Livres et auteurs

Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 07:20
 

Les histoires de cambriolages dans les musées et de faux tableaux de maîtres font partie des grands classiques de la Littérature policière. C’est le thème du nouveau suspense d’Elvin Post dans la collection Seuil thrillers :Faux et usage de faux(2010). On éprouve toujours un grand plaisir à les lire sachant que, même si le vol est correctement exécuté, la situation va fatalement se compliquer.

POST-2010.JPG Sept ans plus tôt, Bloom et Fish furent associés dans une escroquerie. Elijah Fish était déjà un excellent copiste de toiles de maîtres. Vincent Bloom savait vendre ses œuvres, dont nul ne doutait de l’authenticité. L’affaire tourna mal, et valut à chacun une peine de sept ans. N’ayant aucune envie de retourner en prison, Fish produit aujourd’hui des copies certifiées comme telles. Quand Bloom le contacte, il hésite. Son ami lui ayant prouvé que celui qui commercialise ses toiles l’a grugé (avant d’être abattu), Fish accepte de s’associer au prochain coup de Bloom. Il s’agit de voler un tableau de Rembrandt au Gardner Muséum de Boston. Le mafiosi Léo Roma est prêt à payer cinq millions pour Le Christ dans la tempête sur le lac de Génésareth. Son homme de main Cazale participera à l’opération, ainsi qu’un chauffeur. Bloom a projeté de dérober aussi quelques toiles de maîtres, qu’ils vendront plusieurs fois si Fish en fait des copies.

Le soir où l’équipe des Red Sox de Boston remporte la finale, trois policiers se présentent au Gardner Muséum. Les deux gardiens, Avelino le tourmenté et le gras Randy, se font berner facilement. Tandis que Fish et Cazale les surveillent, Bloom s’occupe des tableaux. Comme prévu, aucune alarme ne se déclenche dans ce musée mal sécurisé. Avelino n’a pas l’intention de jouer au héros. Fish se méfie du comportement de l’ignare Cazale. Pas assez sans doute, car Cazale découpe salement le Rembrandt à l’insu des autres. Quand Bloom s’aperçoit de la catastrophe, il est trop tard. Quatre-vingt-dix minutes après leur arrivée, les voleurs s’en vont après avoir enfermé les gardiens. À part une fausse alerte, ils rejoignent sans problème la maison isolée de Little Compton qui leur sert de planque. Cazale poursuit le voyage jusqu’à chez son patron, à Staten Island.

Depuis la mort de son fils, le mafieux Léo Roma décline, oubliant de verser ses redevances au caïd Salvatore Neri. C’est en étudiant un documentaire télé sur le chef d’œuvre de Rembrandt, et la faible sécurisation du musée, qu’il a décidé de faire voler cette toile. Le jour de son anniversaire, Cazale vient lui confirmer la réussite de l’opération et chercher les cinq millions. Mai Salvatore Neri abat Léo Roma, puis exige que Cazale et Big Steve aillent récupérer l’avance versée à Bloom et Fish. À Boston, la police mène l’enquête. Jeffrey Robbins, conservateur du Gardner Muséum, se défend aussi habilement que possible à la télévision. Il ne paiera pas pour qu’on lui restitue les tableaux, affirme-t-il. Quand les deux truands débarquent à la planque, Cazale abat Big Steve, qui venait de buter le chauffeur de la bande. Puisque Roma est mort, il faut trouver une autre solution. Trouver un moyen de pression sur Jeffrey Robbins, le rançonner ? Pas si facile…

Dans ces opérations, chacun mène son propre jeu. Par exemple, Cazale suit sa propre logique, ne réalisant pas qu’en salopant le Rembrandt, il peut tout faire rater. Quant au caïd mafieux Neri, il n’a rien à faire d’un tableau invendable. Le duo Fish et Bloom est, bien entendu, au centre de l’affaire. Bien qu’associés, ils n’ont ni les mêmes caractères, ni des motivations identiques. Au final, qui tirera au mieux son épingle du jeu ? Malgré le suspense tendu, on peut retenir l’angle souriant de ce roman. “­Les experts trouvaient élégant de déclarer une œuvre authentique à 90%. Ils jouaient de ce chiffre pour donner du poids à leur avis, gardant sous le manteau les 10% restant comme marge de sécurité; si par la suite, une toile s’avérait fausse, ils s’empresseraient d’affirmer : j’avais des doutes, voilà pourquoi je n’ai pas dit à l’époque que j’étais certain à 100%.”

Un thriller enthousiasmant.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /2010 07:16
 

En ce début 2010, la collection Suite Noire (Éditions La Branche) publie un savoureux roman de Jean-Paul Nozière:Des manches et la belle. Une comédie noire décalée, voire assez déjantée.

Originaire du Tanganyika, Délicious Djembé écoule des bibelots africains made in China, tout en jouant au braqueur pour le compte de Manu Dobanga. Ce dernier lui a confié une nouvelle mission. Il s’agit d’intercepter le fourgon de trafiquants de faux-billets venus de Finlande. Le coup risque fort de foirer, car Délicious n’a pas compris. Sans doute est-ce à cause de médocs, dont il abuse pour calmer ses migraines persistantes. NOZIERE-2010-1.JPGGlobalement, il voit le topo, c’est l’essentiel pour lui. Près d’un restau d’autoroute, un fourgon avec deux Finlandais sapés bizarre dont l’un s’appelle Rouquin, ça doit être facile à trouver. Délicious repère sa cible supposée : deux croque-morts avec leur véhicule funéraire, faisant une pause dans une pizzeria sur l’aire d’autoroute. Le duo résiste peu quand il les braque. Il n’y a plus qu’à se tirer avec le corbillard. Sur le parking, un prêtre africain rôde autour du fourgon. Ce gêneur risque de contrarier la fuite de Délicious. En réalité, ce curé est en chemin pour prendre son poste au presbytère de Sponge. Ce qui inspire une bonne idée à Délicious. Il va garder les quatre millions d’Euros en faux-billets, et se planquer un temps dans le presbytère en question sous l’identité du prêtre noir. Il bute sans hésiter le curé, le planque dans le corbillard, et prend la direction de Sponge.

José Romero et Louis Rouquin ne sont ni les présumés Finlandais, ni même d’authentiques croque-morts. Ils sont chargés de convoyer le corps de Désiré Kabila jusqu’en Afrique, où la veuve l’attend. Suite au braquage, ils contactent leur “employeur”. Celui-ci se montre d’autant plus inflexible qu’il a pris en otage les compagnes des deux hommes. Romero et Rouquin n’ont d’autre solution que de retrouver au plus vite le corbillard. À Sponge, “un foutu bled perdu au fond d’une foutue vallée balayée par un foutu vent glacial”, un couple de gendarmes est en planque. Ils attendent l’arrivée du curé noir, en situation irrégulière, qu’ils doivent expulser. Le couple interrompt ses petits jeux érotiques quand Délicious et le corbillard se pointent au presbytère. Les gendarmes constatent que ce n’est pas le Noir prévu, mais celui-là ou un autre. Explorant le fourgon, Délicious s’aperçoit qu’il y a un cadavre dans le cercueil, et non le fric espéré. Il ne tarde pas à enterrer le curé Léopold et Désiré Kabila. Manu, au courrant de la guerre entre clans mafieux africains, ne lui apportera aucune aide. Le lendemain, la lumineuse Solea se met au service du nouveau curé…

Quand un Africain à l’esprit embrumé et à l’allure la plus suspecte possible, hermétique au monde des toubabs, croise deux toquards guère plus futés que lui, ça fait des étincelles. Un récit humoristique et agité, bien sûr. Avec des passages ironiques visant certains Européens adoptant un enfant Noir comme si c’était un petit chien, la population française en manque de curés acceptant mal les prêtres venus d’Afrique, sans oublier les choix politiques de la France en matière d’immigration. Il est à craindre que même la désirable, pieuse et chaste Solea, n’ait aucune chance de sauver le pauvre Délicious Djembé. Un roman court et vif, un très agréable moment de lecture.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 07:13
 

Depuis l’automne 2009,Les normales saisonnièresde Pierre Pelot est disponible chez Pocket. Voilà une nouvelle occasion de saluer le talent de cet écrivain.

