Mercredi 12 mars 2008

LES DEUX PREMIERS ROMANS DE PASCAL CANDIA

Admirateur de San-Antonio et de Joël Houssin, Pascal Candia a publié en 2007 ses deux premiers polars, aux Editions du Valhermeil. Ils ont pour héros Christian, un lycéen de dix-sept ans vivant à Argenteuil. Malgré l'aide du compréhensif commissaire Lambrosi, il est entraîné dans une suite de mésaventures agitées, parfois assez violentes. Toutefois, le récit ne manque pâs d'une certaine ironie, grâce à de savoureux personnages. Dont son ami Yvan, dit Attila. Petite présentation de ces deux authentiques romans d'action.

Argenteuil, c'était un accident”

Cette nuit-là, Christian cause l’incendie accidentel du pavillon familial, ce qui provoque la mort de ses parents. Après son hospitalisation, l’orphelin sympathise avec le commissaire Lambrosi. Ayant eu un passé perturbé, celui-ci se montre protecteur. Christian doit habiter chez sa tante, qu’il connaît à peine, et son oncle irascible. Heureusement, leur fille Valérie est amicale avec son cousin Christian. Leroy, le fourbe assureur, fait preuve d’hostilité. Il met en doute la vérité de l’accident, afin de ne pas payer. Christian s’énerve contre Leroy, bien que Lambrosi tente de le calmer. Dans laPascal_Candia.JPG maison sinistrée, l’orphelin récupère un coffret contenant les économies de son père. Un inconnu l’agresse, et lui dérobe l’objet. Lambrosi et Christian identifient le voleur, Leroy. Celui-ci s’enfuit, prenant Valérie en otage. Le policier repère la planque de l’assureur, qui s’échappe. Leroy est un individu dangereux. Il essaie d’attaquer chez eux Christian et Valérie. L’orphelin bouscule l’ex-associé de l'assureur pour le faire parler. Leroy continue à harceler Christian, qui est bientôt aidé par son ami Yvan...

Chefs d'oeuvres meurtriers”

Christian et Yvan ont dû se cacher en Espagne, suite à leurs précédents ennuis. Par besoin d’argent, et parce qu’il n’oublie pas Valérie, Christian estime qu’il est temps de retourner dans la Val d’Oise. Chauffeur-livreur ami d’Yvan, Arnaud leur propose un coup fructueux. Il va transporter en toute discrétion un lot d’œuvres d’art, dont le Portrait du docteur Gachet de Van Gogh. L’opération préparée par un nommé M. Joshua consiste à intercepter le convoi. Ensuite, un commanditaire paiera leurs services, une fois les toiles réceptionnées par M. Joshua. En réalité, cet ancien mercenaire (Kleiner, de son vrai nom) a l’intention de se débarrasser des trois complices sans payer. Le braquage effectué, Christian et ses amis (dont Valérie, qui les a rejoints) sont méfiants. La livraison tourne mal : Kleiner tire sur Arnaud, file avec les toiles, tandis qu’Yvan et Christian doivent fuir. Lambrosi espérait retrouver Christian avant qu’il n’aille trop loin. Informé de la disparition de Valérie et du vol des tableaux, il comprend que son jeune protégé est dans de sales draps. Le Japonais qui a assuré la sécurité du convoi traque, lui aussi, les coupables...

© Claude Le Nocher

 

 

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Mardi 11 mars 2008

DIX ROMANS DE JEAN-FRANÇOIS COATMEUR

 

Est-il nécessaire de vanter la subtilité de cet écrivain, dont chaque roman est un vrai bonheur de lecture ? Ce qui prime chez lui n'est pas tant le nom du coupable, mais l'ambiance d'une forte densité. Si ses personnages sont confrontés à des situations délicates ou critiques, il sait aussi apporter un certain humour dans ses récits. Voici dix exemples de son talent...

Jean-Fran-ois-COATMEUR.JPG« BABY-FOOT » (1970, Denoël-Liv’Editions, 2002)

Août 1969. Jacques (16 ans) vit à Royan, Charente Maritime, entre sa mère Jeanne et sa tante Lucienne, toutes deux veuves. L’écrivain Serge Malvoisier est assassiné dans sa villa de Saint-Palais, tandis que son épouse Florence est au cinéma. Jacques a des raisons de penser que sa mère a tué Malvoisier : peu avant le meurtre, alors qu’il rôdait autour de la villa avec son ami Marcel, il a vu Jeanne au lit avec l’écrivain. Le commissaire Charolles soupçonne Jeanne, qu’il interroge longuement. Elle lui rappelle tant Eve, et son propre drame personnel ! Mais Jeanne ne cède pas. Nerveux, Marcel succombe à une mauvaise chute chez Jacques. L’énergique tante Lu les débarrasse du corps. Jeanne est libérée. Le policier espère un résultat de la confrontation entre elle et Jacques. Le climat est chargé entre la mère qui se dit innocente et son fils qui la croit coupable...

« LE SQUALE » (1975, Denoël-Liv’Editions, 2003)

En 1971, dans la région de Rodez, l’affaire Norge suscite la polémique. Ce notable d’Espalion est soupçonné d’avoir incendié son centre équestre «Le Ranch» afin de toucher l’assurance, causant un mort. L’incorruptible juge Maury s’occupe du dossier. Il subit des pressions de sa hiérarchie. Il considère Norge, surnommé Le Squale, comme une crapule. Jusqu’en septembre 1972, il ne cède pas. Maury est marié à Séverine, beaucoup plus jeune que lui, qu'il aime vraiment. Séverine a un amant, Serge. Sa décision est prise : elle va divorcer. Avec Serge, elle s’installe dans une maison de Gabriac. Très vite, elle hésite entre bonheur et inquiétude. C’est par hasard, grâce au camionneur Jean-Baptiste, qu’elle devine que Serge lui a menti. Il est employé par Norge pour faire chanter le juge Maury. Croyant son épouse enlevée, Maury a signé le non-lieu en faveur du Squale...

