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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 04:55

New York, 1942. Mark MacPherson a longtemps été un policier privilégiant l'action dans son métier. Blessé par un malfaiteur, il a mis du temps pour s'en remettre, profitant de sa convalescence pour se cultiver davantage. Ayant repris du service, il est chargé d'enquêter sur le meurtre d'une jeune femme. Laura Hunt, la victime, avait un poste important à l'agence de publicité Rose, Rowe et Sanders. Son fiancé Shelby Carpenter est employé à un poste moins élevé dans la même société. Leur mariage était prévu quelques jours plus tard. Ce week-end, elle devait dîner le vendredi avec un ami, Waldo Lydecker, avant d'aller se reposer, en vue des préparatifs du mariage. Tout ce qu'on sait de son planning, c'est qu'elle annula le rendez-vous avec Waldo. Son employée de maison Bessie Clary la trouva morte, abattue d'une balle.

Le littérateur Waldo Lydecker était un ami de Laura Hunt depuis huit ans, époque où elle débarqua de son Colorado Springs natal. Sentant l'ambition et les capacités de Laura, il joua quelque peu le rôle de mentor. Leur relation complice n'était pas intime, la jeune femme possédant un caractère complexe. Peut-être même contradictoire, MacPherson le constatera durant son enquête. Le policier interroge Shelby Carpenter, dont l'alibi lui paraît imparfait. En outre, le fiancé est un chasseur ayant eu toute facilité de se procurer l'arme du crime. Surtout, Shelby est le bénéficiaire de l'assurance-vie contractée par Laura. Le policier rencontre aussi Suzanne, la tante de Laura, qui se montre fort acerbe concernant le fiancé de sa nièce. MacPherson et Waldo Lydecker visitent ensemble l'appartement de la victime, où trône un tableau remarquable, un portrait de Laura.

Selon le témoignage de l'employée de maison Bessie, elle a trouvé deux verres et une bouteille de whisky à son arrivée, après le crime. L'assassin ne venait donc peut-être pas de l'extérieur, comme on l'a pensé. Le policier mettra longtemps à comprendre pourquoi Shelby lui est familier. C'est l'homme idéal, vu par les publicitaires : “Shelby n'était que l'incarnation d'un rêve. C'était un présent que Dieu avait fait aux femmes. Je le détestais pour ce motif, et je détestais les femmes qui se laissaient prendre à cet escroquerie du romanesque.” Mark MacPherson s'avoue amoureusement attiré par la personnalité peu banale de Laura Hunt. Bientôt, ce n'est plus sur le meurtre de Laura qu'il devra enquêter, mais sur celui de Diane Redfern. Ce qui ne change pas forcément la liste de ses suspects principaux…

Vera Caspary : Laura (Éditions Omnibus, 2014)

Il serait maladroit d'aller plus loin dans le résumé, cette intrigue réservant encore son lot de surprises. Si ce suspense psychologique est considéré comme un chef d'œuvre par tant de passionnés du polar (dont F.Guérif, qui le classe dans les cent meilleurs), ça ne doit rien au hasard. “J'offre ce récit, non point tant comme un roman policier que comme un roman d'amour” dit Waldo Lydecker. Oui, Laura exerce une évidente fascination sur les hommes qu'elle côtoie. C'est ce que saura magnifiquement exploiter Otto Preminger dans son film “Laura”, sorti en 1944. Les mélodies de jazz, les prises de vues et le jeu avec la lumière, l'interprétation des cinq acteurs centraux, et une intrigue impeccable, toutes les qualités étaient réunies pour réaliser un des plus grands films du cinéma policier.

C'est aussi la construction du roman qui constitue un de ses atouts favorables. L'histoire se compose de cinq parties. C'est Lidecker qui débute la narration, puis le policier qui va prendre la relève, avant un compte-rendu dialogué d'interrogatoire, suivi du point de vue de Laura, et c'est Mark MacPherson qui conclut le dossier. Magistrale virtuosité de la part de Vera Caspary, agençant avec maîtrise la position de chaque intervenant. Un classique de la littérature policière, qui n'a rien perdu de sa force captivante, ni de son charme.

