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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 10:01

L'éditeur François Guérif symbolise le roman noir américain ou international, aux yeux des lecteurs qui le connaissent comme créateur de la collection Rivages/Noir, après avoir lancé de précédentes collections similaires. Ce serait négliger certaines des bases de sa culture polar. Dans “Du polar”, livre d'entretiens avec Philippe Blanchet, publié en 2013 dans la collection Manuels Payot, il s'exprime aussi sur les romanciers français. Bien sûr, Léo Malet, Jean-Patrick Manchette, et Pierre Siniac tiennent une place dans son propos et dans son cœur. Il y eût aussi une autre rencontre, capitale pour lui : Michel Lebrun.

« C'est quelqu'un d'important pour moi. Je l'ai connu en 1972/73, en travaillant sur ce projet de livre sur le cinéma policier français, avec Stéphane Lévy-Klein. À l'époque, je le voyais comme un auteur mineur des Presses de la Cité. Et ce fut une rencontre formidable. Après l'interview, je me suis précipité chez les bouquinistes, sur les quais, pour acheter ses livres. Et lui avait été touché par ces deux jeunes gens qui s'intéressaient à son travail. Il a tout de suite proposé de nous aider. Michel avait un côté encyclopédiste. Il connaissait énormément de choses, et c'était quelqu'un de délicieux. On est devenus très amis […] Il a dû écrire une centaine de romans policiers, sous pseudonymes et sous son nom... Bon certains de ses livres étaient très mauvais, notamment les plus vieux. Mais il y a plein de bouquins sympas...» (Désolé de vous contredire, M.Guérif, mais il n'y a quasiment aucun mauvais titre parmi les romans de Michel Lebrun publiés dans les années 1950/60.)

François Guérif : Du polar (Éditions Payot, 2013)

En disant grand bien de deux romanciers incontournables, François Guérif surprendra certainement ses admirateurs. Du moins ceux qui, ayant des œillères, ne défendent que le roman noir pur et dur, et détestent autant Georges Simenon que Frédéric Dard.

« Simenon écrit des choses qui peuvent être assimilées au roman noir. D'une certaine façon, Maigret est un détective on ne peut plus classique. Mais en même temps, c'est du pur roman noir, dans le sens où ça n'est pas tellement l'identité du coupable qui compte, mais la manière dont Maigret écoute, regarde, s'imprègne de la personnalité même de l'assassin... Très souvent, il ne juge pas, d'ailleurs. En plus, à côté des Maigret, Simenon écrit toute une série de romans très noirs […] Non, pas “à la manière de”... Au contraire, il est pour moi l'exemple même de quelqu'un pour qui le roman policier, c'est un roman social par excellence. Et quand il est aux États-Unis, il n'écrit plus du tout sur ce qu'il a vu en France, mais sur ce qu'il voit sur place. C'est ce reflet qui l'intéresse. »

Quant à Frédéric Dard, Guérif n'est pas moins élogieux à son sujet :

« Je dois dire que c'est un auteur que j'ai découvert sur le tard. Je dois dire qu'à l'époque, je n'aimais pas beaucoup San Antonio ? Je trouvais ça très inégal [...] Mais il y avait l'autre Frédéric Dard que j'aimais bien. Celui des romans noirs et romantiques. Ils n'étaient pas toujours très bien construits, mais il y avait une vraie atmosphère de poisse qui planait comme ça, au-dessus des gens. [Première rencontre] Je me souviens très bien que j'étais un petit peu intimidé. Frédéric Dard, c'est un monument tout de même. Et je dois dire que ça a fonctionné tout de suite. S'il y a quelqu'un qui n'était pas difficile d'accès, ni prétentieux, ni imbu de lui-même, c'était bien lui ! [Il a] une place un peu à part. D'abord, un auteur incontestablement bien ancré dans la littérature populaire, qui commence sa carrière avec des romans noirs.

« […] Il y a un côté André Héléna, un côté poisse qui est très intéressant chez Frédéric Dard. Quelle que soit l'histoire, on sent dès le début cette espèce de prédestination qui, de toute açon, ne peut que mal se terminer […] Dard est un romancier noir, tout comme Léo Malet. Ils se connaissaient et ils s'aimaient bien. Je sais que Léo Malet disait du bien de Frédéric Dard. Et puis franchement, c'est vrai que les quelques fois où j'ai rencontré Frédéric Dard, c'était un homme délicieux […] Que ce soit Pierre Siniac, que ce soit Léo Malet, Frédéric Dard ou Albert Simonin, c'étaient des gens que tu aimais fréquenter. »

Si, par ailleurs dans ce livre, François Guérif évoque quantité d'auteurs américains, ces passages sur les écrivains français mérite autant d'être retenus.