« LA VOIX DANS RAMA » (1973, Denoël-Liv’Editions, 2004)

M.Lemorvan, 48 ans, vient de mourir. Il était le principal du collège climatique de Douarnenez. La police reçoit un cahier dans lequel Lemorvan se confie à un ami. Il y évoque son quotidien dans l’enseignement, son mariage avec Marie-Paule. Surtout, il raconte ce qui a marqué sa vie, sept ans plus tôt... Stéphane Frappier était un jeune élève envoyé par le docteur Barroux de Paris, vague ami de Lemorvan. Un jour, Stéphane fit une fugue, avant de revenir au collège. Grâce à cela, le principal rencontra la mère du gamin, Rachel. Il en tomba amoureux. Il voulut aussi en savoir plus sur eux, sur cet exil de Stéphane en Bretagne. Selon Barroux, il s’agissait de protéger l’enfant. Contrairement à ce qu’elle laissait croire, Rachel n’était pas veuve...

« MORTE FONTAINE » (1982, Denoël-Liv’Editions, 2004)

En Alsace. Rolande, 26 ans, ex-miss, fut un temps chanteuse. A cause d’un nommé Bob, elle est impliquée dans un réseau de prostitution de luxe. Un client, diplomate anglais, décède de mort naturelle. L’organisation envoie un homme pour éliminer Rolande, témoin gênant. Elle se défend, et le tue. Après avoir averti son oncle Charles, elle se cache en Allemagne. Elle sait que sa fille Sylvie, 6 ans et demi, a été recueillie avec son chien Tarzan par un jeune couple. Daniel, pianiste, et la fantasque Kouka voudraient comprendre. Par téléphone, Rolande leur demande de protéger la fillette quelques jours. Kuntz est un policier aigri. Il subit des pressions au sujet du défunt diplomate. Se sachant menacé, l’oncle Charles contacte Daniel, qui arrive trop tard. «Appelez Lucifer» sont les derniers mots de Charles...JF_COATMEUR.JPG

« ALIENA » (1968, Denoël-Liv’Editions, 2005)

Anne se réveille, aveuglée, bras plâtré, souffrant d’amnésie. Elle est entourée de Marc, son mari chirurgien, et de Sigrid, cousine de Marc veillant sur elle. Ils racontent à Anne son récent passé, effacé de sa mémoire. Malgré son état dépressif et ses fugues, qui finirent par un accident, Marc préféra la soigner chez eux. Elle est en voie de guérison, affirme-t-il. Bientôt, Anne s’aperçoit que son bras est intact, que sa vue n’est pas touchée. On lui explique que sa santé psychologique reste fragile. Ses cauchemars et ses hallucinations indiquent un dédoublement de la personnalité. Anne accepte cette protection autour d’elle, mais s’interroge. Intrigué par le suicide de la jeune Françoise, le policier Bachereau continue de questionner sa sœur aînée, Mona...

« ON L’APPELAIT JOHNNY » (1979, Denoël-Liv’Editions, 2006)

Le cargo du commandant Berthier va bientôt quitter la rade d’Abidjan. Avec l’accord du second, le capitaine Marzin, il accepte un passager clandestin, Blanck. Mêlé à un complot, ce Français pas très clair doit fuir le pays. De nuit, il embarque avec trois amis : Petrovian, sa sensuelle maîtresse métisse Ina Desroze, et Charles, le frère d’Ina. Malgré cet imprévu, le commandant s’arrange pour les loger à bord. La compagnie impose un autre passager, officiel celui-là : Lagouge, comédien en tournée. Situation difficile à gérer, d’autant que Blanck donne des ordres, et qu’Ina s’exhibe sous les yeux de l’équipage. Charles sympathise avec le comédien. Pétrovian se méfie de tous. On découvre Blanck pendu dans sa cabine. L’assassin est un certain Johnny, rôdant sur le navire. Des indices laissent à penser que ce meurtre est en rapport avec une affaire datant de 1943. Près de la Pointe du Raz, un groupe de résistants fut victime des nazis. Seuls Blanck et Johnny en réchappèrent...

« LE MASCARET » (1977, Denoël-Liv’Editions, 2007)

Au Pays-Basque, milieu des années 1970. Chantal Ragon est arrêtée par la police espagnole lors d’une action du groupe anti-franquiste Alma. Elle ne peut attendre aucune clémence de la justice du général Franco. Christian Ragon, son mari dont elle vivait séparée, espère pourtant dans l’ombre du procès. Chantal est condamnée à perpétuité. Pour Ragon, c’est le Docteur Ramirez qui a causé cette situation. Il hait ce héros du militantisme basque, qui lui a pris son épouse. Chantal fut impressionnée par le livre de Ramirez, aujourd’hui best-seller. Mal dans sa vie de couple, elle quitta tout pour rencontrer cet homme qui la fascinait. Ramirez et Chantal devinrent bientôt intimes. Elle souhaitait surtout prendre part au combat basque. On lui confia un vague rôle d’agent de liaison. Elle voulait mieux, cette mission qui se termina si mal. Souffrant, assisté de son ami-employé Chico, Ramirez culpabilise. Pouvait-il la retenir ? Venu pour une prétendue consultation chez le médecin, Ragon est incapable de l’assassiner. Ramirez est tourmenté par ses souvenirs, ayant servi de base à son livre à succès...