Depuis le printemps 2014, les Éditions Omnibus rééditent en romans unitaires quelques titres incontournables destinés aux amateurs des meilleurs polars : Vera Caspary (Laura), Ellery Queen (Le cas de l'inspecteur Queen), Dashiell Hammett (Jungle urbaine), Mickey Spillane (J'aurai ta peau), G.K.Chesterton (La sagesse du père Brown), Nicolas Freeling (Psychanalyse d'un crime) sont disponibles.

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commentaires

Philippe 24/07/2014 13:45

Rebonjour M. Le Nocher et serrurier paris,

Voyez cet article d'aujourd'hui sur le blog de la Courte Echelle de Rennes : c'est la profession de foi des librairies sorcières spécialisées jeunesse.
Vous partagez sans doute, par l'esprit de vos chroniques, ces idées de transmission.
Comme des associations d'amateurs de polars telles que le couple Mesplède en a créé une après les dissensions à Toulouse.
Mais avec en plus de ne pas perdre de vue le public principalement visé, les jeunes lecteurs.

http://lacourteechelle.hautetfort.com/archive/2014/07/21/patricia-matsakis-nouvelle-presidente-de-l-alsj-5414308.html

Cordialement

Claude LE NOCHER 24/07/2014 16:01

Cher Philippe
Je serai bien d'accord avec la présidente de cette association pour dire que la lecture, celle des jeunes mais aussi des moins jeunes, n'est pas seulement un acte d'achat. L'idée n'est pas de lire "un" livre de temps à autres, mais que "les" livres accompagnent la vie de chacun, dès le plus jeune âge. Pas une mission facile, sachant que l'offre de loisirs est pléthorique. Mais un enfant qui comprend que c'est "son" livre - ou mieux "ses" livres - plutôt que des choses qu'on lit à l'école, c'est un grand pas. Je raisonne en adulte, et plus très frais, c'est vrai. Néanmoins, inculquer la notion de plaisir de lire (et ceci à tout âge), c'est bien davantage qu'un simple achat.
Amitiés.

Philippe 23/07/2014 15:42

Bonjour M. Le Nocher,

( Je suis rentré depuis une semaine de deux semaines de séjour à La Grande-Motte - théâtre d'un polar de GJ Arnaud de 1978 que vous aviez chroniqué - où j'avais accès à Internet et lisais votre chronique quotidienne, sans être trop d'humeur à écrire. )

Histoire de vous narrer que dans l'un des derniers numéros avant l'interruption de mi-juillet-août d'A Nous Paris, journal gratuit qu'on trouve sur les présentoirs du métro parisien chaque lundi, le n° 654 ( 23-29 juin 2014 ), il y avait en pages 25- 27 " affaires culturelles " dans la rubrique " livres " un article sur " Les romans de 14-18 en ordre de bataille " .
Texte : Stéphane Koechlin.
Avec une liste de titres commentés sur laquelle je ne m'étends pas, ce sont à peu près les mêmes que dans d'autres listes qu'on a pu voir sur 14-18 sur Internet ou dans la presse depuis novembre 2013 ( des auteurs tels que Roland Dorgelès, Henri Barbusse, Erich Maria Remarque, Ernst Jünger, William March, Joseph Kessel, Ernest Hemingway, Jean Giono, Gabriel Chevallier, puis La Grande Guerre des écrivains, d'Apollinaire à Zweig. Textes choisis et présentés par Antoine Compagnon, Folio, 840 pages, 10,60 € ).
Ce que je souligne, c'est en page 26 une anthologie par François Rivière - auteur comme on sait spécialiste d'Agatha Christie, Patricia Highsmith, Frédéric Dard, Enid Blyton ou James Matthew Barrie l'auteur de Peter Pan - dans la collection Bouquins de Robert Laffont.

