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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 05:55

Parmi les nouveautés au format poche sortant en ce mois de janvier 2014, on peut en retenir deux publiés dans la collection Babel Noir. Qu'on apprécie les véritables histoires de “privés”, ou qu'on aime se plonger loin dans notre Histoire, deux suspenses de très belle qualité.

 

Walter Mosley : "Le vertige de la chute"

À New York en 2008, Leonid McGill est un détective privé Noir âgé de 53 ans. Il s’est débrouillé pour obtenir de vastes bureaux dans le luxueux Tesla Building. Aura Ullman, son amie de cœur et administratrice de l’immeuble, est protectrice à l’égard de McGill. Par ailleurs, la vie de famille du détective ressemble fort à un ratage complet. Bien que tous ne soient pas de lui, il aime ses enfants. Tout particulièrement ce futé qu’est Twill, dont il surveille la messagerie web. Car, aussi débrouillard soit-il, le jeune homme risque d’être impliqué dans une sale affaire. McGill pratique encore la boxe chez son ami Gordo, pour se défouler.

S’il s’est désormais assagi, le détective utilisa longtemps des méthodes violentes, au service de caïds locaux. L’un d’eux, le truand Tony le Costard, l’engage pour une histoire tordue. Il s’agit de cibler un comptable gênant pour le caïd. Bien que McGill ne puisse refuser, il jouera le coup à sa manière. Le détective a accepté une mission pour Thurman, un de ses confrères d’Albany. Quatre hommes à retrouver, dont il ne connaissait que les sobriquets d’ados des rues, datant d’une quinzaine d’années. Après avoir transmis ses infos à Thurman, ces types sont assassinés. McGill s’en veut, il n'aurait pas dû accepter juste pour rembourser ses dettes. Il se rend à Albany, afin de dénicher le prétendu Thurman, qui se nomme Norman Fell...

Sans doute parce qu’il ne cache pas ses ambiguïtés, ses imperfections passées et présentes, McGill est un personnage qu’on aime d’emblée, sans restriction. Qu’il rencontre le puissant conseiller occulte new-yorkais Rinaldo ou une petite frappe comme Eddie Jones, McGill utilise son expérience de la vie pour ne jamais se laisser déstabiliser. Discernement qui lui permet d’être parfois bienveillant, voire d’éprouver une part de tendresse pour certaines personnes. Vieilles méthodes et techniques actuelles se côtoient dans cette enquête agitée, non dénuée d’humour. Quel plaisir de savourer une authentique histoire de durs-à-cuire, riche en pugilats et en coups bas ! Walter Mosley s’inscrit dans la lignée des précurseurs du roman noir, Dashiell Hammett ou Raymond Chandler. Il respecte idéalement cette grande tradition. Mosley est aussi héritier de Chester Himes, évoquant la place des Noirs dans la société américaine actuelle. On peut retrouver McGill dans “Les griffes du passé” et “En bout de course”.

Walter Mosley et Olivier Barde-Cabuçon, en poches chez Babel Noir

Olivier Barde-Cabuçon : "Messe noire"

Décembre 1759, froid et neige sévissent sur Paris. Le lieutenant général de police Sartine veille à la tranquillité du règne de Louis XV. Ses “mouches” surveillent la population. Les hommes du guet patrouillent afin de rendre les rues plus sûres. Pourtant, on retrouve cette nuit-là deux corps dans un cimetière. L'un en est le gardien, qui semble être mort de peur. L'autre est celui d'une gamine de douze ans environ. Son cadavre nu gît sur une pierre tombale. Âgé de vingt-cinq ans, doté du titre de commissaire aux morts étranges, Volnay est un enquêteur déjà expérimenté. Il est assisté par une sorte de moine hérétique qui n'est autre que son père. Près de la fillette étranglée, le duo repère les traces d'une messe noire ayant réuni trois hommes et deux femmes. L'autopsie réalisée par le moine montrera que la jeune victime a été droguée, mais qu'elle est restée vierge. Piètre consolation, et ça n'explique guère comment l'enfant a été mêlée à une messe satanique.

Sartine suit de près l'enquête de Volnay. Il lui impose une femme masquée, surnommée Hélène de Troie, en laquelle le commissaire n'a pas confiance. Par contre, le moine ne paraît pas insensible au charme de l'espionne de Sartine. Certaines rues de Paris grouillent de nécromanciens, vendant de la sorcellerie sous toutes ses formes. Le moine y a gardé des contacts. La fillette est identifiée. Fille de M.Marly, astrologue, elle se prénommait Sophia. À part un chien crasseux, elle ne fréquentait pas grand monde. Elle fut impliquée dans une altercation avec un voisin, au sujet de ce chien. Cet animal suit aujourd'hui Volnay, avant que le moine ne le recueille chez lui. Une équipée nocturne amène le duo à croiser des déterreurs de cadavres, avant d'être pourchassés par des malfaisants, peut-être satanistes...