« TOUS NOS SOLEILS SONT MORTS » (Albin Michel, 2002–Le Livre de Poche, 2004)

1998. Un groupe d’activistes utilise le nom d’Hadès. Mel, Gilou, Patrick, Camille et Pierre-Henri ont commis des attentats dans le Morbihan. Ils s’attaquent une deuxième fois au promoteur immobilier Sabatier. Gilou est tué lors de cette opération. Mel est persuadée que Sabatier l’a abattu. Ses amis pensent qu’il faut arrêter. Seul Camille accepte de seconder encore la jeune femme. Après avoir brièvement enlevé le promoteur, Camille renonce finalement. Il craint d’avoir été reconnu, devient parano. Mel trouve un moyen d’approcher la famille de Sabatier, espérant ainsi venger Gilou. La jeune épouse de Sabatier, vient d’accoucher. De santé fragile elle laisse l'infirmière Alice s'occuper de son bébé. Cyril, fils du premier mariage de Sabatier, éprouve une rancune tenace contre son père et Alice. S’il ne déteste pas Véronique, il se sert d’elle pour viser Sabatier. Il est question d'interner la jeune femme. Cyril et Mel restent ses seuls alliés. Contre l’avis de ses amis d’Hadès, Mel projette d’intervenir... Le commandant Valentin et son adjointe enquêtent sur le groupuscule...

« LA FILLE DE BAAL » (Albin Michel, 2005)

Delphine est professeur de littérature médiévale à la fac Ségalen, à Brest. Elle est mariée à Dominique, chercheur au CHU et enseignant à l’école de médecine. Delphine entretient une liaison avec l’un de ses étudiants, Reynaldo. Une nuit, il est mortellement agressé par deux hommes masqués. Présente, Delphine est violée. Avant de s’enfuir, elle prévient anonymement la police. Dès le lendemain, elle doit feindre, cacher sa profonde tristesse. Elle ne dit rien à son mari, ni à l’enquêteur qui l’interroge. Elle ne se confie qu’à Manon, sa meilleure amie. Delphine est contactée par son ancien amoureux, Jérémy, revenu vivre dans la région. Elle reçoit bientôt des courriels signés «Ariel». Ces messages deviennent vite obscènes, visant aussi Dominique. On a retrouve un SDF mort. Sans doute est-ce lui qui venait de téléphoner à Delphine. Ariel ne tarde pas à faire chanter Delphine...

« ESCROQUEMORT » (Denoël, 1992)

Quand il apprend que l’oncle Napoléon, à près de 70 ans, envisage de se marier avec une jeunette, ce roublard de Vincent renifle sans tarder le péril. L’héritage promis et tant espéré passerait sous le nez des neveux : Guillaume (dit «Ti-Lou»), Xavier et lui, Vincent. Bien la peine d’y faire tous ses caprices, à ce vieil avare de Napoléon ! Xavier, employé de banque, marié à Paulette, il a sûrement pas trop besoin du fric de leur oncle. Mais Ti-Lou, avec sa Fernande qu’est en fauteuil roulant, et qui trime pour pas lourd, les sous de Napoléon lui ferait du bien. La femme de Vincent rêve depuis toujours d’un petit appartement au centre-ville. Ils pourraient alors se l’offrir, quitter le quartier pouilleux où ils végètent. Et puis, il y a Maria. Une veuve encore jeune qui est la maîtresse de Vincent. Elle en est très amoureuse. S’il devient riche, il ne l’oubliera pas. Dans cette situation de crise, Vincent réunit ses frères pour empêcher Napoléon de convoler. Ils y parviendront. Même si le décès de Napoléon était accidentel, il y avait l’intention ! Commence alors entre les trois frères un jeu de dupes...

© Claude Le Nocher

 

par Claude LE NOCHER publié dans : LIVRES
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Samedi 8 mars 2008

Trois romans de Stéphane Jaffrézic


Dans cette famille concarnoise des Moreau, il y eut jadis Clet Moreau, gendarme à la fin du dix-neuvième siècle. De nos jours, c'est son descendant Maxime Moreau qui est policier. Ces personnages ont été créés par Stéphane Jaffrézic dans deux séries de romans. Petite présentation de trois de ces titres.


« Le rubis de Châteauneuf-du-Faou » Stephane_Jaffrezic.JPG(Editions Alain Bargain, Coll.Pol’Art, 2007)

Juin 1895. Clet Moreau, 38 ans, chef de la gendarmerie de Concarneau, a vecu une première enquête dans « Toiles de Fond à Concarneau ». Blaise Furic, cousin de sa femme, occupe le même poste à Pont-Aven. Ensemble, accompagnés du fils de Moreau, ils se rendent à Châteauneuf-du-Faou. En permission, ils vont y restaurer une bicoque dont Furic a hérité. En dix jours, ils feront de cette bâtisse une maison habitable. Le trajet en diligence n’est pas sans risque. Le trio a voyagé avec le peintre Paul Sérusier, qui loge dans le même hôtel qu’eux. L’artiste y est couvé par la serveuse, Lucette. Les deux gendarmes font la connaissance de Catherine Gestin. Riche amie du peintre, elle est amoureuse de lui. Mais Sérusier reste obsédé par une belle Polonaise qui l'abandonna. Un soir, le peintre et son amie se disputent. Le lendemain, Catherine Gestin a disparu. Sérusier s’étant enivré durant toute la soirée, on ne peut guère l’accuser d’un crime sur la jeune femme, solution qui conviendrait au lieutenant de gendarmerie Mouret. Enlèvement, meurtre, suicide, ou départ volontaire pour Paris, rien n’est exclu... L’image du Finistère d’alors est conforme à l'époque en question, vivante et quotidienne. L’intrigue criminelle n’est pas exagérément compliquée, ce qui n’était pas indispensable. Un « polar historique » fort agréable !


