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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 05:55

New York, 1985. Célibataire âgé de quarante-deux ans, Léonard Karlov est un enquêteur chevronné de la police. Deux jeunes femmes viennent d'être poignardées successivement dans leurs appartements de Manhattan. Pas mariées, elles semblent avoir laissé entrer leur assassin sans se méfier. Karlov ne révèle pas publiquement un indice essentiel : on a trouvé des gondoles en papier près des têtes des victimes. Le policier note que l'assassin a méticuleusement fait le ménage après son passage. Réunissant les proches des jeunes femmes, Karlov ne tire guère d'indices de leurs témoignages. Un troisième crime identique est commis. Alors que monte la pression publique, le policier peut compter sur le soutien du Dr Harold Kramer, médecin légiste. Karlov décompose les gondoles en papier. Elles ont été faites avec des journaux de Chicago datant d'environ vingt ans.

Grâce à son ami Jim Hurley, policier de l'Illinois mis à la retraite, Karlov va obtenir une sérieuse piste. Everett Morton Howe assassina une jeune fille en 1965, après être entré chez elle sans qu'elle se méfie. Il fut interné en psychiatrie. Sorti quelques années plus tard, on l'enferma à nouveau pour tentative de viol. Il s'évada trois ans après, sans qu'on le retrouve. Récemment, il fut interpellé sans suite par un agent de police, sous un faux nom. La piste mène chez son employeur, qui le considérait comme un comptable fiable.

Circulant dans une Ford rouge, le tueur se fait passer pour un réparateur de télévisions. Il surveille les victimes visées avant d'agir. Malgré de menus incidents, l'assassin commet un quatrième meurtre. Les différences remarquées ici par Karlov ne sont pas significatives. Le journal de 1963, utilisé pour la gondole, vient cette fois de la petite ville de Winnetka.

Laura Barnett est fiancée à l'avocat Glen. Si elle a suivi la série de meurtres, ce sont surtout les petits cadeaux anonymes qu'elle reçoit qui l'inquiètent. Ils ne proviennent pas de Glen. Dans un premier temps, l'avocat la rassure autant qu'il peut. Mais Laura est de plus en plus certaine que c'est l'œuvre de Jason, son ancien petit ami. La police admet que Jason ne mène pas une vie équilibrée, mais il ne paraît pas dangereux. Le réparateur à la Ford rouge contacte Laura sous un prétexte. Dans le même temps, il a commis un cinquième assassinat. La police du quartier de Brooklyn vient d'arrêter Everett Howe, sans en aviser Karlov. Celui-ci démontre vite que les aveux de Howe sont sans valeur. Émettant des hypothèses tous azimuts, le policier trouve un point commun entre les victimes. Il s'agit maintenant de piéger le coupable...

William Katz : Violation de domicile (Presses de la Cité, 2013)

Quand on parle d'un bon livre, il n'est pas indispensable d'utiliser des étiquettes genre “thriller” et autres arguments se voulant percutants. Il s'agit là d'un suspense authentique dans la meilleure tradition, celle des romans d'enquête alliant questions et péripéties. Né de parents Russes, policier compétent n'ayant guère recours aux analyses de la science, le héros n'éprouve que très peu d'états d'âme. C'est un instinctif, utilisant ses relations et son flair pour progresser dans ses investigations. Certes, il n'avance pas assez vite pour empêcher quelques nouveaux crimes, mais cet enquêteur pur et dur ne renonce pas.

La construction du récit est habile. Outre les indices collectés par Karlov, des scènes nous montrent l'assassin rôdant autour de ses victimes, les approchant. On comprend que Laura, qui apparaît également avec son compagnon Glen au fil de l'affaire, est une des clés du dénouement de cette belle intrigue. D'ailleurs, dans la dernière partie, le rythme du récit s'accélère encore. L'auteur ne cherche pas les effets trop spectaculaires, les mystères glauques ou sanguinolents. Pas nécessaire lorsqu'une histoire est racontée avec fluidité et maîtrise. L'intensité naît naturellement des circonstances criminelles présentées. De forme classique, voilà un suspense très réussi.