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commentaires

P
Je vois que, si la première version de " Pas d'orchidées pour miss Blandish " ( 1948 ) - roman de 1939, révisé en 1952 - avait le même titre que le livre, celle de 1971 de Robert Aldrich avec Kim Darby a pour titre original " The Grissom Gang " .

http://en.wikipedia.org/wiki/No_Orchids_for_Miss_Blandish_(novel)

http://en.wikipedia.org/wiki/No_Orchids_for_Miss_Blandish_(film)

http://en.wikipedia.org/wiki/The_Grissom_Gang

Et que l'acteur principal, Scott Wilson, est celui qui a plus tard joué le rôle de Sam Braun, le père de Catherine Willows ( Marg Helgenberger ) dans la série " Les Experts " .

http://en.wikipedia.org/wiki/Scott_Wilson_(actor)

Ce qui peut laisser supposer que c'est du film de 1971 que les scénaristes des " Experts " ont tiré le nom de Gil Grissom ( William Petersen ).

Par ailleurs, voici ( je recopie tout car c'est court ) un article à la page 34 de la revue Naturisme Magazine n° 27 ( décembre 2013 - janvier 2014 ) sur " Les Enquêtes de Murdoch " .

" Télévision
Murdoch : une série télé appréciée

Revenue depuis peu sur France 3, la série policière canadienne Murdoch présentait le dimanche 27 octobre un épisode intitulé " Murdoch au naturel ", l'enquête menant l'inspecteur dans un camp fréquenté par des naturistes, après la découverte d'un cadavre à proximité.
De l'avis de tous, un téléfilm fort sympathique envers le naturisme, l'une des héroïnes principales s'en déclarant adepte.

Il est toujours accessible en replay sur Internet, sur le site de France 3. "

Cordialement
Répondre
C
Merci pour ce témoignage, Philippe.
Pas question pour moi de présenter ce livre comme on le ferait d'un roman. Vous le savez, je n'ai pas attendu "Du polar", ni même qu'il créé Rivages/Noir pour suivre François Guérif. Je fus sûrement un des premiers à acheter "Le cinéma policier français" aux Ed.Henri Veyrier , il y a pas loin de trente-cinq ans. On ne pourra pas me taxer d'antipathie envers Guérif, du moins faudrait-il être stupide pour ça.
J'ai donc préféré citer ces petits extraits, pour évoquer ce livre. Afin de montrer surtout qu'on acquiert pas une "culture polar" en lisant quelques bouquins, fut-ce les meilleurs romans noirs. Guérif a su dépasser les préjugés, les chapelles, même s'il reste dans ce livre un peu trop sévère avec les auteurs du Fleuve Noir d'antan. C'est parce qu'il a lu aussi bien Sherlock Holmes (et le livre de Conan Doyle que vous citez) que les grands de la littérature populaire, qu'il est le spécialiste François Guérif.
Amitiés.
P
Bonjour M. Le Nocher,

J'avais parlé à François Guérif quand il était venu présenter ce livre, Philippe Blanchet étant là aussi, à la librairie Atout-Livre à Paris 12ème il y a quelques mois.
Il a accepté de me dédicacer un livre dont il n'était pas l'auteur, " Les fées sont parmi nous " , chez Jean-Claude Lattès, 1997, l'édition française de " The Coming of Fairies " ( 1922 ) d'Arthur Conan Doyle sur les fées de Cottingley. Il m'a dit l'avoir lu.
Pendant cette soirée, François Guérif n'a pas seulement parlé de polar ou roman noir, mais aussi du roman western et du fait que ce genre n'était pas apprécié à sa juste valeur, même quand tel livre avait donné lieu à un film de western qui, lui, avait fait date. Ainsi " Warlock " , roman mésestimé à l'origine du film " L'homme aux colts d'or " ( 1959 ) d'Edward Dmytryk avec Henry Fonda, Richard Widmark, Anthony Quinn, ou le roman ( si méconnu que le titre exact ne me revient pas ) qui a inspiré " Johnny Guitare " ( 1954 ) avec Joan Crawford, Sterling Hayden, Ward Bond.
Il a pu indiquer la référence qui m'échappait, le livre ayant été adapté sous le titre " Le Dernier des géants " ( 1976 ), le dernier rôle de John Wayne ( où il y a Ron Howard, le Richie de Happy Days, devenu réalisateur de films bien connus ) : " Le tireur " ou " Une gâchette " , de Glendon Swarthout, récemment réédité en français chez Gallmeister.
J'avais oublié, j'y ai pensé après la soirée, de lui demander l'auteur du roman " True Grit " qui a inspiré le film homonyme en anglais, " Cent dollars pour un shérif " en français ( film de 1969 ), d'Henry Hathaway, toujours avec John Wayne. Film où brille la jeune Kim Darby ( qui à 22 ans jouait le rôle d'une fille de 14 ), qui n'a pas eu beaucoup de rôles aussi remarquables ensuite. Quand même entre autres une adaptation d'un polar de James Hadley Chase, " Pas d'orchidées pour miss Blandish " .

Cordialement
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