« Chili-Concarneau » (Ed. Alain Bargain, 2004)

Au petit matin, un noyé est découvert dans le port de Concarneau, un SDF assassiné. Son aristocratique compagnon raconte leur parcours insolite au capitaine Moreau, de la police locale. Celui-ci avait oublié combien la vie portuaire est animée la nuit. Les trois jeunes agités qu’il interroge en premier sont juste des casseurs. ’est autour de la criée que Moreau passe la nuit suivante. Il questionne les dockers, les trieurs de marée, les surveillants. Personne n’a rien remarqué. Se mettant à la place de la victime, il tente de reconstituer les faits. Le patron d’un petit bateau de pêche amarré près du lieu du crime n’a rien vu non plus. Bien qu’il ait établi quel type d’arme a été utilisée, le policier est déçu par ce début d’enquête sans grand résultat. Moreau doit aussi se charger d’autres affaires. Un médiocre truand de la région est mort dans un accident de la route près de Nantes. Des vols de tableaux et d’œuvres d’art ont été commis dans son secteur. En outre, son amie Sylvie lui signale un couple qu’elle soupçonne de pédophilie... On se doute que les divers niveaux d’intrigue ont des points communs, mais l'histoire est parfaitement maîtrisée. Très réussi, son héros prend rapidement de la consistance. Une enquête animée de nombreuses péripéties et ramifications.


« Ville bleue et beaux dégâts » (Ed.Alain Bargain, 2005)

De retour à Concarneau, Maxime Moreau est contacté par un agent de la DGSE, espion qu’il surnomme Le Calvitié. Le policier est contraint d’accepter une mission secrète. Pour venger des attaques visant des chalutiers français, il doit commettre des attentats sur des navires de pêche en Espagne. Il n’a pas le choix, et c’est très bien payé. Un ancien activiste de l'ARB, expert en explosifs, l'assistera. Moreau recrute un copain Irlandais, Keran, vivant sur un voilier. Il est aussi bon plongeur sous-marin que lui. Le trio se dirige vers le Pays Basque espagnol. Avant la frontière, ils reçoivent la somme promise et les explosifs. port de Sesnara est leur cible. Ils y remarquent un luxueux yacht et sa séduisante propriétaire Portugaise. La mission d’abord ! Après repérages, ils passent à l’action. Les explosions causent d’énormes dégâts sur la flottille de pêche, sans victimes. Mais la mission se complique ensuite... Cette deuxième aventure de Maxime Moreau est aussi mouvementée, sinon plus. Du pur roman d’action à suspense, dans la meilleure tradition.

© Claude Le Nocher

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Vendredi 7 mars 2008

 

Les Chroniques de Dasola (N°2)

Voici deux nouvelles lectures de Dasola, qui en présente ponctuellement ici.

 

Un petit boulot” de Iain Levison, paru en édition de poche Piccolo (Ed.Liana Levi), est l'histoire d'un chômeur, Jake, à qui l'on propose de devenir un tueur. Il a perdu son boulot suite à la fermeture de l'unique usine de la ville américaine où il vit. Il est endetté et sa petite amie l'a quitté. Tout va mal. Et donc, en plus d'un travail de nuit qu'un copain lui trouve dans une station-service, il accepte assez facilement, le "petit boulot" de supprimer des gens avec un fusil. Comme en plus il est doué, il ne rate jamais sa cible, et il y prend goût sans état d'âme. Il supprime même un "gêneur" pour son propre compte. Jake est le narrateur de l'histoire, ce qui donne à ce court roman un ton très détaché pour décrire les crimes commis, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. La fin n'en n'est pas une: Jake n'est pas arrêté et la dernière ligne du roman nous fait supposer que sa carrière de tueur est loin d'être terminée. Le constat est un peu amer.

L'échelle de Dionysos” de Luca di Fulvio (Editions Albin Michel). Roman policier italien, L'échelle de Dionysos débute le 31 décembre 1899 et se termine dans les premiers mois de 1900 dans un quartier surnommé "La Mignatta" (la sangsue) mais sans que l'on sache dans quelle ville l'action se situe. La seule chose connue sur cette ville est qu'il fait froid et qu'il pleut en hiver. Milton Germinal, policier héroïnomane, enquête sur des crimes affreux perpétrés sur des femmes de riches nantis. Elles ont été massacrées avec un instrument métallique non déterminé. Des domestiques présents considérés comme des témoins gênants sont supprimés. Leurs corps servent comme objets de décoration sur les scènes de crimes successifs. Des personnes comme un médecin légiste phocomèle, Noverre (né sans bras et avec un visage difforme), ainsi que son assistant Zòla (un géant simple d'esprit), un homme Stigle (surnommé "le chimiste"), une très belle jeune femme (Inès), un directeur de cirque ancien médecin (Sciron), un nain (Tristante), croiseront le chemin de l'inspecteur. Enfin, un "Homme Mécanique" joue un rôle dans l'histoire. En ce tournant de siècle, à la Mignatta, les maisons sont lépreuses et les hommes et femmes qui y vivent travaillent pour un salaire de misère dans une grande usine de sucre implantée dans le quartier. Les conditions de travail sont épouvantables. Les morts ou blessés sont nombreux à cause des accidents du travail. Ils sont malnutris et s'enivrent souvent. La révolte gronde et on évoque même la grève. Et Dionysos, me direz-vous? A part que c'est un Dieu grec, c'est le vrai prénom du meurtrier, qui se prend pour ce dieu, et qui a préparé pendant seize ans sa vengeance. Les cent dernières pages dévoilent des faits qui ont abouti à comprendre pourquoi les crimes ont été commis et surtout le lien entre les victimes. Les 480 pages de L'échelle de Dionysos se lisent vite. Ce roman sort un peu de l'ordinaire. Cela se passe en Italie mais pourrait se passer dans n'importe quelle autre ville d'Europe ou même d'Amérique à cette époque. Les crimes et l'enquête ne sont qu'un prétexte pour brosser la mutation de cette société d'il y a un siècle en pleine révolution industrielle, avec d'un côté les riches et de l'autre les pauvres (ouvriers ou non), et la condition des femmes enceintes sans être mariées. Livre captivant.