Vers la Pointe du Raz et la Baie des Trépassés, non loin du port d’Audierne, la petite ville de Pont-Croix est la capitale du Cap Sizun. C’est dans un hôtel de cette bourgade tranquille que séjourne Datier. “C’était un homme d’une cinquantaine d’années, avec des épaules voûtées, trapu, les avant-bras couverts de poils sombres épais. Il avait des cheveux châtains foncés, quelques fils argentés sur le haut des tempes mais pas davantage, pas tellement. Une légère surcharge pondérale le ceignait. Un visage carré, des pommettes hautes et des yeux très enfoncés, un regard doux dans cette architecture faciale plutôt rude.” PELOT-2009.JPG Datier se prénomme Cochise “…ce prénom de malheur dont son père cinglé de western avait tenu à l’affubler et que l’État-civil avait accepté”. Solitaire, adepte des longues marches, Datier va se promener sur les côtes ventées du Finistère-sud. Il y croise une fille inconnue, qui semble attendre quelque chose. À l’hôtel, il sympathise sans se livrer avec la patronne, Marina. Le soir, il sort comme un vacancier voulant découvrir les petites rues historiques de Pont-Croix.

Une seule adresse intéresse Datier : 9 rue du Goyen. Il repère dans cette rue calme la maison anonyme, l’observe depuis un petit refuge mitoyen. Une nuit, il pénètre clandestinement à l’intérieur. Une femme le surprend, s’interpose. Armé, Datier tire à deux reprises, blessant gravement Alicia Largo. C’est un accident, il ne voulait aucun mal à cette personne. Il s’enfuit, se cache dans son abri voisin, tandis qu’arrivent les secours. Le lendemain, Datier se balade à la Pointe du Van, quand un sportif en 4X4 le menace, exigeant qu’il oublie la fille qu’il a croisé ici. Sortant son arme face à l’excité, Datier réplique qu’il n’est pas concerné par leur histoire. Pourtant, plus tard, il rencontre de nouveau la fille. Anne cherche le moyen de fuir Cool (le sportif) et Benji. Petite pute cinglée ou femme en péril ? Datier pense qu’elle dit la vérité. Il va l’aider.

L’agression nocturne au 9 rue du Goyen reste incompréhensible, attribuée à un rôdeur venu cambrioler. Mme Largo est dans le coma. Datier est allé à l’hôpital, l’a approchée, a vu ses proches, mais ne peut rien pour elle. À l’hôtel, l’aimable client esseulé n’est pas suspecté. Son séjour en Bretagne se terminant, il annonce son prochain départ. Il prend un taxi, qui le dépose en gare de Quimper. Toutefois ce n’est que simulation, car Datier n’en a pas fini avec l’habitant de la rue du Goyen. Il est venu pour l’effacer, pour gommer un épisode douloureux du passé. Peu lui importe que l’homme soit ou non en état de se défendre, Datier doit nettoyer une image salie…

D’accord, ce n’est pas un polar. Datier le précise : “Sa cible. C’est ça, sa cible… Essaie de ne pas me parler comme dans un polar. On n’est pas dans un polar.” Certes, ce n’est pas un roman criminel. Pourtant, il y a bien une victime dans le coma, une fille fuyant des types menaçants, et un règlement de comptes vengeur. Avec maestria, Pierre Pelot joue sur plusieurs tonalités dans cette histoire d’un noir romantisme. Notons, quand même, des allusions souriantes : il fut l’auteur des aventures de Dylan Stark, son héros a écrit celles de Red Bridge. Ou encore, dans un Salon du livre : “Elle dépote en rafale, la vache, et moi je suis à côté et je me fais suer, personne ne me voit, ils viennent en hordes faire signer la grosse qu’ils ont vu à la télé.” Néanmoins, c’est évidemment l’ambiance énigmatique qui prime, renforcée par de curieux intermèdes-dialogues, dont le sens apparaît bientôt. L’écriture est très visuelle, riche en détails précis autant qu’en interrogations. Une narration envoûtante, dont cet auteur a le secret depuis bien longtemps. Ce suspense original est un pur régal.
Une autre chronique concernant Pierre Pelot, cliquez ici. ("Les promeneuses sur le bord du chemin")

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /2010 07:16
 

Ancien commandant de remorqueurs de haute mer et de sauvetage, Jean Bulot sessaie au polar avec une réussite certaine. Doté dune intrigue à la solidité éprouvée,Cinq petites poupées noires(Éditions des Équateurs) nest pas un simple roman denquête, puisque cest le contexte criminel qui prime.

C’est une petite île bretonne comptant, hors saison, trois cents habitants, pour la plupart marins retraités et leurs familles, et quelques autres attirés par la qualité de vie de l’endroit. Pour savoir des nouvelles, on est aussi bien informé dans les trois bistrots du village, que par les journaux. Ce matin d’automne, l’infirmière locale découvre chez lui le corps de Pierre, qui s’est pendu. L’autopsie prouvant qu’il était ivre, on ne s’étonne guère du suicide. GOLFE-BulotIl faisait la fête avec ses amis Jojo, Loulou et Lily, quinquagénaires marginaux, s’alcoolisant à outrance. La vie reprend bientôt son cours paisible. Quelques jours plus tard, alors qu’il relève ses filets de pêche, un des vieux îliens y ramène le cadavre de Jojo. La noyade de cet ancien séminariste peut s’expliquer aussi bien par un accident que par un suicide. Peut-être Jojo fut-il choqué par la mort de son ami Pierre.

Aux obsèques du deuxième défunt, une petite poupée noire a été glissé dans la corbeille de la quête. Céline, la secrétaire de mairie, avait déjà remarqué une autre poupée noire chez Pierre. Les autorités préfèrent ne pas ébruiter la chose. D’autant que dans les trois bars de l’île, les “berniques de comptoirs” se posent des questions sur les décès rapprochés des deux amis. On analyse les poupées, qui sont authentiquement africaines, de fabrication artisanale. Les deux rescapés de la bande sont interrogés par le maire, mais Loulou et sa compagne Lily n’en savent pas plus. Tout juste aurait-on vu un inconnu chauve aux obsèques de Jojo. Peu après la Toussaint, Loulou alerte la mairie quand Lily disparaît. Dans la caravane où elle habite, on ne trouve que le fatras habituel. On finit par repérer le vieux vélo jaune de Lily, avant de retrouver son corps.

Selon les gendarmes, il s’agirait d’une chute accidentelle dans les rochers. Pour Loulou, c’est plutôt leur passé trouble à Amsterdam qui refait surface. Quand la caravane de Lily est incendiée, une autre poupée noire a été déposée près du sinistre, avec d’autres indices africains. Le maire est de plus en plus préoccupé par la présence de ces poupées, information qui reste encore confidentielle. C’est au cimetière que Marie-Louise, une dame âgée, trouve le quatrième cadavre, mutilé et crucifié sur une tombe, une poupée noire enfoncée dans sa bouche. Ce nouveau décès, qui ne peut être que criminel, suscite moult commérages dans les bistrots de l’île. La secrétaire de mairie Céline préfère explorer une piste plus concrète. Le dossier que lui prête Marie-Louise contient des éléments significatifs permettant d’approcher la vérité…

Si l’identité des défunts est établie d’avance, reste la manière et la motivation de ces actes. Ambiance énigmatique fort bien servie par une narration fluide, assez enjouée dans ses descriptions. Car, si l’auteur en profite pour évoquer la vie quotidienne sur une petite île, c’est qu’il connaît la réalité du sujet. Le portrait des autochtones et de la population touristique est juste, souvent amusé, sans tomber dans les clichés façon carte postale. Ce qui ajoute un évident attrait à l’aspect plus sombre de cette histoire. D’ailleurs, c’est parce qu’il évite une noirceur trop intense que ce roman est véritablement agréable à lire.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 07:22
 

Publié en 2006 dans la collection Spécial Suspense d’Albin Michel, Noces de glace de Mikaël Ollivier est depuis peu réédité au Livre de Poche. Cette affaire est beaucoup plus subtile qu’une simple enquête criminelle menée par un professionnel.  