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commentaires

O
Bonjour Claude
J'avais bien aimé ce roman tout comme Fête fatale du même auteur, etil est dommage que l'auteur n'ai pas produit plus de romans.
A l'intention de Philippe, pardon Monsieur Philippe, je tiens à préciser que Violation de domicile (Open house en américain) à été publié en 1985 aux USA et traduit en 1987 pour les Presses de la Cité. Ensuite il a été effectivement réédité chez Pocket en 1992 je crois puis encore une fois...
Amitiés
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C
Salut Paul
J'allais apporter ce correctif, quand j'ai lu ton message (d'où l'intérêt de lire l'intégralité des textes, quels qu'ils soient). En effet, c'est du suspense comme on les aime, pas inutilement pesants avec des effets horrifiques parfois agaçants, mais solidement construits. Comme tu l'as traité récemment, j'ai attendu quelques jours de plus avant de le lire et de le chroniquer. Amitiés.
P
Je vois à l'instant que la première édition française de " Violation de domicile " était en 1997 chez Pocket, ce qui réduit l'espace de temps entre l'époque de l'histoire et celle de parution du roman.
Je pense néanmoins que ce que j'ai abordé reste valable, encore qu'en 1997 les tests ADN tout en existant n'étaient pas systématiquement pratiqués dans toute affaire criminelle.
Il y a toujours un décalage dans le temps entre l'invention d'une technique et son application systématique, dans le domaine criminel comme dans d'autres. La technique de relevé des empreintes digitales a été inventée vers 1885 - 1890 , mais n'a pas tout de suite eu une application généralisée.
C'est ce que m'a dit Nathalie Ferlut à sa dédicace. Auteur de BD, elle a fait l'album " Eve sur la balançoire - Conte cruel de Manhattan ( Casterman, octobre 2013 ) sur l'histoire d'Evelyn Nesbit, jeune femme mondaine, modèle et égérie, dont la carrière fut brisée en 1906 - 1907 par le meurtre commis par son ex-mari, le millionnaire Harry Thaw, sur la personne de l'architecte Stanford White. Sur le toit d'un célèbre immeuble de Manhattan.
Ce cas avait été mis en scène par le réalisateur américain Richard Fleischer dans son film " La fille sur la balançoire " ( The Girl in Red Velvet ) ( 1955 ) avec Ray Milland ( le méchant de " Le crime était presque parfait " , 1954, d'Alfred Hitchcock ).
L'affaire Thaw n'a jamais été très connue en dehors des Etats-Unis et même là-bas elle est quasiment oubliée. Pourtant elle est très représentative de son époque, le Gilded Age, un temps très brillant de l'Histoire du pays, entre la Reconstruction Era ( après la guerre de Sécession ) et la Première Guerre mondiale, où les Etats-Unis avaient détrôné le Royaume-Uni comme première puissance mondiale, une économie prospère, un début de siècle riche en inventions technologiques.
C'est à propos de l'affaire Thaw qu'a été forgée l'expression, adoptée à outrance par les médias, de " crime du siècle " , Murder of the Century. Une expression plutôt à comprendre comme très grand crime, comme le " casse du siècle " , et non pas au pied de la lettre. Puisqu'il faudrait attendre logiquement qu'un siècle soit achevé avant de parler de tel record de ce siècle.
Pour preuve, on a qualifié de " crime du siècle " plusieurs affaires du 20ème siècle, dont l'affaire Leopold et Loeb à Chicago en 1924 ( ces deux étudiants fascinés par la théorie du surhomme de Nietzsche et qui avaient voulu l'appliquer en commettant le crime parfait, tuer le jeune Bobby Franks, cas qui inspira entre autres le film " La corde " , 1948, d'Hitchcock, ou Compulsion - Le génie du mal, 1958, de Fleischer ). Puis l'affaire du kidnapping et de la mort du fils de l'aviateur Charles Lindbergh en 1932. Puis les crimes non plus commis par des individus isolés mais collectifs : crimes nazis, soviétiques ou autres. Bien d'autres cas ont été appelés " crime du siècle " , de façon abusive. C'est surtout le bouleversement de l'opinion publique au moment des faits qui a entraîné l'usage de l'expression pour telle affaire.
Sans doute n'est-ce pas plus mal que depuis quelques années - ou dizaines d'années - on semble avoir perdu l'habitude de parler de " crime du siècle " .
Donc, j'ai un peu perdu le fil. Mais Nathalie Ferlut me disait, la conversation à partir de son album s'étant orientée sur d'autres affaires criminelles, que dans celle, célèbre, de Lizzie Borden ( en 1892 à Falls River dans le Massachusetts ), accusée d'avoir tué son père et sa belle-mère avec une hache, et acquittée faute de preuves de sa culpabilité - et aussi pour une faute de procédure dans l'énoncé de ses droits devant un jury - , il n'avait pas été jugé utile de relever les empreintes digitales dans la maison, scène de crime.