© http://dasola.canalblog.com/ (Février 2008)

 

 

par Claude LE NOCHER publié dans : LIVRES
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Mercredi 5 mars 2008

Patricia Parry : « Petits arrangements avec l’infâme »

(Seuil, 2007)


Psychologue à Toulouse, Antoine Le Tellier vit séparé de son épouse Anne, aussi médecin, et de leur fille Adèle. De garde aux urgences, Antoine doit prendre en charge Khaled Addad, 18 ans. Il vient de tuer sa sœur Meriem. 08-PARRY-2007.JPGLe jeune homme est perturbé par des hallucinations, trois rêves morbides qu'il ne peut expliquer. Antoine demande qu’il soit placé dans son service. Aînée des enfants Haddad, Selma est une jeune femme volontaire. Elle ne croit pas en la culpabilité de son frère. Pour Anne et Antoine, les rêves de Khaled peuvent correspondre à un récent meurtre, où l'intolérance religieuse serait en cause. Mais ces cauchemars rappellent des cas bien plus anciens. Des points communs avec les affaires Calas et Sirven, dénoncées au dix-huitième siècle par Voltaire, semblent avérés. L’affaire Emmanuel Faure, pareillement accusé du meurtre de sa sœur à cause de ses choix religieux, remonte à la même époque. La politicienne Catherine Trinquier-David, et Mélanie Nègre, directrice d’un établissement d’accueil pour jeunes femmes (“Le Foyer”), accusent férocement Khaled. Habituée du service d'Antoine, Nadia était une des protégées de Mme Nègre. Elle a été assassinée à son tour, alors que Khaled est en fuite. Le jeune homme finit par se réfugier chez Antoine.

Avant que dégénère le climat déjà malsain, il faut contrer Trinquier-David et Mme Nègre. Antoine fait appel à la séduisante intellectuelle Françoise Orteva. Devenir un nouveau Voltaire, l'idée lui plait. En ce temps-là, des Dames Noires jouèrent un rôle néfaste dans l’affaire Faure. Est-il possible que cette ligue existe encore, manipulant le cas Khaled ? Tandis que des troubles agitent la population, Françoise Orteva est prête à affronter Trinquier-David à la télévision. Soutenu par Anne, Antoine n'est pas au bout de ses découvertes...

"Écraser l’infâme" répétait Voltaire : combattre l’intolérance, sous toutes ses formes, reste un éternel combat. Si le récit est bien documenté, il s'agit avant tout d'une intrigue aussi tortueuse que captivante. Les faits du dix-huitième siècle sont évoqués à travers une narration épistolaire qui sonne juste. Psychologue elle-même, Patricia Parry met en scène un “collègue” très convaincant.

© Claude Le Nocher

 

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Mardi 4 mars 2008

Caryl-FEREY.JPGLes romans courts de Caryl Férey

Caryl Férey est né en 1967. Avec des romans très forts comme « Haka », « Utu », ou « Plutôt crever », il a acquis une belle notoriété. Mais on peut aussi apprécier son talent dans des récits plus courts, plus souriants. Par exemple, « Petit éloge de l'excès » (Folio 2€) est un vrai régal d'ironie, en onze textes. Un bon moyen de découvrir cet auteur. Voici deux autres titres particulièrement réussis de Caryl Férey...

« L’âge de pierre » (Après La Lune, 2006 – «La Maîtresse en Maillot de Bains» n°5)

Tout oppose ces deux frères durant leur enfance. Le cadet qui tarde à grandir, on le prend pour un petit efféminé. L’autre, l’aîné, est un sportif viril, tout en muscles, qui a pratiqué le judo, puis le foot et le tennis. Un compétiteur brutal, étranger à la finesse. Malgré ses aptitudes, il connaît régulièrement des échecs, qu'il attribue à la malchance. L’aîné fait à son jeune frère une réputation de « pédé qui mérite sa branlée ». Il est vrai que les amis du petit sont assez ambigus, un peu trop tendres entre eux. On peut aimer David Bowie en pop-star travestie, avoir des traits féminins, être entouré de tantouzes, tout en étant fortement attiré par les filles. Le genre de subtilité qui échappe au sportif borné. L’aîné est incapable de se concentrer sur les études. Colérique, il fait voler livres et cahiers. Quand ils jouent ensemble, il impose ses propres règles. Tout est prétexte à rabaisser cette mauviette qu'est son frère...

La virilité face à la sensibilité, le muscle contre l’esprit. Le portrait du grand frère, stupide et tyrannique, champion sans cerveau, est un bonheur. Victime désignée, le petit narrateur se montre bien plus futé.

« Raclée de Verts » (Editions La Branche « Suite Noire » n°14, 2007)

Fanatique des Verts (l’équipe de foot de Saint-Etienne) de la grande époque, Michel habite dans la banlieue stéphanoise. Il vit seul avec son vieux chien Janvion. Interdit de stade, il suit les matches de l’actuelle équipe de Saint-Etienne à la télé. Ce gros supporter raciste n’aime ni les colorés de diverses origines, ni les femmes qui sont toutes nulles. Il se moque d’avoir des amis, les Verts constituant son unique univers. Les soirs de match, l’adrénaline monte en lui. Il profite de cette excitation pour agresser chez elles des vieilles dames qu’il a repérées. Il les identifie aux anciens adversaires de sa glorieuse équipe. Le chien Janvion est son partenaire lors de ces braquages, qui leur permettent de subsister financièrement. Que le butin soit faible ou plus rentable, Michel n'a pas d'états d’âme. Puis il retourne à sa délirante passion. Michel perd soudainement l’odorat. Pas si grave, puisque les Verts gagnent contre Strasbourg. Plus embêtant, il perd aussi le sens du goût. Rien de tragique, pour le moment...