Romans d'espionnage de la Grande Guerre
Collectif
Edition établie et présentée par François Rivière
Robert Laffont ( Bouquins ), février 2014
812 pages
30 €

Je me permets de recopier intégralement ce qu'écrit Stéphane Koechlin.

Les personnages romanesques de la Belle Epoque, Arsène Lupin et Fantômas, adeptes des déguisements et omniscients, étaient déjà des espions dans leur genre. La guerre de 1914 va créer et populariser un nouveau type de héros, l'agent secret, qui trouvera son apothéose avec James Bond. L'Anglais E. Phillips Oppenheim est l'un des premiers maîtres du roman d'espionnage. Son livre le plus connu, L'Imposteur ( 1920 ), ouvre le recueil paru chez Robert Laffont. On y trouve les décors qui feront le charme des romans de Fleming, les ambassades et les grands hôtels. A la même époque s'illustre Valentine Williams, auteur dés 1918 de la série L'Homme au Pied bot, où Grundt, un docteur infirme et violent au service du Kaiser, tient le public en haleine.
Dans ce recueuil varié, on trouve notamment une nouvelle de Rudyard Kipling écrite en 1915, Mary Postgate, sur une madame tout-le-monde amoureuse d'un aviateur décédé. La violence du récit ( elle laisse agoniser un pilote allemand ) sera reprochée à son auteur. De la littérature de divertissement moins innocente qu'elle n'en a l'air !

Sur la couverture, la liste des romans :

E. Phillips Oppenheim, L'Imposteur
Valentine Williams, L'Homme au Pied bot
Jean Bommart, Le Train blindé n° 4
Marthe McKenna, Les Espions que j'ai connus
Rudyard Kipling, Mary Postgate
Arthur Conan Doyle, Plaidoirie pour un homme seul

Sur Amazon.fr , la fiche avec des commentaires de lecteurs, l'un moins enthousiaste que les autres :

http://www.amazon.fr/gp/product/2221136497/sr=1-1/qid=1406105644/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=&qid=1406105644&sr=1-1

Donc, après avoir vu cette référence, j'étais allé à la Fnac Montparnasse acheter ce recueil.
Il était classé au rayon polar sur une table thématique de romans se déroulant pendant la Première Guerre mondiale, polars à strictement parler ou moins.

C'est à cette occasion que j'avais par ailleurs remarqué près de là une autre table avec ces rééditions chez Omnibus de classiques du polar.
Laura, de Vera Caspary, avait accroché mon regard. J'avoue que comme tout le monde je connaissais d'abord le film d'Otto Preminger avec Gene Tierney que vous mentionnez. Ce n'est que beaucoup plus tard, depuis quelques années, que je connaîs l'auteur.

En parlant de films noirs. En allant un autre jour à la Fnac Bercy-Village acheter le livre " 22 v'la Julie ! " de Véronique Genest chez Michel Lafon, sur sa vie, sa carrière, son rôle de Julie Lescaut et d'autres, j'étais tombé sur le pavé suivant :

CO - 100 Films noirs
Paul Duncan et Jurgen Muller
Taschen, mai 2014
688 pages
39,99 €

http://www.amazon.fr/gp/product/3836543559/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=

Prenez le temps de lire le commentaire d'un lecteur, il n'y en a qu'un mais assez long et très détaillé, décrivant le contenu du livre jusque dans son format et les photos, et proposant une comparaison avec d'autres ouvrages sur le film noir plus anciens. Dont, vous y pensez déjà sans doute, le célèbre livre de Patrick Brion - qui présente le Cinéma de minuit le dimanche sur France 3 - aux éditions La Martinière - dans cette collection où il avait aussi écrit des monographies sur le western, le film d'aventures, la comédie musicale, le dessin animé ou Tex Avery dans les années 1985 - . Ouvrage de 1991 dont même l'édition la plus récente date déjà de 2004, d'où l'absence des films noirs de ces dix dernières années. J'ai quand même acquis cette édition 2004.