En parlant de Sherlock Holmes, on a souvent fait remarquer que l'analyse des empreintes est la grande absente de ses aventures, alors que Holmes est considéré comme précurseur de la police scientifique et que cette technique avait été inventée. Certes, elle n'existait pas en 1881 quand Holmes est apparu dans le Strand Magazine. Mais Arthur Conan Doyle aurait pu quand elle a été inventée l'incorporer dans les enquêtes de Holmes, ce qu'il n'a jamais fait.
Ceci s'inscrit dans une tendance plus générale qu'on a remarquée : le fait que l'Angleterre des romans et nouvelles de Doyle mettant en scène Holmes ne correspondait pas à l'Angleterre telle qu'elle était en réalité à l'époque de parution des histoires. Avec Holmes et Watson, on se déplace certes en train, mais encore beaucoup en voitures à cheval. Même dans des histoires parues après l'avénement de l'automobile. On téléphone peu, alors que le téléphone avait été inventé en 1876 avant même la création de Holmes. Pas de mention du cinéma. Une Angleterre où l'on croise pas mal de gentlemen-farmers, visiblement encore bien rurale dans certaines histoires, alors que le pays s'était lancé depuis longtemps dans la voie de l'industrialisation.
L'Angleterre de Holmes semble parfois figée dans le temps - malgré des références à l'actualité comme cette histoire située en 1902 qui mentionne la mort de la reine Victoria en 1901 et la guerre des Boers ( occasion de l'invention des camps de concentration longtemps avant les Nazis ou les Soviétiques ) - . Doyle n'y a pas intégré des éléments apparus dans la réalité. Et pourtant, dans sa vie privée, Doyle se tenait constamment au courant des progrès techniques et autres. Il a été l'un des premiers hommes de sa région à acheter et à conduire une automobile. Il avait chez lui le téléphone, l'électricité, la radio. On a relevé le décalage entre le monde qu'il peignait dans Sherlock Holmes et le monde réel qu'il ne refusait pourtant pas.
Dans une histoire, un client vient voir Holmes pour une affaire tout en ne lui cachant pas qu'à ses yeux Holmes n'est que le deuxième plus grand enquêteur d'Europe. Holmes s'enquiert de l'identité du plus grand, le client répond Alphonse Bertillon. Et d'expliquer pourquoi néanmoins il vient voir Holmes et non Bertillon !
Bertillon est l'inventeur de l'anthropométrie, on connaît son immense et réelle contribution à la police scientifique. Pourtant, quelques bémols. Il s'est fourvoyé dans l'Affaire Dreyfus ( avec un A majuscule à l'époque ), allant à l'encontre de ses propres préceptes. Dés le début, il était convaincu que Dreyfus avait écrit les bordereaux. Alors qu'on n'est pas censé fixer d'avance le résultat de son expertise. Bertillon a examiné l'écriture de Dreyfus sous la dictée et l'a comparée à celle des bordereaux. Si cela avait été la même, il aurait conclu que Dreyfus était bien l'auteur des bordereaux. Mais elles étaient différentes. Au lieu de conclure que c'était un autre qui avait écrit les bordereaux, Bertillon disait voir dans la différence d'écritures la preuve que c'était Dreyfus ! Car, disait-il, Dreyfus savait qu'on voudrait connaître son écriture et l'avait donc modifiée en écrivant les bordereaux ! Un raisonnement abracadabrant et qui pourtant fut retenu, contribuant - parmi beaucoup d'autres éléments - à l'erreur judiciaire qu'on sait.
L'autre bémol, c'est que Bertillon encore aujourd'hui est souvent crédité comme étant l'inventeur de la technique de relevé d'empreintes digitales. Le vrai inventeur était un nommé Vucevitch, mort dans l'anonymat en 1925 onze ans après Bertillon, et qui étant venu voir ce dernier pour lui soumettre son invention, fut vertement congédié par lui. Par la suite, la technique fut finalement adoptée, Bertillon injustement crédité par ses contemporains et par l'Histoire et Vucevitch oublié. Jusqu'à ce qu'il soit redécouvert il y a quelques dizaines d'années.
Mais comme je le disais de nos jours subsiste l'idée reçue d'après laquelle Bertillon serait le " père " des empreintes digitales.
Vucevitch est évoqué dans " Grands flics de légende " de Charles Diaz - ancien flic, contrôleur général de la Police Nationale et auteur de deux livres sur les Brigades du Tigre - , paru chez Jacob-Duvernet en 2010. Un ouvrage qui a l'originalité d'évoquer aussi bien des policiers réels ( Charles Pellegrini, Martine Monteil, Frédéric Péchenard, Robert Broussard, Xavier Guichard ou La Reynie le lieutenant général de police de Louis XIV ) que de fiction ( Columbo, Maigret, Derrick, l'inspecteur Harry ), la liste est bien plus longue que ces noms qui me viennent en tête.