C'est l’ironique portrait d’un solitaire monomaniaque, obnubilé par sa passion jusqu’à l’excès, indifférent au reste du monde, inconscient de sa monstruosité. Rendre crédible cet affreux, sans qu’il inspire la moindre pitié, tel est le pari (gagné) de Caryl Férey.

© Claude Le Nocher

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Mardi 4 mars 2008

 

Philippe Bradfer : « Les noirceurs de l'aube »

(Editions Luce Wilquin, Coll. Noir Pastel, 2007)

07-BRADFER.JPG

A Reims, le commissaire Lartigue et son adjointe Lola Martinez enquêtent sur une affaire inquiétante. En Champagne-Ardenne, cinq lieux de mémoire ont été profanés la même nuit, visant la communauté Juive. Sur la synagogue de Châlons, des inscriptions qui sont la signature de fanatiques néo-nazis. La date de ces saccages est aussi symbolique. Le dimanche suivant, jour anniversaire de la rafle du Vélodrome d'Hiver, on devait rendre hommage aux victimes des crimes racistes du régime de Vichy. Ce ne sont pas les premiers cas, mais cette opération apparaît mieux préparée. Certains détails sont plutôt des références à un nationalisme version Pétain qu’à l’idéologie hitlérienne.

Le jeune Martin reste traumatisé par l’accident mortel dont a été victime sa sœur deux mois plus tôt. Il culpabilise de n’avoir su la protéger. Relieur amateur, il est troublé par une illustration du livre “l’Apocalypse”, l’image du Bien contre le Mal. Dans son entourage, des personnes auraient besoin qu’on les libère d’êtres malfaisants. Il se lie aussi d’amitié avec des SDF, fédérés par l’humaniste Abélard. Ce dernier devine la souffrance de Martin. Il craint que la haine l’aveugle. Bientôt, la police doit enquêter sur deux meurtres, des hommes étranglés de façon similaire... Régis est le meneur d’un groupe de néo-nazis actifs. Il est connu des Renseignements Généraux. Il semble avoir volontairement disparu, ainsi que trois de ses amis. Gilles appartient à cette bande. Ses motivations sont différentes, héritage de la mémoire familiale confinant au passéisme obscur. Un de ses anciens professeurs s’est interrogé à son sujet. Abélard mobilise son monde pour une manifestation contre le racisme, à laquelle participe Martin. La police sait qu’une nouvelle vague de profanations risque de se produire, bien plus violente...

Né en 1957, cet auteur belge nous rappelle (à juste titre) que les excès fachos ne sont pas un simple fantasme. Lorsqu’on traite un thème fort comme celui-ci, il est difficile de ne pas sembler un peu moralisateur ou schématique. Malgré tout, c’est un vrai suspense noir que nous propose Philippe Bradfer.

© Claude Le Nocher

 

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Vendredi 29 février 2008

Yann Venner 

S'ils contiennent une part de noirceur, les romans de Yann Venner ne sont pas totalement sombre. Car ce qui l'anime, c'est avant tout l'amour des mots, du langage, et un humour entre sourire et caricature réussie. Mais il égratigne aussi ceux qui expriment leur haine de la différence, de la tolérance, de la démocratie, de l’Autre. Le militantisme citoyen de Yann Venner 07-VENNER.JPGest modéré, pas neutre. Ses héros et lui refusent tout sectarisme, sans résignation. Ses livres publiés aux éditions L'Ecir sont diffusés par De Borée.

 

« Black Trélouzic » (Horizona & Co, 2005)

Cette “trilogie bretonne” rassemble trois romans courts, ayant pour décor le paisible village côtier de Trélouzic. Les héros en sont Fanch Bugalez, marin-pêcheur anar épris de justice, et son vieil ami Eugène, philosophe à sa manière. En 1990, 1996 et 2000, ils sont confrontés à des affaires criminelles.

Marcel. Patronne d’un bistrot local, Georgette est la première victime d’une série de meurtres. Les enquêteurs soupçonnent Fanch, qui était son amant. Lors du deuxième crime, l’assassin laisse un indice accablant : un seau de pommes de terres. Le marginal Ernest fait un coupable idéal...

Une étoile est morte. Le cadavre d’Halima, une jeune Algérienne, est découvert par Fanch dans le port de Trélouzic. Ami de la victime, Aziz contacte Fanch avant de disparaître. Peu après, des attentats sont revendiqués par l’Armée Révolutionnaire Celte, dirigée par un vieux marquis facho. Quant à la vie d’Halima, coupée de ses racines, elle mérite d’être racontée...

Le baiser de la mer. Le jour de la rentrée, le directeur de l’école disparaît soudainement. On pense à une noyade accidentelle lors d’une sortie en mer. C’est la version gendarmesque adoptée par le sous-préfet véreux. Il faudrait plutôt s’intéresser à un ancien élève de l’enseignant...


« Aller simple pour Trélouzic » (L’Ecir, 2006)

Gwendoline Le Morvan est une jeune chanteuse canadienne aux origines indiennes et bretonnes. Préparant une tournée en France, «la mésange de Saskatoon» séjourne dans le Trégor, d’où viennent ses aïeux. L’image de cette région a beaucoup inspiré son grand-père Ange, avec qui elle partage les mêmes goûts poétiques. Gwendoline s’installe à l’Hôtel du Goéland, où son lointain cousin Albert est cuisinier, et amant de la patronne. Ce vicelard n’inspire pas confiance à la jeune femme. Elle n’est pas plus à l’aise avec la sœur d’Albert, Edith. Après quelques avatars, Gwendoline rencontre bientôt Fanch Bugalez, ancien pêcheur qui organise des promenades en mer sur son bateau. Son meilleur ami reste Eugène, aussi philosophe que Fanch est anar...