Pour des raisons privées, le jeune lieutenant de gendarmerie Martin Le Kerrec a demandé une affectation loin de sa Bretagne natale, dans la vallée de Chamonix. OLLIVIER-Poche.JPGOn vient de retrouver le cadavre de Bertrand Santini, disparu depuis quinze ans. Il avait fait une chute mortelle en montagne, dans une crevasse, à l’âge de vingt ans. Ce décès ne justifie pas une enquête. Pourtant, Le Kerrec est attentif aux réactions des proches de Bertrand. Malgré sa douleur, son père Antoine semble soulagé. Sa mère Isabelle, recevant régulièrement des courriels de Bertrand, le croyait en vie. Marthe et Charles, patrons de l’hôtel local et amis des Santini, affirment ne rien savoir. Le Kerrec sent confusément que c’est faux. Il a remarqué leur fille aînée, Jeanne, qui ressemble tant à Solenne, son grand amour. Rébecca, leur cadette adolescente, paraît mal dans sa peau.

A l’époque de sa mort, Bertrand Santini avait de douteuses fréquentations. Béa, une paumée, faisait partie de sa bande. Elle vient de périr dans l’explosion de l’immeuble où elle végétait. On suppose un accident. Béa était restée en contact avec le chef de la bande. C’est lui qui l’a supprimée afin qu’elle ne parle pas de leur ultime cambriolage, quinze ans plus tôt. Cette fois-là, une couple de joailliers suisses fut massacré dans un chalet. Les diamants volés disparurent. Le Kerrec trouve la trace de Popeye, autre membre du groupe, revenu rôder par ici. Ce délinquant ferait un suspect facile. Des graffitis accusent Antoine Santini de la mort de son fils. Isabelle est dépassée par la situation. Une forte tension règne à l’hôtel, chez Marthe, Charles, et Jeanne. Trop de mensonge ont entouré les faits datant de quinze ans…

Tous les protagonistes sont ici hantés par leurs souvenirs, à commencer par le lieutenant enquêteur. Les états d’âme de Le Kerrec ne sont pas si éloignés de ce dossier. L’auteur offre des indices, signale non-dits et mensonges, suggère des pistes. Certains faux-semblants sont diablement habiles. Notons que tous les personnages sont importants, y compris les rôles semblant secondaires. D’une tonalité très convaincante, l’ambiance évite une inutile lourdeur oppressante. Ce roman impeccable s’avère captivant.

Cliquez ici pour lire la chronique sur son dernier roman publié chez Spécial Suspense, "La promesse de feu".

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 07:12
 

En ce début 2010, les éditions Le Cherche Midi nous présentent “Starvation Lake”, un roman de Bryan Gruley. Une intrigue dexcellent niveau, dont voici quelques éléments.

Starvation Lake est une petite ville au nord de l’État du Michigan, en bordure du lac éponyme. Une région proche de la frontière canadienne, où les hivers sont particulièrement froids. Après avoir été employé dans un quotidien de Détroit, Gus Carpenter est revenu diriger le journal local de sa ville natale. Starvation a connu des périodes plus fastes, quand il était adolescent. Gus se souvient de l’époque où Jack Blackburn s’installa dans le secteur. Il entreprit de créer une solide équipe de hockey sur glace, dont il fut le coach incontesté. Après des débuts décevants, Blackburn parvint à motiver les “River Rats” qui gagnèrent bon nombre de compétitions. Dans l’équipe, il y avait Gus, son meilleur ami Soupy, l’arrogant Teddy Boynton, d’autres encore, qui vivent toujours ici.

GRULEY-mini Leurs succès contribuèrent à la prospérité de Starvation. La marina du père de Soupy attirait les touristes. Patron du pub Enright’s, Q.G. des supporters du club de hockey, Francis Dufresne investissait dans l’immobilier. Blackburn était le héros de la région, admiré des jeunes joueurs comme de leurs parents. Ce n’est pas l’échec des “River Rats” en finale, qui entraîna le déclin relatif de la ville. Ce fut la mort accidentelle du coach Blackburn. Une nuit, sa motoneige coula avec lui dans le lac gelé. Léo, le régisseur du club, en fut témoin et tenta en vain de le sauver. On ne retrouva jamais son cadavre, ce qui n’est guère étonnant. Dix ans plus tard, certains évoquent encore de fumeuses hypothèses sur sa mort.

Aujourd’hui, pour relancer Starvation Lake, Teddy Boynton veut investir dans une nouvelle marina. Il n’hésitera pas à causer du tort à Soupy, mal organisé et largement endetté, qui a hérité de celle de son défunt père. Gus Carpenter ne tient pas à aider Boynton grâce au journal, pour qu’il enfonce son ami Soupy. La motoneige du coach Blackburn est retrouvée par hasard. C’est bien la sienne, mais elle n’est pas dans le lac où il a disparu. Joanie, jeune collaboratrice de Gus qui possède un vrai talent de journaliste, mène immédiatement l’enquête. De son côté, Gus s’interroge, ressassant toute cette époque glorieuse. Le vieux Léo n’a jamais été très loquace. Il reste marqué par l’accident mortel du coach. Gus consulte les archives du journal, conscient que Blackburn avait caché des choses sur une partie de son passé.

Le shérif Dingus Aho ne simplifie pas l’enquête du journaliste. La policière adjointe Darlene, qui fut l’amie de cœur de Gus, ne peut pas vraiment l’aider, mais reste protectrice. Tout à ses projets, Teddy Boynton n’a pas envie de voir resurgir cette histoire. Francis Dufresne ne s’y intéresse pas non plus. La mère de Gus ne lui donne pas un témoignage très complet sur ce qu’elle sait. Officieusement, le shérif donne à Gus la copie d’une curieuse reconnaissance de dette. Ni une preuve, ni même une piste à suivre. Soupy a déjà des ennuis à cause de ses problèmes financiers. Il en risque de bien pire, s’il est prouvé qu’il a été mêlé à la mort de Blackburn. Gus ne peut laisser tomber son seul véritable ami. Son enquête prend une tournure délicate, lui-même finissant par être pourchassé par les flics. Le décès de Léo est un déclencheur, Gus menant ses investigations jusqu’à Washington DC. Il finit par définir les rôles des principaux témoins de l’affaire, sordide dans les faits, cynique dans le bizness qu’elle générait…

C’est donc la chronique d’une petite ville et de ses sombres secrets. Elle a bénéficié d’un essor et d’une prospérité, qui masquaient une réalité beaucoup moins reluisante. Alors adolescent, Gus Carpenter garde des souvenirs positifs de ce temps-là, et nous les raconte. Certains épisodes furent moins agréables, sans doute. Si, désormais, il y a bien une malédiction sur cette ville, c’est le hockey qui en fut la cause. Aucun de ceux qui ont vécu ou connu les faits ne sont innocents. Gus doit ouvrir les yeux sur la vérité, mais il n’est jamais en position de force. C’est bien ce qui fait de lui un personnage assez attachant. L’auteur crée une ambiance troublante, où planent les non-dits, l’imprécision hypocrite des mémoires. C’est comme si la situation pouvait à tout moment basculer en défaveur de Gus (et de Soupy), alors qu’on le sent sur le bon chemin. Il convient de s’installer dans ce noir suspense, de se mêler à la vie des protagonistes, afin d’apprécier la saveur de ce très bon roman.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /2010 07:18

 

C’est un réel bonheur que de suivre notre cousin sicilien Salvo Montalbano dans ses aventures. Il n’est pas donc nécessaire de souligner les qualités deLes ailes du sphinx (Fleuve Noir), puisque c’est une évidence. Voici un petit résumé du nouveau roman d’Andrea Camilleri.