Cordialement
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C
Certes, mon cher Philippe, l'Histoire retient le nom de Bertillon, alors qu'il ne fut pas seul à envisager de collecter des données sur les criminels. Peut-être fut-il le plus constant dans "l'invention" de techniques nouvelles, car le "bertillonnage" évolua de son vivant. Il se trompa dans le cas de Dreyfus, tout simplement à cause de ses préjugés, s'éloignant certainement de la logique scientifique. Ces préjugés concernant Dreyfus, il me semble vous l'avoir déjà dit, avaient encore cours dans des familles bourgeoises voilà une petite vingtaine d'années : pas question d'en démordre, nos aïeux avaient raison, Dreyfus était coupable (puisque Juif).
L'habileté de Conan Doyle consiste à peu dater ses nouvelles. Ce qui se comprend car l'ère victorienne se poursuivit au-delà de la mort de la reine, avec ses habitudes et ses mœurs. Certes, le téléphone existait, Doyle en possédait peut-être un, mais sa généralisation (même dans les classes aisées) fut plus tardive. C'est le conteur Lucien Gourong qui raconte que sa mémé, qui tenait un bistrot sur l'île de Groix (dans les années 1930, je pense), avait fait poser le téléphone, service public oblige. Mais quand l'appareil se mettait à sonner, la mémé imposait à tous les clients un grand silence, regardait le téléphone intensément avant d'aller "l'affronter" comme une bête de mauvais augure.
Amitiés.
P
Rebonjour M. Le Nocher,

Si, j'ai retrouvé.
Vous voyiez ces articles sur le blog de Philippe Poisson.

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-sur-les-traces-du-crime-97014217.html

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-le-theatre-du-crime-1875-1929-rodolphe-a-reiss-115374793.html

Il s'agit de Rodolphe Archibald Reiss, criminaliste suisse qui fonda l'Institut de police scientifique de Lausanne au début du 20ème siècle.
Livre " Le théâtre du crime 1875 - 1929 " qui lui rend hommage ainsi que le livre de Nicolas Quinche " Sur les traces du crime " aux éditions Slatkine.

J'en profite pour préciser que, tout en ayant la différence en tête, j'ai utilisé le mot criminologue au lieu de criminaliste tout à l'heure.
Voir sur Wikipédia les articles.
Mais en une phrase, la criminologie, c'est l'étude des comportements criminels, des causes, avec des typologies - avec des professions dérivées de celle de criminologue, comme psycho-criminologue, la profession de Chloé Saint-Laurent - Odile Vuillemin dans Profilage sur TF1 - , alors que la criminalistique c'est les éléments de police scientifique pour connaître les faits, tels que le relevé d'empreintes digitales, les tests ADN, la balistique, l'entomologie, étude des insectes - spécialité de Gil Grissom - William Petersen dans les Experts : Las Vegas - .