« La disparue de Guingamp » (L’Ecir, 2007)

Tout irait bien dans dans la région de Trélouzic, si un malfaisant n’avait saboté la voiture de Fanch, et saccagé le jardin d'Eugène. Leur ami le commissaire Cesare Le Tellier est prêt à enquêter, quand il est chargé d’une affaire plus grave. Apprentie coiffeuse, Rébecca Stereden est la fille de l’adjudant de gendarmerie du secteur. Nourrie de romans sentimentaux, la jeune blonde sans cervelle se croit aimée d’un footballeur africain de Guingamp. Elle a fugué pour rejoindre son beau Victor. Mais tous deux sont agressé, et Rébecca est kidnappée. L’adjudant Félix Stereden reçoit le scalp de sa fille, avec la demande d’une forte rançon. Le policier enquête, recueillant peu d'indices. De son côté, le criminel a des passions obsédantes très particulières... Une fort agréable « comédie noire ».

© Claude Le Nocher

par Claude LE NOCHER publié dans : LIVRES communauté : Les lectures de Florinette
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Jeudi 28 février 2008

« Cousin Germont »

Michel Cousin a connu une certaine notoriété, mais il est à craindre qu’on l’ait oublié aujourd’hui. Il a pourtant écrit près de soixante romans à suspense, qui méritent d’être redécouverts.

Michel Cousin est né à Paris le 13 mai 1928. Il semble avoir obtenu un diplôme d’ingénieur agronome, fait quelques études de droit puis exercé Cousin_Germont.JPGplusieurs métiers. Sans doute commença-t-il très tôt à écrire, car son premier roman « Mon propre meurtre » est publié en 1960. Il devient vite une des valeurs sûres de la collection Un Mystère. La même année sortent « Mort à haute dose », « En cas de mort » (histoire d’un étudiant séducteur et escroc, mêlé à plusieurs meurtres) et « Des idées noires » (où un médecin est victime d’une machination criminelle). Suivent trois titres en 1961, puis deux autres en 1962. L'année suivante, Michel Cousin obtient le Prix du Mystère pour un roman très malin : « La puce à l’oreille ». Cette histoire, où la fidélité n’est pas un vain mot, se passe dans une propriété en Bretagne. Ce livre a été souvent réédité, à juste titre. La même année, il publie « M.Stanislas agent secret », qui fut porté au cinéma, avec Jean Marais dans le rôle principal.

Jusqu’en 1974, Michel Cousin est publié dans les diverses collections des Presses de la Cité : Mystère, Suspense, Punch. Retenons quelques très bons titres de cette époque. Dans « En mariage seulement » (1966), Un PDG est victime d’un chantage que son épouse doit ignorer. Il en parle officieusement à un ami policier. Soupçonnant certains de ses collaborateurs, il les fait surveiller par un détective. Le maître-chanteur devient exigeant. Croyant l’avoir identifié, le PDG le tue en légitime défense. Mais ce n’est pas la fin de ses ennuis… Dans « La voix du sang » (1974) la maîtresse du héros est assassinée. Risquant d’être accusé, craignant la réaction de ses proches, il fait disparaître le corps. Quand celui-ci est retrouvé, il doit mener sa propre enquête pour se disculper. Il a peu d’avance sur la police.

Dans « La marmite du diable » (1972), on nous présente une famille tiraillée, les Larivière. Chacun vise l’héritage de la doyenne, Elodie. C’est l’un des thèmes préférés de l’auteur. Avec astuce, il sait renouveler son inspiration. Dans le même genre, « La folle du logis » (1973) : Marie-Charlotte Villiers, une vieille dame vivant dans un manoir de Normandie, est souffrante. Ses enfants, issus de plusieurs mariages, sont alertés et viennent tous au manoir. La mort de l’aïeule arrangerait certains d’entre eux, ainsi que d’autres proches de Marie-Charlotte… Ces romans, traités avec une bonne dose d’ironie, sont vraiment plaisants et entraînants. On peut aussi citer « Détournement de mineures » (1966), « Nuit noire » (1967), « La mort médecin » (1969), ou « Autosuggestion » (1974). Autant de bons titres démontrant les qualités de Michel Cousin. Son sens du “suspense à chute” est toujours savoureux. La fluidité de la narration rend la lecture fort agréable.

C’est sous le pseudonyme de Michel Germont qu’il rejoint en 1973 le Fleuve Noir, dans la collection Spécial-Police. Jusqu’en 1984, il publiera 21 romans sous ce nom. Ils ne sont pas moins intéressants que les précédents, au contraire. Il y développe des variations sur le thème suivant : un homme devenu riche et puissant grâce au mariage veut éliminer son épouse. Dès le premier titre de Michel Germont « L’œil du témoin » (1973), il exploite ce sujet. La jeune maîtresse du héros a été assassinée. Il doit prouver son innocence après avoir caché le cadavre. S’il n’est pas le seul suspect, les indices jouent contre lui. Une amie de la victime fait un bien curieux témoin. Elle est aussi utile que dangereuse. Dans ce roman comme dans de nombreux autres, la situation initiale est assez ordinaire, peu originale. Mais c’est l’évolution du récit qui permet à l’auteur de nous proposer des histoires bien différentes. Dans ce genre, on peut retenir par exemple « La mort à point » (1976) ou « La morte vivante » (1978). Ici, le héros tente de supprimer son épouse arriviste pour refaire sa vie avec quelqu’un d’autre. Mais rien ne se passe comme prévu, et il doit subir les exigences de sa femme.