Bien sûr, Laura figure, j'ai regardé, dans le livre de Brion tout comme celui de Duncan et Muller.
En revanche, vous avez peut-être déjà reconnu le film, la couverture du dernier est une scène du film The Spiral Staircase ( 1945 ou 1946 ), de Robert Siodmak, avec Dorothy McGuire. On peut s'étonner de son absence dans le livre de Brion.
Le titre français le plus couramment cité est " Deux mains la nuit " .
Remarquons aussi que l'auteur du roman Some Must Watch - d'après Hamlet de Shakespeare, où se trouve la phrase " Some must watch while some must sleep " - , retitré The Spiral Staircase après la sortie et le succès du film, était une Britannique et non une Américaine, Ethel Lina White. Morte en 1944 donc avant la sortie du film et aujourd'hui quasiment oubliée. Alors qu'au moins deux de ses romans ont donné lieu à des films majeurs de l'histoire du cinéma : celui-ci et The Lady Vanishes, base du film d'Alfred Hitchcock " Une Femme disparaît " ( 1938 ) qui se déroule à bord d'un train, avec un musicologue s'improvisant enquêteur.

Cordialement

Claude LE NOCHER 23/07/2014 16:38

Bonjour Philippe
Comme vous le savez, je ne me pose jamais en « théoricien » du polar, du roman noir, ou ici du film noir. Pas plus que je ne dresserais une liste exhaustive des meilleurs polars ou films de genre (J'ai déjà du mal à dresser une liste en fin d'année des titres à retenir). Si l'on éprouve du plaisir à lire (ou relire) un roman, à voir (ou revoir) un film, c'est l'essentiel. Néanmoins, il est vrai que certains titres sont plus marquants que d'autres. J'ai adoré un film comme « Laura », mais mon préféré d'Otto Preminger reste « Autopsie d'un meurtre ». Autant pour la réalisation que pour les caractères forts des personnages, et pour l'intrigue diabolique. Je crains que les cinéphiles sous-estime ce film-là, au profit de « Laura », par exemple.
Vous citez « The lady vanishes » d'Hitchcock. C'est un de mes films cultes, aussi. L'ambiance train n'y est pas pour rien, c'est certain. Mais, surtout, parce qu'il arrive un moment où on ne cherche plus à savoir, on est tout simplement embarqué dans l'aventure. Quant à mon film préféré français, c'est « Le trou » de Jacques Becker, qui surclasse tous les autres (même « Le Doulos » ou « Garde à vue », deux films que je pourrais revoir en boucle, aussi). Chacun a son panthéon, si l'on peut dire. Toutefois, les livres que vous citez sont très utiles pour se forger un choix, oui.
Par contre, je vous avoue que la vie et l'œuvre de Véronique Genest ne me passionnent pas. Je me souviens d'elle dans « Nana », où elle était parfaite dans le rôle. Quant à Julie Lescaut, j'ai dû en voir dix minutes d'un épisode jadis. Je l'associe à Mathilde Seigner, dans la catégorie des actrices que j'évite. En particulier en interview, car ces dames n'ont pas grand-chose à dire, et le disent mal. Depuis quelques années, outre Sandrine Bonnaire que j'apprécie toujours, il n'y que Sylvie Testud qui trouve grâce à mes yeux. À la fois, un côté « canaille » et un côté « classe » qui me séduit.
Pour en revenir à l'espionnage de l'entre-deux-guerres, je me souviens de « L'horrible mort de miss Gildchrist » de Jean-Toussaint Samat, Prix du roman d'Aventures 1932, qui est un roman qui pourrait être « déterré »… On est à Martigues (en ce temps-là, on disait localement Les Martigues, donc « aux » Martigues). Ça débute façon roman policier avant de prendre une tournure espionnage. Par ailleurs, il faudrait rechercher dans les critiques de Régis Messac, pour retrouver les titres qui ne lui semblaient pas trop décevants.
Amitiés.

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