Je recommande aussi - on y apprend plein de choses qu'un lecteur adulte ne connaît pas forcément, loin de là - le livre de Béatrice Nicodème - auteur de romans dont des polars aussi bien adultes comme des pastiches de Sherlock Holmes que jeunesse comme les enquêtes de Wiggins et autres gamins de Baker Street - " Mais que fait la police " ou " Abécédaire de la police de A à Z " , je ne me souviens guère du titre, avec des illustrations de Charlotte Gastaut, paru en 2011 ou 2012 aux éditions Gulf Stream dans la collection Et toc ! de livres documentaires de jeunesse.
Elle y parle de criminologie et de criminalistique.

Cordialement
Répondre
C
Cher Philippe, j'en profite pour vous annoncer la sortie d'un nouveau livre de Me Dominique Inchauspé "Un homme dans l'Empire". Après quelques ouvrages sur la Justice, il s'agirait cette fois d'une fiction proche du fantastique, assez allégorique si j'en crois la 4e de couverture. Vous pourriez le voir le jeudi 5 décembre de 17h à 20h, à la librairie Litec, 27 place Dauphine, près du Palais de Justice de Paris.
Amitiés.
P
Bonjour M. Le Nocher,

Faut-il voir un clin d'oeil à l'acteur Boris Karloff dont le rôle le plus connu est celui du monstre créé par le docteur Frankenstein ( film de 1931 d'après le roman de 1818 de Mary Shelley ) ? Boris Karloff, lui, n'était pas d'origine russe, c'était un pseudonyme choisi pour correspondre à ce genre de rôles. Il s'appelait William Henry Pratt et c'était un Anglais de souche.
Pensez-vous que, si l'auteur a choisi de situer l'histoire en 1985 plutôt que de nos jours, c'est précisément parce qu'aujourd'hui les tests ADN seraient forcément utilisés ? Puisque vous relevez que c'est un flic à l'ancienne disons, qui n'a guère recours aux analyses de la science. Il lui faut bien composer avec les données scientifiques de son temps, ne serait-ce que par l'intermédiaire du médecin légiste ?
Si l'histoire se passe en 1985, il est alors plus facile de ne pas trop se focaliser sur les analyses de la science, époque d'avant les tests ADN.
Je me rends compte que je mets un peu de poil à gratter. Je goûte comme vous le plaisir de la lecture et j'admire la maîtrise de l'auteur que vous louez. Mais je ne peux m'empêcher d'avoir ces questions en tête.
Car, disons-le, quand on a affaire à un roman ou un film qui se passe en telle année plutôt qu'à notre époque, on a tendance à se demander ce qui fait d'après l'auteur que l'histoire ne pourrait pas aussi bien se passer aujourd'hui.
La réponse va de soi quand l'histoire est bâtie autour de tels événements réels qui ont eu lieu telle année.
Mais autrement à première vue on ne perçoit guère ce qui a poussé l'auteur à choisir une autre époque - même récente - plutôt que la nôtre.
Je me fais la réflexion pour ce roman tout comme, vous vous en souvenez peut-être, pour " La fin de l'innocence " de Megan Abbott, roman à propos duquel je m'interrogeais sur le choix des années 1980 comme époque de l'histoire.
Je remarquais que c'était peut-être pour que les filles n'aient pas Internet ni de téléphones portables, ce qui aurait modifié l'histoire. La fille disparue, Evie, aurait communiqué avec l'autre par leurs portables, et l'autre fille, la narratrice, à un moment se serait inquiétée qu'Evie ne réponde plus. Ou encore la police aurait essayé de localiser le portable d'Evie.
Vous aviez admis que les filles se seraient comportées autrement avec Internet et portables, mais estimé que ce n'était sans doute pas la raison de fond pour avoir situé l'histoire dans les années 1980, plutôt l'idée d'avoir un recul temporel faisant écho au regard d'une adulte sur son enfance. Et aussi l'idée d'une image idéalisée de l'Amérique, d'une époque, à travers le prisme que fabrique le temps.
Petite incidente : il a longtemps été reproché à des séries télé policières françaises - du genre Navarro ou Julie Lescaut - de montrer des affaires d'homicides comme du ressort des commissariats - ceux dont le héros policier est le commissaire - alors qu'en France tout cas de meurtre apparent est de la compétence de la brigade criminelle.
Il y a beaucoup de polars où l'enquêteur improvisé n'est pas un policier chargé de l'enquête ou pas un policier du tout, et serait dans la réalité empêché d'accéder à la scène de crime, qui aurait été gelée par la police scientifique.
Je viens d'acheter - l'ayant déjà mais je ne sais plus où - le livre de souvenirs du commissaire Georges Massu ( l'auteur d'un livre de 1959 sur le docteur Petiot que vous avez cité une fois ) " Aveux quai des Orfèvres " ( éditions de la Tour Pointue, 1949 ). Il y a un passage où il dit que pour lui les aveux sont une meilleure preuve que les preuves scientifiques. Ceci à une époque où la police scientifique existait déjà depuis assez longtemps. La religion de l' " aveu, reine des preuves " a duré jusque dans les années 1990.
Edmond Locard en France, avec la création du premier laboratoire de police scientifique au monde à Lyon vers 1920 ( rappelé dans les polars d'Odile Bouhier que vous avez chroniqués, ou la série télé " Empreintes criminelles " sur France 2 il y a 3 ans ), Bernard Spilsbury en Grande-Bretagne - malgré ses erreurs détaillées dans l'article Wikipédia - ou encore un criminologue suisse dont le nom m'échappe, avaient illustré les apports de la police scientifique.
A propos d'ADN, il me revient que dans Télé 7 Jours il y a quelques années parlant du numéro de " Faîtes entrer l'accusé " sur France 2 consacré à Marcel Barbeault, le tueur en série de l'Oise - dans les 5 meurtres de femmes vers 1969 - 1977 - , le commentaire de la journaliste disait " une enquête d'avant l'ADN " , soulignant comment l'inspecteur Cyril Neveu avait dû se débrouiller.