On a trouvé le cadavre d’une jeune femme nue dans l’ancien ruisseau servant de décharge, sur la route de Montelusa. C’est un coin où les rendez-vous sexuels sont habituels. La victime a été défigurée par un tir au visage, ce qui la rend impossible à identifier. En réalité, elle a été tuée ailleurs, au moins vingt-quatre heures plus tôt. On l’a déshabillée et lavée avant de la déposer là, vu que ses vêtements devaient être ensanglantés. 10-CAMILLERI-1.JPG Son seul signe distinctif est un tatouage sur l’omoplate, un papillon sphinx. On a juste découvert de la poudre rubis sous ses ongles. Le commissaire Salvo Montalbano demande à un ami journaliste-télé de lancer un appel à témoins. L’autre affaire en cours est moins préoccupante. Le kidnapping de M.Picarella, il n’y a que son épouse qui y croit, qui insiste. On l’a vu dans un night-club de Cuba, comme le prouve une photo.

Un témoin pense avoir reconnu la jeune victime de la décharge. Cette Katia, une Russe brune de 23 ans, il l’a employée comme aide à domicile. Ce n’est peut-être pas elle, car la morte est blonde. Ingrid, la bonne copine de Montalbano, aide le commissaire à oublier le silence persistant de sa compagne Livia. Ingrid a eu, elle aussi, une employée de maison russe. Cette Irina lui a volé des bijoux, avant de disparaître. Comme Katia, elle était originaire de Scelkovo. Elles étaient prises en charge par l’association La Bonne Volonté, dirigée par Monseigneur Pisicchio et par le chevalier Piro. Plutôt antipathiques, ces deux-là, estime Salvo Montalbano, qui renifle là une odeur de fric et de roussi. Une troisième fille de Scelkovo, Sonia, fut aussi hébergée par l’association avant de disparaître. Ça mérite une petite enquête sur le fonctionnement de La Bonne Volonté.

Montalbano découvre qu’il existe une quatrième Russe, Zin, maquée avec un petit délinquant. Toutes portent le même tatouage, toutes sont passées par la fameuse association. Justement, le Questeur fait comprendre à Montalbano qu’il ne doit pas s’occuper de La Bonne Volonté, conseil qu’il s’empresse d’ignorer. Katia est bientôt repérée. Employée chez un notaire, elle est sous la protection d’un curé qui n’apprécie guère l’association de Mgr Pisicchio. Les adjoints du commissaire ont tenté de savoir d’où venait la poudre rubis, que la victime avait sous les ongles. Ce n’est pas chez les utilisateurs qu’il faut chercher, mais chez un fournisseur de cette poudre. Montalbano imagine bientôt le bon scénario…

Si, à 56 ans, il reste adepte des bons repas et des plats de poisson frais, l’ami Salvo se sent gagné par “l’alibi de la vieillesse”. Néanmoins, dès que se présente une enquête criminelle sérieuse, le revoilà dans l’action. Avec une intrigue de bon aloi, comme sait les concocter Camilleri. Et ce n’est pas parce que l’affaire semble bouclée trente pages avant la fin qu’elle est terminée. Sans oublier une belle part d’humour, parfois grinçant. (“Dans le parking, le commissaire s’atrouva à côté d’une Ferrari. À qui appartenait-elle ? Certainement à un crétin, quoi que pût être le nom du propriétaire écrit sur la carte grise. Parce qu’y pouvait y avoir qu’un crétin pour se promener au pays dans une voiture pareille. Et y avait aussi une deuxième catégorie d’imbéciles, parents très proches des crétins à Ferrari, c’était celle des gens qui, pour aller faire leur marché, se prenaient leur tout-terrain à quatre roues motrices, avec quatorze phares grands et petits, boussole et essuie-glaces spéciaux anti-tempêtes de sable.”)
Des romans qu’on lit toujours avec un très grand plaisir.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 07:20
 

Ce n’est pas exactement un "nouveau" roman de Jean-Bernard Pouy, puisque cette histoire fut publiée par épisodes en 2006 dans la revue Shanghai Express. Conforme aux traditions de la Littérature populaire, “Les Compagnons du Veau d’Or parait aujourd’hui chez Baleine.

Drano est un anarchiste parisien publiant un fanzine, “Ni Dieu Ni Maître Ni Patron”, qu’il vend sur le marché et par abonnements. Son ami Marcel s’inquiète de la disparition d’Éva, prostituée venue de Lituanie dont il est amoureux. Elle aurait été recrutée par “des potentats plein de fric, des mecs sans foi ni loi [régnant] sur l’économie européenne.” Une confrérie de financiers retenant une prostituée dans un manoir breton, voilà une affaire qui intéressera les lecteurs de Drano. 10-POUY-1.JPG Direction la Bretagne, où il enquête de Guingamp à Morlaix en passant par Paimpol. Pendant ce temps, Éva s’interroge dans sa prison dorée. Être le jouet sexuel de ces huit hommes masqués de cuir rouge n’est pas ce qui la tourmente. D’autant que majordome Igor lui offre d’agréables moments. Mais elle a assisté à une terrible scène. Prisonnier de la confrérie, un homme a été supplicié et mortellement empalé. Étant témoin d’un meurtre, Éva craint d’être éliminée.

La victime est Jean-François Ledonnec, puissant PDG. Quand sa disparition est annoncée, ça n’attriste guère Drano : “Un patron de moins, c’était toujours bon à prendre, surtout quand c’était comme le Ledonnec un gangster en col blanc tâché par la sueur des travailleurs esclaves.” C’est le troisième dirigeant de grandes entreprises qui disparaît en peu de temps. Il faudra que Drano fouille dans ses archives au sujet de ces trois-là. Alors qu’il se trouve en gare de Morlaix, Drano repère la blonde Éva. Le majordome Igor était chargé de la supprimer. Il a préféré lui rendre la liberté, lui conseillant de retourner à Tallinn et de s’y faire oublier. Éva raconte à Drano les faits dont elle a été témoin au manoir. L’étonnante méthode moyenâgeuse utilisée pour tuer Ledonnec amène diverses hypothèses. Secte ésotérique fascisante ou groupe d’acharnés de la jungle capitalisme, ces types-là s’avèrent dangereux. Drano met Éva à l’abri.