On a parlé au sujet de Michel Cousin / Germont de “vaudeville policier”. Il est vrai que le trio mari-femme-maîtresse correspond à ce qualificatif. Pour les romans cités plus haut, on pourrait parler de “comédie bourgeoise criminelle” au sein d’une famille. Toutefois, ces étiquettes ne donnent pas une juste impression de l’œuvre de cet auteur. Il a abordé par ailleurs des thèmes divers. Il fut particulièrement habile dans les faux-semblants et les chassés-croisés. Cela offre souvent du piment aux histoires criminelles d’apparence simples. Parmi ses réussites signées Michel Germont, citons « Injustice faite » (1976) procès d’un séducteur cynique mais non coupable, « Le noyé de Concarneau » (1977) où un inspecteur d’assurances se demande s’il n’a pas été manipulé dans une enquête menée huit ans plus tôt, ou « Qui a tué qui ? » (1974) où le héros tue en légitime défense son futur beau-frère, et doit prendre la fuite. Une affaire plus insolite qu’il n’y paraît.

Il serait absurde d’affirmer que tous les romans de Michel Germont sont excellents. « Zone d’ombres » ou « Le grand fantasme » apparaissent un peu plus faibles, par exemple. Il semble qu’il ait également écrit bon nombre d’érotiques sous le pseudo de Pierre Héro, pour Eurédif. Ecriture alimentaire, voilà tout. Il reprit vaguement le nom de Michel Cousin pour une série de dix romans : « Contact S.A. ». Dès le deuxième titre, son nom n’apparaît plus en couverture. Le titre « Contact » identifie la série. En outre, il semble aussi avoir dirigé la collection “Hard 2004” du Fleuve Noir. L’un des derniers suspenses signés Michel Cousin a pour titre « La Renarde » (1986). On le voit, l’œuvre de cet auteur n’est pas négligeable.


© Claude LE NOCHER

 

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Mardi 26 février 2008

Zolma, trois romans

Les romans de Zolma sont réellement enthousiasmants. Les enquêtes de Lily Verdine, d'abord, qui exprimentZolma.JPG une tonalité grinçante, douce-amère. Usant d’autodérision, Lily est une héroïne très attachante, se réclamant dans l’esprit de Nestor Burma. Elle aussi vit des aventures mouvementées. Quant à “Mort en sauce”, c'est un réjouissant polar pamphlétaire.

« Croisière Jaune » (Krakoen, 2006)

Détective à Paris, Lily Verdine manque de clients, donc d’argent. La bourgeoise Mme Pradelles soupçonne son mari de la tromper lors de ses déplacements professionnels à Montauban. Lily accepte la mission. Elle précède Emile Pradelles dans le Tarn-et-Garonne. Elle fouine, surveille. L’homme se consacre uniquement à son métier. A son hôtel, Lily rencontre un commercial désabusé, Marc. Peu après, il lui demande son aide en pleine nuit. Il vient de tuer son humiliant patron, Castaing. Lily et Marc imaginent faire illusion en simulant un accident de voiture. Pourtant, la police arrive dès le lendemain. Le commissaire Lafourche pense que son ami Castaing a été assassiné. La réaction persifleuse de la frondeuse Lily lui vaut d’être suspectée, tout comme Marc. Lily prend en filature Emile et son ami Bob, ce qui l’amène jusqu’à Port-Vendres. Le duo y réceptionne quinze asiatiques, ayant voyagé en container. Ces clandestins alimenteront une main-d’œuvre peu coûteuse. Bientôt, Lily est repérée par les trafiquants...

« Mistral cinglant » (Krakoen, 2007)

Lily Verdine se sent dépressive en ce mois de décembre gris parisien. Son médecin et ami Victor préconise un changement de décor, en un lieu où elle a vécu de bon moments. Elle choisit le village provençal de son adolescence. Le vieux Simon, son père de substitution, est un ancien paysan reconverti dans les chambres d’hôtes. Il est heureux de l’accueillir. Un incendie vient de ravager l’usine de Tonini, fabricant de cagettes. Le gardien kabyle des locaux est mort dans cet accident. C'est quand même suspect, car il s’agit de la troisième usine incendiée dans le secteur. Lily Verdine connaît bien Tonini. Elle n’exclut pas qu’il ait lui-même mis le feu pour toucher l’assurance. Ou alors, ce séducteur de Tonini a pu être victime d’une vengeance. Patrick fut un copain de Lily. Cet anar vindicatif pense que son épouse s’est laissée séduire par Tonini. Pour les gendarmes, le jaloux Patrick fait un coupable idéal...

« Mort en sauce » (Krakoen, 2008)

Les ventes des raviolis Maggiore s'effondrent, alors que ces produits bas de gammle ont dominé jusqu’à présent le marché. René Maggiore, le dictatorial patron, veut déterminer pourquoi le concurrent Casseburnes les écrase. Il faut vite réagir. Face à la situation, les cadres serviles sont incompétents. Pour l'instant, on s’aligne sur les tarifs, et on cherche les causes du problème. Si les raviolis Maggiore sont à peine consommables, ceux de chez Casseburnes ne sont pas plus sains. Ce n’est pas le goût, donc ce sont les coûts de fabrication. Maggiore engage un expert, un jeune ingénieur qui saura y remédier... Pendant ce temps, des cellules microbiennes ont gangrené un lot de viande. Ces toxiques Clostridium Botulinum suivent inexorablement un cycle d’infection. Même soumises au froid, ces bactéries restent vivaces... L'expert Évariste Lejaune commence par espionner l’adversaire. Casseburnes possède un secret technique venu des États-Unis. Il faut sans délai essayer la méthode chez Maggiore, avec la bénédiction du despotique patron...

© Claude LE NOCHER

 

 

par Claude LE NOCHER publié dans : LIVRES communauté : SOIF DE LIRE...
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