Cordialement
Répondre
C
Bonjour Philippe
Si William Katz situe ce roman au milieu de la décennie 1980, c'est tout simplement parce qu'il l'a écrit à cette époque-là... Ce qui n'enlève rien à vos réflexions, ni aux questions autour d'une enquête. En fait, il était encore facile de montrer un policier se débrouillant avec sa tête, son instinct, de menus indices. Et c'est sur ces héros-là qu'est quand même basée l'essentiel de la Littérature policière.
L'ADN est un outil fort utile : dans l'affaire Caroline Dickinson à Pleine-Fougères, le SDF qui fut le premier à être disculpé grâce à l'ADN ne peut que remercier la science. De même, les caméras de surveillance sont aussi des outils. Encore faut-il mettre la main sur le coupable. Or, s'il n'est pas précédemment fiché, c'est plus compliqué. C'est bien là que nous revenons aux "méthodes traditionnelles".
La religion de l'aveu avait un sens. Entre policiers chevronnés et truands endurcis, c'était une forme de respect mutuel, quelquefois issu de tractations : j'avoue, et vous ne me chargez pas exagérément. Face à un meurtrier d'occasion pas aussi bien préparé qu'il l'a cru, la "chansonnette" (convaincre qu'il est fichu) fonctionnait. Quant au duo de flic, le méchant et le gentil, je pense que c'est plutôt issu du cinéma depuis longtemps, que de la réalité.
La psychologie a un sens, également, dans une affaire criminelle. Supposons un tireur à Paris qui se fait remarquer dans trois ou quatre scènes-choc. Tant qu'on n'a pas ses motivations psychologiques, il est plus compliqué de le situer. Ce n'est qu'un exemple abstrait, puisqu'aucun tireur n'a récemment sévi dans Paris, bien sûr.
"La fin de l'innocence" de ma chère Megan Abbott répondait effectivement à ces questions pratiques (Internet, portables). Ce qui se confirme, puisque dans "Vilaines filles" de la même auteure, elles ont toutes un portable greffé dans la main.
L'époque a donc ses impératifs, ce qui peut corser l'intrigue. Les Brigades du Tigres fonçant dans leurs automobiles à 35 Km/h, ce n'est pas identique aux bolides actuels. Et dans l'affaire Seznec/Quémeneur, le trajet supposé que font les deux hommes n'est guère rectiligne par rapport aux routes que nous connaissons depuis belle lurette.
Amitiés.

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