La disparition d’un autre PDG, Le Fèvre des Arcs, doit être aussi imputée à cette mystérieuse confrérie. Le quatrième financier visé risque fort d’être Dennis Thurbank, un requin des affaires qui ne manque pas d’ennemis. Drano fait un saut à Paris, pour charger Marcel de dénicher des infos dans ses copieuses archives, et pour acquérir un pistolet anonyme. Il braque le mac d’Éva afin d’obtenir quelques renseignements supplémentaires, puis il retourne à Morlaix. La jeune femme choisit de rentrer sans attendre dans son pays balte. Drano bénéficie d’un petit coup de pouce du destin, qui lui permet de prendre Igor en filature. Après avoir situé le manoir de Pentrec, encore faut-il trouver le moyen d’affronter les membres de la confrérie…

Prix Paul Féval du Roman populaire 1996, Jean-Bernard Pouy s’inspire ici de la grande tradition feuilletoniste. Avec les personnages classiques de ce type d’intrigues : l’enquêteur qui agit pour la beauté du geste, la fragile héroïne en péril, le groupe d’énigmatiques comploteurs dans leur manoir mystérieux caché au cœur du terroir, le majordome aux airs de brute mais au grand cœur. Étant bien entendu qu’un héros anarchiste ne peut en aucun cas alerter la police avant avoir toutes les preuves. Meurtres cruels, indices incertains, courses poursuites, et dangers en tous genres font évidemment partie des ingrédients indispensables. Parmi les codes respectés, chaque fin de chapitre coupe l’action, incitant à entamer le suivant : “Éva descendit sur le quai. La première chose qu’elle vit, ce furent cinq policiers en uniformes qui, près de la sortie, regardaient sans sa direction” (Vont-ils l’arrêter ? Vous le saurez au prochain épisode). Comme les feuilletons d’autrefois, ce suspense est désormais publié en roman complet. Un vrai suspense populaire !


Voilà l’occasion d’évoquer un autre livre de Jean-Bernard Pouy, “En haut Dumas” (Eden, 2002), illustré par Philippe Lechien. Cette histoire s’inscrit une fois encore dans la tradition du roman populaire, chère à l'auteur. Alexandre Dumas restant une des figures tutélaires de cette littérature, on peut considérer ce texte comme un hommage à celui-ci. Avec une belle dose d’esprit anar, bien sûr. POUY-LECHIENC’est dans un de ces petits bistrots de quartier, à l’ambiance bon enfant, que nos sympathiques héros se réunissent. Leurs modestes “exploits” sont plein de saveur. Les dessins complètent fort agréablement le récit.

Le Reinitas est un bistrot de la rue Alexandre Dumas, à Paris. Trois hommes s’y donnent rendez-vous une fois par mois, le deuxième mercredi, à onze heures tapantes. Mousquetaires venus chacun de leur banlieue, Hamid, Gérard et Da Silva sont d’anciens militants éjectés de leur syndicat, jugés trop virulents. Ils sont devenus spécialistes en petites arnaques. Ensemble, ils élaborent des coups ni trop dangereux, ni contraignants, selon le triple principe : humilité, précision, inattendu. “Ça faisait trois ans qu’ils fonctionnaient ainsi. Tout roulait comme sur des roulettes, au moins aussi parfaitement huilées que les roulements à bille qu’ils fabriquaient avant, le nez dans la chaîne et les mains dans le cambouis.” Dérober des voitures de luxe sous prétexte de lutte anti-alcoolique, ou refiler deux mille CD de Léo Ferré, ils ne manquent pas d’initiatives originales.

Ce jour-là, malgré la grève, le trio est globalement ponctuel au rendez-vous. Ils apprécient ici l’ambiance familière de bistrot parisien traditionnel : “…tout ce qui fait qu’un bar est un théâtre proposant la même pièce tous les jours, à la même heure, avec les mêmes clients devenus d’imperturbables spectateurs, des vrais, ceux qui n’aiment pas que mute la mise en scène.” Le cinéphile Hamid tente toujours de séduire Margot, belle serveuse du Reinitas. Aujourd’hui, ce qui occupe les trois amis, c’est le prochain transfert des cendres d’Alexandre Dumas au Panthéon. Ne sont-ils pas les fils spirituels de Monte-Cristo, menant une perpétuelle vengeance contre le haut patronat et la société actuelle ? Il faudrait mettre au point une idée symbolique, marquante et un peu rémunératrice, pour s’associer à l’évènement : “Il ne fallait pas oublier de toujours faire coïncider leur lutte avec celle, juste et permanente, contre les nantis.”

Grâce à l’Internet de Margot, le trio collecte un paquet de renseignements, sur Alexandre Dumas, sa vie, son œuvre. Quand arrive le jour J, ils sont fin prêts, déjà en action. Rien moins qu’une prise d’otage. Le PDG qu’ils séquestrent ne devrait pas sous-estimer ce trio d’amateurs. Car Dumas imagina dans ses romans plusieurs exemples de châtiments et de vengeances…

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /2010 07:21
 

Les amateurs de comédies policières connaissent certainement les romans de l’australien Shane Maloney. Retour sur ses deux premiers titres traduits en France.

MALONEY-1.JPG"Ça fait moche dans le tableau" (Le Masque, 2004)

Melbourne, 1989. Murray Whelan est le conseiller du ministre Agnelli, qu’on vient de nommer aux Affaires Culturelles. Murray n’y connaît rien. Aussi s’empresse-t-il de rencontrer des personnes qualifiées. Loyal soutien de leur parti politique, le riche Lloyd Eastlake est surtout un important décideur dans le domaine artistique. Grâce à lui, le ministère va acheter à l’homme d’affaires Max Karlin une superbe toile du défunt peintre Szabo. Directrice du Centre d’Art Moderne, Fiona Lambert a appuyé cette initiative. Elle fut une proche de Szabo, et valorise son œuvre.

Murray est attiré par la belle Salina Fleet, critique d’art. Marcus Taylor, jeune peintre dont Salina se dit la fiancée, est retrouvé mort dans les douves de la National Gallery. On pense à un suicide protestataire, après qu’il eût fait scandale dans une soirée. Cette mort, qui peut aussi bien être un accident, risque de nuire à son ministre. Murray se renseigne donc sur Marcus. Il semblait être le fils illégitime de Szabo. Dans son studio, Murray remarque un tableau identique à celui acheté par le ministère. Mais les toiles peintes par Marcus disparaissent bientôt. Selon Salina Fleet, Marcus pratiquait l’appropriation, plutôt que de véritables copies. Murray s’interroge sur Spider, le chauffeur de Lloyd Eastlake, un ami d’enfance avec lequel il a un contentieux. Obelisk Trust et Austral Fine Art sont des sociétés aux activités peu claires. Elles sont dirigées par Eastlake, qui a beaucoup investi dans les projets de Max Karlin. En faisant réparer un tableau abîmé, Murray s’aperçoit que c’est une copie – qui fait partie de tout un lot

La tonalité du récit est franchement souriante, voire parfois désopilante. Le milieu politique décrit est universel, avec ses décideurs occultes. Les experts artistiques prétentieux au langage nébuleux ne sont pas épargnés. Surtout, la vie privée de Murray Whelan est plus qu’agitée. Il ne peut guère consacrer de temps à ses amours ou à son fils Red. Le rythme de ses aventures est soutenu. La comédie ne doit pas faire oublier les ingénieuses touches de suspense..

MALONEY-2"Bien joué !" (Le Masque, 2005)

Australie, 1990. Murray Whelan est toujours le conseiller du ministre Agnelli. Le comité d’organisation pour la candidature de Melbourne aux Jeux Olympiques de 1996 lui confie une mission. On craint que les Koories aborigènes sapent les efforts du comité. Murray est chargé de calmer Ambrose Buchanan, militant le plus actif des Koories. Ils se connaissent un peu, et s’apprécient. Murray sait que les arguments des Noirs sont justes. Pour éviter tout trouble, Ambrose demande la création d’un Institut Aborigène des sports, destiné aux athlètes noirs. Le ministre des Sports et son conseiller, Denis Dogherty, approuvent l’idée.