Après “Casanova et la femme sans visage” (déjà disponible chez Babel Noir), une affaire aussi troublante qu'énigmatique pour Volnay, commissaire aux morts étranges. Les pratiques de sorcellerie étaient très présentes dans le quotidien du 18e siècle. Simples amulettes ou appel à de prétendus magnétiseurs, c'était un commerce florissant, mais ordinaire. Le cas des messes noires, rituels macabres inversant les cérémonies chrétiennes, fut sans doute plus exceptionnel. L'ambiance de cette époque est restituée d'une belle façon imagée. On a plaisir à suivre Volnay, le moine et Hélène dans les sombres cimetières ou les ruelles mal famées de Paris. On sent aussi le poids des suspicieuses hautes sphères d'alors, via le personnage de Sartine. Érudit adepte des Lumières, préconisant l'utilisation des empreintes digitales et ayant compris l'importance de l'inconscient, le curieux moine vole presque la vedette à Volnay.

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commentaires

P
Merci beaucoup pour le lien que je regarderai après un peu de repos.

L'enfant du maquis
Claude ( ou Paul selon les sites mais sur le livre c'est Claude ) Couderc
Editions Coop Breizh, juin 2013

Page 2 :

Note de l'auteur

Cet ouvrage n'est pas un récit historique. C'est une fiction. S'il fait parfois référence à des situations vécues, ces situations sont adaptées pour les besoins de l'intrigue. Et si certains lieux de Quimper servent de toile de fond, ils ne prétendent pas restituer précisément la réalité.
Enfin, selon la formule consacrée, toute ressemblance avec des personnage existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. Cette histoire a cependant pour but de rendre hommage à tous ceux qui ont eu le courage de combattre les nazis en France et plus particulièrement en Bretagne.

( Ce n'est pas un copier-coller. C'est moi qui recopie le livre en main. )

Dépôt légal
2e trimestre 2013

ISBN :
( Je me dispense de le recopier, il est visible par exemple sur le lien Amazon.fr ci-dessous qui présente la quatrième de couverture.
J'ai par coeur en tête votre phrase où vous dîtes que vos chroniques sont issues de lectures intégrales des livres en question, alors que d'autres commentent à partir de la quatrième de couverture. )

copyright Editions / Embannadurioù COOP BREIZH , 2013
Kerangwenn 29540 Spézet / Speied
Tous droits réservés Pep gwir miret strizh

www.coop-breizh.fr

http://www.amazon.fr/gp/product/2843466105/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=&seller=

Voilà où j'ai vu la fameuse phrase et ce qu'elle veut dire, " Tous droits réservés " .
Je n'ai pas résisté au plaisir de citer une phrase dont je venais juste de lire le sens.
Et puisque nous parlions de droits d'auteur et artistiques il y a quelques jours.

http://coopbreizh.wordpress.com/tag/couderc/

http://www.letelegramme.fr/local/finistere-sud/quimper/ville/livre-l-enfant-du-maquis-de-claude-couderc-25-06-2013-2149234.php?utm_source=rss_telegramme&utm_medium=rss&utm_campaign=rss&xtor=RSS-21

Très bonne critique. Qui dit entre autre :

" Autre anachronisme : entre les deux guerres et longtemps après, les prénoms bretons ne seront pas en usage. La famille Le Goarnic a longtemps bataillé contre l'administration qui refusait de reconnaître des enfants portants un tel prénom. "

Je ne connaissais pas l'auteur et n'acquiers que rarement des livres de chez Coop Breizh. Mais j'ai vu et acheté ce roman jeunesse hier en librairie où j'étais en premier lieu pour " Anne Frank au pays du manga " , une BD réalisée en collaboration avec la chaîne Arte, en rapport avec un documentaire - s'il a déjà été diffusé, je l'ai manqué - sur le même sujet.

http://www.amazon.fr/gp/product/2352042828/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=&seller=

Un album qui aborde la question de la méconnaissance de l'Holocauste au Japon, alors même que le Journal d'Anne Frank y est beaucoup vendu et apprécié comme ailleurs.
Dans les dernières pages on parle de la petite Sadako Sasaki, née en 1943, exposée au bombardement atomique d'Hiroshima et morte de leucémie en 1955.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sadako_Sasaki

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gende_des_1000_grues

http://fr.wikipedia.org/wiki/Monument_de_la_paix_des_enfants

Son histoire est peu connue en Occident.
Je ne la connaissais déjà que pour l'avoir lue dans Je bouquine ou D-lire, ces revues mensuelles jeunesse, en 2012.
Et aussi par le roman " Les oiseaux reviennent à Hiroshima " de Viviane Koenig et Masako Mizuta, paru en août 2012 chez Oskar. Qui est la version longue de la nouvelle dans la revue.

http://www.amazon.fr/gp/product/2350009262/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=&seller=

Je vois à l'instant qu'il y a un autre roman jeunesse, de 2011 :

