Pour Noël 1759, le roi Louis XV offre à la population une belle fête autour de la Seine avec un grand feu d'artifice. Ce qui n'empêche pas le lieutenant général de police Sartine de se méfier des réactions du peuple envers la monarchie. Cette nuit-là, un jeune homme vêtu tel un moine est assassiné dans une ruelle sombre. Après un étudiant et un apprenti, ce semble être le troisième meurtre d'une même série, visant des hommes de moins de vingt-cinq ans. Volnay, le commissaire aux morts étrange, et son père toujours attifé en moine mènent l'enquête.
“L'assassin a pratiqué la même méthode d'égorgement que pour les deux précédents crimes et tranché la langue avec son couteau”, constate le Moine. Une lettre écrite en cyrillique indique que le dernier mort serait Russe. Dans un premier temps, aucun autre point commun flagrant n'apparaît entre les trois victimes.
Le duo interroge Mme de Boissie et sa fille muette, qui ont vaguement connu l'étudiant en médecine assassiné. La belle veuve se montre peu coopérative. Volnay engage deux petits mendiants, Séverin et son jeune frère Baptiste, pour observer ce quartier. Dans le même temps, des affiches annoncent une prochaine Fête des Fous, sans en préciser la date. Une ou plusieurs journées prétextes à des débordements, ce qui inquiète fort Sartine. Il a chargé son agente Hélène de découvrir les instigateurs de cette Fête. Ce qui donne au Moine et à la jeune femme l'occasion de renouer intimement.
Diplomate en Russie, le chevalier d’Éon est actuellement à Paris. Sachant qu'il ne dépend pas du ministre des affaires étrangères Choiseul, mais qu'il est proche du roi, Volnay et Sartine ont à l'œil cet orgueilleux personnage. Il affirme ne pas connaître Podovski, le troisième mort.
La piste la plus troublante pour Volnay est celle des jansénistes. Ce mouvement religieux a été développé par le défunt diacre François de Pâris. Des gens se réunissent sur sa tombe, au cimetière Saint-Médard. Il semble s'y produire des miracles. Si des femmes hystériques y retrouvent la santé, comme ont pu le voir Volnay et le Moine, ces séances spectaculaires peuvent aussi bien relever de la supercherie. Le nombre de pratiquants augmente depuis quelques temps. Les parents de Scipion Le Franc, une des trois victimes, s'adonnent à des cérémonies assez brutales à l'abri des regards. Le père Cottu est un diacre janséniste particulièrement excité, qu'on peut suspecter. Le lien entre les trois morts viendrait-il des préparations d'un apothicaire, dites “hivernales”, dans le quartier où vit Mme de Boissie ? Entre la Fête des Fous qui approche et le rôle obscur du chevalier d’Éon, Volnay va devoir démêler les fils emberlificotés de cette affaire...
Après “Casanova et la femme sans visage” (Prix Sang d'Encre 2012) et “Messe noire” (Prix Historia du roman policier 2013), désormais disponibles en poche chez Babel Noir, voici la nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges. On y retrouve avec grand plaisir ce policier qui, s'il est sous les ordres de Sartine, se plaît à contourner son autorité lorsque c'est utile. Il tient cet état d'esprit de son truculent père Guillaume qui, usurpant sans vergogne la qualité de moine, aime à s'amuser. Celui-ci est un érudit qui reste un partisan du progrès, tant scientifique que social. La seule qui sache l'émouvoir, c'est la séduisante Hélène, mais il n'oublie jamais qu'elle est employée par Sartine. De son côté, Volnay se montre assez maladroit avec l’Écureuil, sa jeune amie, ex-prostituée employée grâce à lui dans une librairie.
On croise dans cette intrigue le fameux chevalier d’Éon (1728-1810). Il nous est présenté comme un personnage ambitieux, dont la réussite est certainement légitime, s'impliquant sans doute un peu trop dans des secrets internationaux. Par ailleurs, on peut compter sur le Moine pour nous expliquer en détails les origines de la Fête des Fous, où s'inversaient les valeurs traditionnelles. Autre élément mis en valeur ici, le jansénisme. Ce mouvement ultra-religieux et politique apparaît avoir engendré, au nom d'une foi aveugle, d'étranges pratiques proches de la démence. À ce stade du règne de Louis XV, la contestation monte au sein de la population, prenant diverses formes comme celle-là. La fébrilité de Sartine témoigne des inquiétudes du pouvoir royal. C'est toute cette ambiance qui, au-delà d'une simple enquête, séduit dans ce roman et dans cette excellente série. Une fois de plus, Olivier Barde-Cabuçon nous a concocté un suspense historique très convaincant.