La jeune Holly, prof d’aérobic amie de Murray, a des problèmes avec son ex-fiancé Steeve. Cet haltérophile est de plus en plus nerveux, depuis qu’il se dope aux produits vétérinaires pour chevaux. Protéger la belle Holly contre ce colosse n’est pas aisé pour Murray. Un prometteur athlète Koori est assassiné. Steeve peut être soupçonné, ainsi que des skinheads racistes. Ce meurtre énerve Ambrose, ainsi que le violent cousin de la victime, Deadly Anderson. Il traque Steeve. Conseiller et beau-frère du ministre des Sports, Denis a disparu. Tout ça est problématique, car le comité d’évaluation du CIO arrive bientôt. Murray et Holly retrouvent Denis, mourrant, chez Steeve. Denis et le ministre sont les oncles de Steeve, qui se cache après cette mortelle agression. Voilà une parenté avec un fou furieux dopé qu’il est préférable de ne pas rendre publique. Le père de Steeve fut un sportif polonais, qui joua les transfuges aux J.O. de 1956 à Melbourne. Murray se renseigne sur cette vieille histoire…

Shane Maloney épingle ici le monde sportif. Il faut admettre que l’olympisme est plus proche de la politique et de l’économie que du sport. Les relations ethniques avec les aborigènes restent en Australie un sujet délicat, qu’il aborde également. Ces thèmes sont traités avec un humour sarcastique, plus grinçant que le roman précédent.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 07:31

Publié aujourd’hui dans la collection “Domaine policier” chez 10-18, "Bad Monkeys" de Matt Ruff est un roman véritablement fascinant. Avant d’en dire plus, il est préférable de survoler l’intrigue.

Jane Charlotte a été arrêtée à Las Vegas, pour le meurtre d’un nommé Dixon. Ses déclarations dénotant la démence, elle est interrogée par le Dr Richard Vale. Jane affirme appartenir aux Bad Monkeys, dépendant d’une organisation secrète qui supprime les êtres malfaisants. Elle accepte de lui raconter sa vie, depuis son jeune âge. 10-RUFF.JPG À 14 ans, elle habite San Francisco avec son jeune frère Philipp, dix ans, et leur mère. Les relations entre mère et fille devenant violentes, on confie Jane à son oncle et sa tante. Le village de Siesta Corta est le plus ennuyeux du monde, mais elle sympathise avec Carlotta Diaz, qui va dans le même lycée. Jane a bientôt la preuve que le concierge de l’établissement est ce fameux “Ange exterminateur” qui martyrise des enfants dans la région. La police ne la croit pas. L’organisation Omnes Mundum Facimus lui apporte son aide très discrète. Le revolver MN qu’on lui donne permet d’éliminer des coupables sans laisser de traces, puisque MN signifie Mort Naturelle.

Le Dr Vale souligne quelques incohérences avec le passé connu de Jane. Celle-ci répond qu’il en existe aussi dans la Bible, sans qu’on remette en cause sa véracité. Jane poursuit son récit. Son frère Phil garde épisodiquement le contact, à Siesta Corta. Puis elle étudie inutilement à l’université. Jusqu’à sa trentaine d’années, elle mène une vie plutôt paumée. Elle espère confusément qu’un jour, l’organisation OMF aura besoin de ses services. Quand son frère lui suggére “d’œuvrer pour une vie meilleure”, elle fait quelques tentatives d’insertion en ce sens. Le 10 septembre 2001, Jane est appelée comme juré dans un procès. Elle connaît l’accusé, ce qui provoque des suites funestes. C’est là que Jane est contactée par Robert True, qui teste sa motivation dans la lutte contre la Mal. La première étape réussie (elle fait même coup double), on lui confie une mission d’homologation avant de l’engager dans les Bad Monkeys.

Bien que la mission ait été en partie ratée, elle devient agent de l’organisation. Toutefois, M.Dixon (du service de la Malfaisance) enquête sur Jane. Il dissèque les fantasmes et comportements sexuels de la jeune femme. Jadis, elle flashait sur les beaux mecs mineurs. Tout se passa bien avec Miles Davis, mais un autre cas fut plus problématique. Jane reste intégrée aux Bad Monkeys, mais perçoit le harcèlement de Dixon. Finalement, on l’oriente vers une mission à Las Vegas. Avec son supérieur Robert Wise, elle doit régler un cas de cryogénie et de racket qui prend une tournure explosive. Jane apprend que son frère Phil a été endoctriné par “La Troupe”, organisation ennemie d’OMF, dédiée au Mal…

Il s’agit d’un roman inclassable, en limite de plusieurs genres. Rien à voir, donc, avec un strict suspense criminel, pas plus qu’il n’entrerait dans la pure catégorie Fantastique, malgré des aspects fantasmagoriques. L’auteur fait d’ailleurs allusion au cas de ces Américains prétendant avoir été enlevés par des extra-terrestres, pour relativiser le récit de Jane. La vérité est beaucoup plus complexe, bien sûr. Cette histoire repose sur le témoignage de la jeune femme. Cherche-t-elle à convaincre qu’elle vécu une réalité parallèle, à mystifier le médecin ? Non, elle raconte librement les faits qu’elle dit avoir traversés. Ceux-ci furent aussi mouvementés que mystérieux, avec une part d’humour ou de dérision. Faut-il chercher ici une réflexion philosophique sur le Bien et le Mal ? Ce serait une lecture nettement trop basique (et assez conformiste). On peut considérer plutôt que Matt Ruff joue les illusionnistes, maître en faux-semblants. Le résultat est formidablement passionnant.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 07:16
 

À l’automne 2009, Thierry Marignac a publié un recueil regroupant onze nouvelles, intitulé "Le pays où la mort est moins chère" (Éd.Moisson Rouge). Évoquons brièvement ces textes, avant d’émettre une sorte de synthèse.

9.79. B.J. est un athlète qui s’entraîne au Canada, après une blessure au tendon. Ce ne sont pas les Russes qui partagent le centre avec lui qu’il veut écraser, c’est son rival américain Carlito, dit Golden Boy. Le Doc fournit à B.J. les médicaments les plus efficaces. Le coach Charlie complète avec le programme mental. Venue des bas-fonds de Kingston, la pute Cynthia assouvit ses excès d’énergie. En cas de souci sexuel, le Doc a le remède adéquat. En compétition à Tokyo, B.J. va montrer comment lerocketéclate le record, mais… MARIGNAC-2a.JPGSans cœur ni couronne. Un intrus pénètre dans un centre culturel français à l’étranger. Le grand blond de la Sécurité est vite mis hors service. D’autres gorilles sont aux trousses de l’intrus, mais il connaît les lieux. Il fait diversion en incendiant la bibliothèque. C’est la prof de piano qu’il est venu chercher. À cause d’une sombre manipulation dont cet intrus fut l’objet.

Scrath. Brumm est le producteur du groupe musical de Shaman, le frère de sa compagne Saïda. Une séance d’enregistrement est prévue avec ces rappeurs de Banlieue Noire. Avant, Shaman et sa bande fêtent la victoire de son cadet Niki dans un combat de boxe. Quand une marée de flic investit Banlieue Noire, traquant rappeurs, tagueurs et dealers, c’est la baston générale. Saïda est interpellée par la police. Ses amis ont les moyens de la faire libérer…Le pays où la mort est moins chère. Cannibale est dealer, autour de Barbès. Pratiquant de bons tarifs, il est très sollicité. Au fil des rues, il poursuit son bizness. Les doses croisent les billets. Toutefois, les accros s’avèrent bien trop nombreux, des dizaines. Drogués plus opiniâtres que d’autres, un homme et deux femmes réussissent à le pister jusqu’à son hôtel du Sacré-Cœur.

