe
Je dois dire que, bien que curieux de saveurs diverses, cette poutine que j'ai parfois croisée dans mes lectures ne l'attire pas du tout. Pour ne pas effaroucher nos amis québécois, je précise que la rouille ou la tapenade ne me plaisent guère non plus (je n'aime guère les olives). Pas plus que ce Pan-Bagnat niçois, que j'ai toujours trouvé immonde. Pour rester en Amérique du Nord, on trouve maintenant partout des cranberries - ou canneberges, même recommandées par les magazines traitant de santé. J'ai connu l'époque où c'était pareil avec l'ananas, puis les pamplemousses, puis celle des kiwis. A chaque fois, c'est encore mieux que meilleur pour nous. Ce qui me rappelle cette formule anglophone : "An apple a day keeps the doctor away" (Une pomme par jour éloigne le docteur". Je suis assez d'accord avec le principe d'acheter des produits (comme les pommes) les plus locaux possibles. Mais on peut aussi acheter des cerises "bios" du Chili à Noël.
L'Ukraine fut, effectivement, le "grenier à blé" de l'Union Soviétique. Toutefois, même à l'époque de la Guerre Froide, souvenons-nous que les récoltes des fermiers américains (anti-communistes, pléonasme) étaient achetées par l'URSS, an plein accord avec les gouvernements américains. Eh oui, les arcanes du commerce ont toujours plus complexes qu'on ne le dit aux populations.
Quant à Tchernobyl, quel souvenir ! Je me rappelle d'un numéro de l'émission Droit de réponse, de Michel Polack, où un représentant de l'Etat répétait froidement : Le nuage toxique n'a pas atteint la France, nous en avons la preuve. Fin du débat, les invités étant "séchés" par cette affirmation illogique.
Amitiés.

Philippe 02/08/2014 16:37

En fait il y a la poutine dont je parle, qui a des variantes indiquées dans cet article, et la poutine râpée d'Acadie ( pays dont l'écrivain Antonine Maillet est le chantre ).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Poutine_(plat)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Poutine_acadienne

Philippe 02/08/2014 13:55

Bonjour M. Le Nocher et Sandrine,

Moi aussi bien sûr je ne peux m'empêcher d'abord de penser à Vlad Tepes Dracula. Mais c'est sans doute un prénom plus répandu dans les pays d'Europe de l'Est qu'on ne le croirait.
Et puis j'ai un neveu à Montréal, le fils d'une cousine - un petit enfant - qui s'appelle Vlad.
Et j'avais lu un roman jeunesse de Pascale Perrier et Sylvie Allemand-Baussier chez Oskar où les jeunes héros affrontent un nommé Vlad qui paraît alors un adversaire, avant qu'on ne découvre que les méchants sont ailleurs et que Vlad est un brave père de famille qui cherchait à protéger son fils ou à le venger, ceci dans un contexte où l'on est à notre époque mais avec des retombées de la catastrophe de Tchernobyl qu'ont vécue certains des parents des jeunes héros. Le roman a du reste Tchernobyl dans son titre.

Cordialement

Sandrine 02/08/2014 08:38

Moi, un type qui s'appelle Vlad, je m'en méfie dès la première page. Pas de surnaturel ?

Claude LE NOCHER 02/08/2014 09:54

Bonjour Sandrine,
Pas de cruel Vlad l'Empaleur, ni vampires ni zombies, dans cette histoire. Pas même de Vlad.Poutine. Juste la vie d'un brave garçon, pas spécialement chanceux. Amitiés.

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