Les mille oiseaux de Sadako
Eleanor Coerr (Auteur), Marc Daniau (Illustrations), Frédérique Fraisse (Traduction)
Milan, Poche Cadet, septembre 2011

http://www.amazon.fr/gp/product/274595492X/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=&seller=

Je vois que le livre est paru en anglais il y a longtemps, en 1977:

http://en.wikipedia.org/wiki/Sadako_and_the_Thousand_Paper_Cranes

Lettres à Anne Frank
Miyoko Matsutani
1978 ; en français, Livre de poche, 1988

http://www.amazon.fr/gp/product/2010138392/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=&seller=

Le premier livre je crois, pour enfants ou adultes et fiction ou non-fiction confondus, traduit en français à parler de la méconnaissance de l'Holocauste au Japon.
Une petite Japonaise dans les années 1970 n'a encore jamais entendu parler d'Anne Frank. Elle se voit offrir son journal. Sans avoir vraiment commencé à le lire - elle sait seulement que c'est une fille qui a vécu pendant la guerre - , elle tient son propre journal où chaque jour elle s'adresse à Anne ( tout comme Anne s'adressait à son amie imaginaire Kitty ). Elle raconte sa propre vie, son père mort quand elle était toute petite, sa vie avec sa mère et son frère, les problèmes de ce dernier qui se laisse tenter par un engagement dans un parti d'extrême-droite ( ce sujet de l'extrême-droite japonaise était brûlant à l'époque de parution de ce roman en 1978 ). Mais au fil de sa lecture du journal d'Anne, elle en vient à comprendre qui était Anne Frank, sa vie, sa mort et celle de beaucoup de ses proches. Elle présente ses excuses à Anne à la fin du livre pour lui avoir parlé au début de choses bien futiles, de chamailleries à l'école.

Cordialement
Répondre
C
Je ne connais évidemment pas l'histoire de la petite japonaise.
Je relève cette vérité sur le livre de Claude Couderc : "Autre anachronisme : entre les deux guerres et longtemps après, les prénoms bretons ne seront pas en usage. La famille Le Goarnic a longtemps bataillé contre l'administration qui refusait de reconnaître des enfants portants un tel prénom." Ce qui confirme ce que je vous ai déjà dit sur cette question. Les prénoms celtisants ne sont revenus qu'à la fin des années 60, début 70. J'irai même plus loin : vers 1959-60, un père breton insista pour prénommer sa fille Nadine (prénom non régional, pourtant). A la mairie, on tiqua plus que sévèrement, mais ça existait. A l'église, le baptême faillit ne pas se faire, car le curé refusait obstinément. Un arrangement fut trouvé, malgré tout... Cette anecdote pour rappeler que non, on ne jouait guère avec les prénoms il y a encore cinquante ans.
"Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh" Vous ne trouvez pas que ce "strizh" ressemble à "strict" en Français ? Amateur de langage, à la langue bretonne, je préfère "les bretonnismes", qu'un auteur a recensés :
http://www.skolvreizh.com/index.php?page=shop.product_details&flypage=flypage_images.tpl&product_id=214&category_id=1&vmcchk=1&option=com_virtuemart&Itemid=3
Amitiés.
P
Bonjour M. Le Nocher,

" Les Griffes du passé " , c'est sans doute un clin d'oeil au film " La Griffe du passé " , de Jacques Tourneur il me semble ?
Mais connaissez-vous les titres originaux anglais respectifs de ce film et du roman de Walter Mosley ? La traduction française n'est pas forcément littérale ?
C'est une question, je ne connaîs pas la réponse.

Par ailleurs, vous n'êtes pas forcément bretonnant. Mais d'après vous - dîtes-moi avant de rechercher dans un moteur ou un traducteur - , que veut dire " Pep gwir miret strizh " ?

Quand vous m'aurez dit soit ce que cela veut dire soit que vous ne savez pas, je vous dirai où j'ai vu cette phrase hier.
Je ne parle pas breton, je ne connaîs la traduction que parce qu'elle était à côté.

Cordialement
Répondre
C
Bonjour Philippe
Concernant Walter Mosley, je vous recommande cet article, où il rappelle que vivre au pays de la liberté ne signifie pas être libre, ce qu'un Noir avec son vécu mesure trop bien :
http://www.thedailybeast.com/articles/2013/07/18/living-in-the-land-of-the-free-doesn-t-make-you-free.html
Euh, essayez de le lire en anglais, car la traduction automatique donne des contre-sens et trop d'approximations.
" Pep gwir miret strizh " ? Aucune idée car, non, je ne vais pas partie des locuteurs en langue bretonne.
Ah, ça me rappelle ces tee-shirts (vendus il y a quelques années) ayant pour illustration un idéogramme chinois, ou un caractère japonais... Dont on s'aperçut ensuite qu'il s'agissait de mots vulgaires, voire insultants pour les porteurs de ces tee-shirts. Attention à ce qu'on ne sait traduire !:
Amitiés.

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