Aussi mort que Napoléon. De souche populaire, Loutrel s’associe à deux amis issus de l’aristocratie pour créé le Groupe. Vivant dans une semi-marginalité, le trio connaît plus de mésaventures que d’exploits. Puis le duo de sang-bleus s’engage dans l’armée, et part dans les Balkans. Loutrel devient traducteur dans les pays de l’Est. Alors qu’il rentre en France, il fait la connaissance du colonel Demiremont. Cet ancien militaire est conseiller d’officines occultes. Les amis aristos de Loutrel reviennent eux aussi à la vie civile. Le Groupe se reforme vaguement, pour venger une humiliation du passé. Mais quand Demiremont est victime d’un accident, Loutrel s’interroge sur l’aisance de ses amis…Déchiré. Un dealer miné par la drogue essaie de décrocher, tout en négociant au bar de Falco un kilo de stupéfiants avec son fournisseur Lucky. Ses clients marocains attendent, ils ne plaisantent pas. Des complications sont à craindre…

Fille perdue. Séductrice déjà flétrie, cette femme de 45 ans est une habituée du bar de Mokthar. Un inconnu, client de passage, se laisse conquérir par cette femme. Ils deviennent amants. Elle lui raconte des éléments de sa vie, restant secrète sur ses sources de revenus. Si l’homme pense savoir, il ne doit surtout pas se montrer indiscret. Néanmoins, il risque finalement de sérieux ennuis…500 Francs. La soirée couscous merguez dans le restau d’Aziz réunit un duo de clients et des travelos, dont La Grossequi ne manque pas de personnalité…Blancs-becs”. Suite à un deal foireux, deux blancs-becs sont les otages d’un Manouche. Leur pote Fred n’est toujours pas de retour, et il ne répond plus. C’est que Fred est au bord du suicide par overdose, dans un hôtel (mais lequel?) entre Opéra et Saint-Lazare. L’un des blancs-becs se joint au père et à la petite amie de Fred pour le repérer — et récupérer le lot de drogue du Manouche.

“Les hybrides”. Début des années 1980. Karl et Bob, deux exilés vivant en marginaux à Paris, sont fascinés par les transsexuels brésiliens, les Hybrides. Un peu de drogue de synthèse en échange d’une orgie sexuelle. En ce temps-là, on ne connaissait pas le Sida… “Le monde d’avant”. En 1979, quelques jeunes, losers soi-disant intellectuels, partagent un appartement de la rue Blondel. Il n’y a que les shoots de drogue qui les intéressent. Quand leur ami Schmilblik sort de l’hôpital après une baston, ils sont prêts à fêter ça avec un explosif cocktail de stupéfiants…

Poursuites, règlements de comptes, et kamikazes, telles sont les trois approches choisies par l’auteur pour classer ces nouvelles écrites sur vingt ans. Portraits d’individus ou de groupes, ces textes apparaissent somme toute moins disparates qu’il ne semble. Les personnages décrits expriment souvent un esprit de liberté, aux confins de la marginalité, au risque de la dépendance à la drogue. Outre ce “sujet de société” marquant de notre époque qu’est l’univers des dealers et de leurs clients, ne cherchons pas exactement un point commun. C’est plutôt le reflet plausible d’expériences de vie, de rencontres, d’erreurs. Tout ce qui fait la sombre réalité humaine, simplement. Gardant une certaine distance vis-à-vis de ses héros, Marignac est un témoin qui raconte sans juger.

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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 07:20
 

Chez Ernest Hemingway, il y a le talent d’écrivain et la légende qu’il se créa. On peut adorer ses romans, ses nouvelles, tout en désapprouvant l’image qu’il donna de lui-même. Hemingway fut un être d’une rare complexité, aussi fascinant que détestable. PADURA-Hemingway.jpgLeonardo Padura ne cache pas qu’il transfère à son héros Mario Conde sa relation tumultueuse d’amour-haine, ses propres dilemmes concernant cet immense écrivain. Néanmoins, c’est un portrait lucide, réaliste, et tendre qu’il nous propose. Même malade et déclinant, celui qui avait tout expérimenté n’apparaît pas pitoyable.

Dans “Adios Hemingway”, l’intrigue criminelle et son réel suspense sont destinés à l’évoquer, sous plusieurs facettes, et dans le contexte de l’époque. Cet hommage tout en finesse est sans préjugés, ni concessions, largement souriant. Un roman subtil, intelligent, absolument remarquable !

A Cuba, Mario Conde a quitté la police depuis huit ans. Ecrivain, il vit du négoce de livres anciens. Son ami le lieutenant Palacios fait appel à lui pour une enquête particulière. Un cadavre a été déterré à la Finca Vigia, l’ancienne propriété d’Ernest Hemingway, devenue musée en son honneur. Tué à la fin des années 1950, cet homme appartenait au FBI : on a trouvé sa plaque officielle près de lui. Mario Conde fut un grand admirateur d’Hemingway, qu’il croisa une fois étant enfant. Depuis longtemps, il éprouve un sentiment mitigé envers ce monstre de la littérature. Même pour Hemingway, tuer quelqu’un n’aurait pas été un acte anodin.

PADURA-Hemingway2Sa compagne étant absente, le soir du mercredi 2 octobre 1958 Hemingway est presque seul. Il n’est entouré que de son fidèle serviteur Raul, de son factotum et ami Calixto, et du chien Black. Armé, il fait une dernière ronde autour de chez lui. Il trouve un insigne du FBI, laissant supposer une présence indésirable.

Conde visite la maison de l’écrivain, s’imprégnant de son esprit. L’histoire de la culotte d’Ava Gardner l’impressionne. Il interroge ensuite des témoins ayant bien connu Hemingway. Toribio fut le dresseur de ses coqs de combat. Conde sent le respect qu’inspirait ce diable d’homme aux Cubains avec lesquels il fraternisa. Malgré tous ses défauts, il n’était ni arrogant, ni pingre. Ruperto s’occupait du Pilar, le yacht de l’écrivain. Il est méfiant, mais Conde note un détail dans ses propos. Ex-condamné pour meurtre, Calixto quitta brusquement Cuba sur le yacht en octobre 1958. Conde recoupe les faits et les dates. Quand il découvre la vérité, Conde estime que ternir l’image d’Hemingway à cause de cet épisode serait injuste

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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 07:13
 

Excellente initiative que de rééditer chez Points “Couverture dangereuse” de Philip Le Roy. Voilà un vrai roman d'aventures, plein de rythme, de violence, et de suspense. Victime d'une machiavélique machination, le héros traverse les pires périls en compagnie de femmes belles et intrépides. Si les péripéties ne manquent pas, c'est raconté avec un certain humour, un décalage indispensable dans ce cas. Le récit est parsemé de clins d'œil et d'extraits de chansons. Le_Roy-2009.jpg C'est captivant et souriant, comme il se doit pour un pur divertissement de belle qualité.

Alcoolique et névrosé, Red Coleman quitte peu son ranch d'Arizona. Son épouse Susan lui demande de la rejoindre à Nice, où elle participe à un congrès pour son association caritative. A l'arrivée, celle qui accueille Red dit être Susan, mais ce n'est pas sa femme. Abruti par la boisson, il ne sait plus trop. D'autant que son beau-frère lui confirme que c'est bien Susan. En tout cas, c'est une championne question sexe. Le lendemain, Red est la cible d'un mitraillage à la terrasse d'un bar. Il en réchappe. Il apprend qu'il est client de l'hôtel sous le nom de Paul Kaplan. Ce que confirme son passeport. Les espions israéliens qui le surveillent pensent aussi qu'il est ce Kaplan.

Marilyn, jeune comédienne française ayant le goût de l'aventure, vient en aide à Red. Ils découvrent le nom de la supposée Susan : Dawn Kaplan. Elle est en fuite. Grâce à des faux papiers, Red rentre aux Etats-Unis accompagné de Marilyn. Kaplan vit sous l'identité de Red, au ranch, avec la vraie Susan. L'association caritative de celle-ci masque une organisation terroriste islamique, dont Kaplan est le chef. Susan est plus motivée par l'ambition que par la foi. Ils ont déjà tué un témoin pouvant reconnaître Red. Marilyn et Red retrouvent la trace de Dawn, métis indienne, par l'intermédiaire d'une de ses collègues prostituées, Marcy. Entre le proxénète Dave Marlin et ses sbires, les agents du Mossad, et les tueurs complices de Kaplan, Red et Marilyn sont sans cesse en danger. Après un carnage éliminant Marlin, Dawn se joint à eux dans leur fuite mouvementée. Le parcours d’obstacles de Red est loin d’être terminé…

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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 07:11
 

Paru en 2003, “Le chant des corbeaux” d’Erin Hart est réédité chez Pocket depuis 2005. Entre mystères parallèles et péripéties qui se succèdent, ce roman s'avère réellement captivant.

Erin_Hart-2003.jpgIl arrive qu’on retrouve des cadavres assez bien conservés dans les tourbières d’Irlande. Mais la tête décapitée d’une jeune femme, c’est très rare. L’archéologue Cormac Maguire et le Dr Nora Gavin se déplacent à Dunbeg pour examiner les restes de cette mystérieuse rousse. Puis elle sera autopsiée à Dublin… Une énigme plus récente agite le village. Mina Osborne et son fils en bas âge ont disparu depuis plus de deux ans. La rumeur désigne le mari, Hugh Osborne. C’est aussi ce que pense l’inspecteur Devaney, obsédé par ce dossier. Ici, on soupçonne Osborne d’être le père de la fille bâtarde d’Una McGann. Una vit avec ses frères, Fintan le musicien, et le taciturne Brendan.

Osborne propose à Cormac de pratiquer des fouilles archéologiques sur un terrain voisin du vieux prieuré en ruines. Nora accepte d’aider Cormac. Osborne les invite dans son manoir, à Bracklyn House. Là vivent aussi des cousins d’Osborne, Lucy et son fils un peu sauvage, Jeremy. Grâce à une bague trouvée dans la bouche de la rouquine, on situe son exécution après 1650. A cette époque, la famille O’Flaherty – qui possédait Bracklyn House – fut déportée. Une tour isolée porte encore leur nom. Sans doute est-ce Jeremy qui s’y réfugie souvent. Selon des documents, la rousse pourrait être Annie McCann, condamnée en 1654 pour infanticide.Erin Hart-Pocket2005

Tandis que le policier Devaney poursuit l’enquête autour d’Osborne, on cherche à impressionner Nora pour que Cormac et elle partent. La menace se précise. Brendan n’y est sûrement pas pour rien. Une nuit, Osborne tente de se suicider, puis Jeremy est sérieusement blessé suite à l’incendie de la tour. Avant de sombrer dans le coma, il laisse une indication. Les cadavres de Mina et de son fils sont découverts dans une proche salle souterraine. Dans le même souterrain, Cormac et Nora ont déterré un corps sans tête et un bébé. C’est bien le cadavre de la rousse. Quand ils reconstituent son histoire, ils prouvent qu’elle fut victime d’une fausse accusation…

Erin Hart a cherché une authenticité évitant d’évoquer l’Irlande rurale à la manière d’une carte postale. Traditionnel, le décor s’inspire de la réalité. Et la complexe Histoire irlandaise est utilisée à bon escient. Le vécu de Nora, Cormac, et Devaney, est un peu chargé mais reste plausible. La disparition de Mina Osborne donne une intrigue de bon niveau. Le cas de la cailín rua (la rouquine) est tout aussi intéressant. Un suspense à redécouvrir.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /2010 07:16
 

Réédité à l’automne 2009 chez J’ai Lu, “Métal brûlant” de Sandra Brown montre la véritable maîtrise narrative de cette romancière. Elle sait mêler le suspense à une affaire plus sentimentale, sans négliger l’ambiance sombre qui règne ici.

Destiny est une petite ville de Louisiane. Sa seule industrie, c’est la fonderie des Hoyle. Elle est dirigée par l’autoritaire Huff Hoyle, avec ses fils Chris et Danny. Les conditions de travail y sont épouvantables. Mais Huff n’a nullement l’intention de sécuriser son usine. Encore moins d’y laisser entrer un syndicat. Vivant depuis dix ans en Californie, Jane Lynch est la fille de Huff. Elle déteste ce père qui lui a gâché sa jeunesse. BROWN_Metal_brulant.jpg Si elle revient à Destiny, c’est pour saluer la mémoire de son frère Danny, qui vient de se suicider. Dès son arrivée, elle est approchée par Beck Merchant. Cet ami de Chris est l’avocat des Hoyle.

Si le vieux shérif est à la solde de Huff Hoyle, son jeune adjoint doute que Danny se soit suicidé. Jane décide de rester quelques jours, afin d’éclaircir la question. Son père estime que Danny était un faible, et que son récent intérêt pour la religion n’a rien arrangé. Se suicider dans un cabanon de pêche, alors que Danny n’aimait pas la pêche, c’est curieux. Surtout, Jane apprend que son frère était heureux de bientôt se marier. La jeune femme réalise combien la fonderie paternelle est dangereuse pour les ouvriers. Elle est prête à soutenir Charles Nielson, un leader syndical qui lance l’idée d’une grève à l’usine.

Un nouvel accident grave donne du poids au combat de Nielson pour la sécurité. Si elle n’est pas insensible au charme de Beck Merchant, Jane n’oublie pas que l’avocat défend les Hoyle. Deux hommes sont suspects, concernant la mort de Danny. Son cynique frère Chris, qui tente d’obtenir un alibi auprès de sa maîtresse. Et Slap Watkins, voyou à peine sorti de prison, qui ne cache pas sa haine des Hoyle. Tous deux nient. Même si un procès truqué l’a blanchi, le rôle de Chris dans la disparition du militant ouvrier Iverson reste incertain. Déjà son père connut jadis un cas similaire avec un certain Sonnie Hallser. En fuite, Slap Watkins est recherché par la police après avoir agressé Jane. Pour perpétuer son nom, Huff Hoyle ne serait pas mécontent que Beck Merchant épouse sa fille Jane. Mais la grève qui prend bientôt un nette ampleur cause des incidents près de son usine...

Ayant d’abord écrit des romans sentimentaux de bon niveau, Sandra Brown a ainsi appris à raconter une histoire, à la rendre captivante. Dans ce “Métal brûlant”, plusieurs contextes alimentent l’intrigue. Une part de romantisme, puisque l’auteur y excelle. L’aspect criminel est bien présent, avec un douteux suicide. Les secrets issus du passé des Hoyle constituent un autre élément capital. La situation sociale reste essentielle, autour de cette dangereuse usine jamais modernisée, où les accidents sont nombreux. Récit très détaillé, ce qui le rend d’autant plus passionnant. Quant aux personnages, présentés avec justesse, ils sont absolument crédibles. Le plus réussi étant, sans doute, le despotique Huff Hoyle. Ces deux semaines agitées à Destiny, en compagnie de la rousse Jane, sont un vrai plaisir de lecture.

Par Claude LE NOCHER - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le monde du polar
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Prix SNCF du polar 2010

"L’exil des anges" de Gilles Legardinier (Fleuve noir), dans la catégorie “roman français”, et "Petits meurtres entre voisins" de la Néerlandaise Saskia Noort (Denoël), dans la catégorie “roman européen”, ont remporté la dixième édition du Prix SNCF du polar décerné par 2 000 lecteurs.
Cliquez ici sur ma chronique de "Petits meurtres entre voisins"

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Webzine d'infos polars, Action-Suspense a été créé mi-janvier 2008. Merci de vos visites, de votre fidélité et de vos encouragements.
Roland Sadaune est romancier
(voir articles
Roland Sadaune, 2 romans  ou Roland Sadaune, à L'Isle-Adam )
C'est aussi un peintre de talent, et un ami fidèle.
Cette aquarelle est le symbole de la première année d'existence d'Action-Suspense.
 Ci-dessous, "Midnight song" de Roland Sadaune, pour les deux ans d'Action-Suspense.
ANNIV-SADAUNE

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